Aide aux logements: les petits et moyens promoteurs émettent quelques réserves

Aide aux logements: les petits et moyens promoteurs émettent quelques réserves

Ils estiment que le programme manque de précision et prônent des formules selon les spécificités de chaque région.

 

Par C.Jaidani

Le nouveau programme d’aide aux logements est censé porter une nouvelle impulsion à l’immobilier au Maroc. Selon les projections du département de l’habitat, il permettra d’augmenter l’accès à la propriété et donner un nouvel élan au secteur fortement pénalisé par une mauvaise conjoncture. Lors de la présentation du programme, Fatima Zahra El Mansouri, ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, a noté que «l’objectif est d’augmenter la production de 10% par an, dans l’objectif de réduire progressivement le déficit d’ici 2030.

L’initiative devait élargir le nombre de promoteurs éligibles tout en assurant une bonne couverture régionale». Pour ce faire, il a été décidé de lever certaines restrictions, dont notamment la construction de projets d’au moins 200 logements. De nombreux opérateurs de l’activité, notamment ceux de petite taille, ont accueilli cette disposition avec satisfaction.

«Les petits promoteurs étaient exclus d’office des programmes de logements sociaux. Ils n’avaient ni les capacités techniques ni l’assise financière pour réaliser de tels projets. Les petites et moyennes villes attirent très peu les opérateurs du secteur qui, pour des raisons d’économie d’échelle et aussi de présence de la demande, préfèrent les grands projets afin de mieux rentabiliser leurs investissements», souligne Hicham Tamri, petit promoteur opérant dans la périphérie de Casablanca. Tout en saluant cette initiative, d’autres promoteurs ont formulé quelques réserves, estimant que par le passé, les programmes d’aide aux logements élaborés sans concertation avec les opérateurs de l’activité ont été voués à l’échec, ou du moins leurs objectifs n’étaient pas totalement atteints.

Pour Mohamed Dahbi, viceprésident de l’Union nationale des petits et moyens promoteurs (UNPM), «le nouveau programme englobe certes de nombreux points positifs mais il existe des zones d’ombre. Nous manquons de plusieurs éléments pour avoir de la visibilité. Force est de constater que ce programme est lancé alors que l’ancien est toujours en vigueur. Cela devrait perturber le marché, surtout que de nombreux promoteurs ne peuvent investir tant qu’ils n’ont pas liquidé leurs stocks. Dans le cas échéant, ils doivent sacrifier leurs marges pour rester compétitifs, car la nouvelle formule est plus attractive. Les acquéreurs vont choisir le produit à 300.000 DH plutôt que celui à 250.000 DH car il offre une plus grande subvention. Du coup, leur coût d’achat est réduit. D’autant que ces produits peuvent être plus spacieux avec une qualité meilleure».

S’agissant de la sous-déclaration, appelée communément «le noir», Dahbi explique que «contrairement à ce qui a été véhiculé lors de la présentation du nouveau programme, le phénomène du «noir» devrait persister. C’est une pratique ancrée dans le marché. Il est très difficile de tout contrôler. Certains opérateurs devraient profiter de cet environnement de confusion pour continuer à exiger des dessous de table. C’est pour cela qu’il est important de clarifier le cahier des charges pour qu’il englobe aussi les permis d’habiter délivrés avant 2023. Il permettra d’augmenter la concurrence et les offres disponibles». Le vice-président de l’UNPM critique également la non-prise en considération des doléances des professionnels du secteur, qui ont prôné à plusieurs reprises le lancement de produits en fonction des spécificités de chaque région.

«Le coût de production diffère d’une région à une autre. Celui du foncier, principal paramètre dans l’acte de bâtir, n’est pas le même à Casablanca ou Rabat que dans des villes comme Khénifra ou Taza. Dans les zones à forte concentration démographique et urbanistique, il est difficile de trouver des parcelles de terrains à des prix compétitifs. Les formules d’aides aux logements standards ont montré leurs limites. Toutes les stratégies sectorielles nécessitent un dialogue avec tous les intervenants concernés. Il est opportun de prendre également l’avis du citoyen marocain», conclut-il. 

 

 

 

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