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Economie

ALE Maroc-Turquie : Les fédérations sectorielles montent au créneau

ALE Maroc-Turquie : Les fédérations sectorielles montent au créneau
Vendredi 21 Fevrier 2020 - Par Finances News

 

Après les politiques, c'est au tour des fédérations sectorielles de dénoncer, avec véhémence, l'accord de libre-échange.

 

Par M.D A.E et C.J

 

Après les formations politiques, c’est au tour des fédérations sectorielles, membres de la Confédération générale des entreprises du Maroc, de monter au créneau pour dénoncer l’accord de libre-échange Maroc-Turquie, un accord jugé déséquilibré et préjudiciable au Royaume.

Les chiffres montrent en effet l’ampleur des dégâts provoqués par l’ALE signé en 2006 : le déficit commercial du Maroc avec la Turquie s’est envolé à 16 milliards de DH en 2018 contre 4,4 Mds de DH en 2006.

Les importations de produits turcs, depuis la signature de l’accord, ont quadruplé sur la période, passant de 5,5 Mds de DH à 21,5 Mds de DH.

Les fédérations contactées par Finances News Hebdo pour recueillir leurs avis sur ce dossier brûlant se montrent particulièrement virulentes à l’endroit des pratiques des opérateurs turcs. Les témoignages sont en effet édifiants : pratiques à la limite de la légalité, dumping avéré, méga-subventions de l’Etat turc, etc…. Des pratiques anticoncurrentielles qui portent de rudes coups à des pans entiers du tissu économique national et font des ravages sur l’emploi dans des secteurs clés, à l’image du secteur textile qui a perdu pas moins de 44.000 emplois en 2019 !

Aujourd’hui, ces fédérations se mettent en ordre de bataille pour soutenir la volonté du ministre de l’Industrie et du Commerce de renégocier l’ALE. Elles espèrent surtout être davantage associées à la réflexion et que leurs avis soient pris en considération par le gouvernement. En effet, qui mieux que les opérateurs marocains, confrontés chaque jour sur le terrain aux effets dévastateurs des produits turcs, pour fournir aux négociateurs des données pertinentes et utiles pour renégocier l’accord sur des bases plus saines.

Certaines fédérations, comme celle de l’agroalimentaire (Fenagri), estiment que le renforcement de la représentativité des professionnels dans les commissions mixtes de négociation de la nouvelle mouture de cet accord serait souhaitable.

Du côté d’Ankara, on assure être disposés à revoir les conditions de l’ALE pour un commerce «plus équilibré, plus important et de bonne qualité». Mais que l’on se le dise, il n’y aura pas de cadeaux. Il appartiendra à l’Exécutif marocain de se montrer ferme et cohérent dans ces négociations, et de s’appuyer sur les retours du terrain des fédérations sectorielles qui ont tant de choses à dire sur la question.  ◆

 

Témoignages :

 


David Toledano, président de la Fédération des industries des matériaux de construction

«Les produits turcs impactent les activités de notre secteur.  D'abord, l’industrie du marbre : en 10 ans, la Turquie assure près de 80% du marbre importé au Maroc, allant même jusqu'à organiser un salon du marbre à Casablanca.

Concernant la céramique sanitaire, les importations turques ont connu une augmentation exponentielle.

Ces dernières années, nous avons vu des tentatives de producteurs turcs de ciment de pénétrer le marché national, en essayant d'introduire des containers de ciment sacrifiés pour connaître le processus de dédouanement et de contrôle qualité.

Enfin, concernant les aciers, nous avons eu des importations importantes qui ont sérieusement perturbé notre marché.

Au final, nous sommes vraiment heureux de la décision de reconsidérer cet accord de libre-échange, structurellement si désavantageux pour notre pays. Le président du Conseil d'affaires maroco-turc, Osman Kocaman, évoquait lors d'une réunion récente que la Turquie avait le même déséquilibre avec la Chine, mais à notre connaissance, il n'y a pas d'accord de libre-échange entre la Turquie et la Chine. De ce fait, la Turquie récupère un minimum de 5 Mds de dollars sur ses importations chinoises taxées au minimum à 25% de droits de douane ad valorem. Nous avions suggéré la constitution d'un fonds d'investissement pour le financement d’un joint-venture turco-marocain, certainement plus intéressant que l'accord actuel». ◆

 


Abdelmounim El Eulj, Président de la Fédération nationale de l’agroalimentaire (Fenagri)

«Je me permets de souligner tout d’abord que le secteur agroalimentaire national, prédominé par les TPE et PME, joue un rôle socioéconomique de 1er ordre essentiellement en termes de création d’emploi (plus de 150.000, soit le 1/3 de l’emploi du secteur industriel). C’est donc un secteur grand pourvoyeur d’emplois. Ainsi, le processus de révision de l’accord de libre-échange avec la Turquie, mené actuellement par le ministère de l’Industrie dans l’objectif d’un rééquilibrage de nos échanges commerciaux, s’impose avec acuité et revêt un caractère urgent, notamment pour notre secteur. Et ce, afin de consolider les emplois déjà créés et également permettre à nos TPE/PME d’accroître leurs activités et créer ainsi de nouveaux postes d’emploi.

Nous considérons enfin qu’un renforcement de la représentativité des professionnels dans les commissions mixtes de négociation de la nouvelle mouture de cet accord, serait souhaitable».◆

 


Reda Sekkat, président de la Fédération nationale de l'électricité, de l'électronique et des énergies renouvelables (Fenelec)

«La révision de l'ALE avec la Turquie a été demandée depuis  plusieurs années maintenant. Les exportations de ce pays ont créé une concurrence déloyale aux produits marocains. Les entreprises turques bénéficient de mesures de soutien à plusieurs niveaux (exonérations fiscales, subventions à la production ou à l'exportation, encadrement technique, formation...) qui les rendent compétitives et agressives au niveau commercial dans les marchés étrangers. C'est une initiative louable qui devrait bénéficier à toutes les branches de notre activité». ◆

 

 

 


Hicham El Haid,  président de la Fédération marocaine de plasturgie (FMP)

«Des produits manufacturés en provenance de la Turquie, notamment les tubes PPR, sont affichés au Maroc à des prix moins chers que ceux de la matière première que se procurent les opérateurs nationaux de Corée du Sud. Cela prouve que les opérateurs turcs se livrent au dumping. Au Maroc, nous avons des acteurs de renom comme les groupes Griflex, INES et Amal Bandes Plastiques qui font les frais de la concurrence des opérateurs turcs. Le marché local est aussi envahi par les produits ménagers en provenance de la Turquie. A l’inverse, l’on constate que Dimaplast, opérateur marocain, ne peut pas s’imposer sur le marché turc à cause des barrières non tarifaires, sanitaires et techniques. Nous ne demandons rien d’autre, si ce n’est la réciprocité et une concurrence loyale avec les entreprises turques. Le secteur des matières plastiques affiche un chiffre d’affaires de près 2 milliards de dollars par an. Les importations représentent près de la moitié de ce montant. D’où l’intérêt d’œuvrer pour une industrie nationale forte, d’autant plus que le plastique voyage mal. Il est fortement impacté par le fret».

 


Fatima Zahra Alaoui, Directrice générale déléguée de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH) 

«La position de l’AMITH est claire et connue de tous. L’association est favorable à la révision de l’Accord de libre-échange (ALE) existant entre le Maroc et la Turquie. L’ALE a un impact négatif sur les opérateurs nationaux qui opèrent sur le marché local. L’AMITH est à l’origine de la révision de l’ALE. Nous avons beaucoup milité pour cela. Il faut savoir que dès son retour de Turquie au mois de novembre 2019, le ministre de tutelle, Moulay Hafid Elalamy, avait demandé à tous les départements concernés de réunir les différentes Fédérations et la CGEM afin de mieux appréhender la position du secteur privé par rapport à la révision de l’ALE. La posture du ministre sur le sujet est en accord avec la volonté du secteur privé. La révision de l’ALE est d’autant plus nécessaire que celui-ci détruit des emplois au Maroc (près de 44.000 emplois perdus dans le secteur du textile au cours de l’année 2019). Il n’y a pas de  doute quant au soutien dont bénéficie le ministre de la part des fédérations professionnelles».◆

 

 


Mohamed El Aziz, président de la Fédération des industries forestières, des arts graphiques et de l’emballage (Fifage)

«Nous saluons la décision de Moulay Hafid Elalamy. Notre secteur est très affecté par l’ALE avec la Turquie qui est en défaveur du Maroc. L’emballage est une composante transversale de l’industrie. L’activité des autres secteurs industriels a un impact direct sur l’emballage. Nous sommes fortement touchés par les difficultés inhérentes aux exportations du secteur textile et de l’agroalimentaire. Quand l’industrie va bien, le secteur de l’emballage se porte bien. Le comble est que maintenant certains industriels nationaux ont recours aux opérateurs turcs pour l’emballage de leurs produits, en raison des prix cassés appliqués. C’est dire l’ampleur de la menace qui pèse sur l’industrie nationale d’emballage. Les importations massives ne favorisent pas notre secteur».◆

 

 

 

 

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