Accès à l’éducation: halte aux inégalités !

Accès à l’éducation: halte aux inégalités !

En dépit des efforts déployés par le Maroc dans le dessein de garantir une éducation pour tous, les inégalités d’accès aux opportunités éducatives continuent d’être fortement présentes. 

 

Par M. Boukhari

Malheureusement, fréquenter les bancs de l’école relèverait encore du «luxe» pour une tranche non négligeable de la population marocaine, à en croire les chiffres publiés par le hautcommissariat au Plan dans le cadre de sa revue «Les Cahiers au plan» sortie en décembre dernier. Ladite revue fait état, entre autres, des inégalités des chances scolaires au Maroc. En effet, elle précise que selon les données du recensement général de la population et de l’habitat au Maroc (2014), un peu plus de la moitié des enfants (51,9%) âgés de 4 à 6 ans n’avaient pas encore fréquenté un établissement d’enseignement préscolaire. Et ce, soit pour des raisons liées à l’offre et à la demande scolaires, soit pour des raisons ayant trait aux caractéristiques intrinsèques ou contextuelles de l’enfant.  L’analyse menée au cours de cette étude s’est basée sur l’indice de l’équité des chances au Maroc durant la période allant de 2004 à 2014.

Il en ressort que, sur le plan spatial, la couverture territoriale de la préscolarisation reste très disparate. Elle est plus marquée en milieu urbain (69,9%) qu’en milieu rural (20%). Sans grande surprise, il s’avère que les enfants issus du milieu urbain ont 3,5 fois plus de chances d’être préscolarisés que les enfants issus du milieu rural. Pareillement, les enfants ayant une fratrie nombreuse sont plus enclins que d’autres à la non-préscolarisation.  Dans le même sillage, il est à noter que les chances d’accès à la préscolarisation augmentent avec le niveau scolaire du chef de ménage.

Dans le détail, si le chef de ménage a un niveau d’études supérieures, le taux de préscolarisation des enfants est près de 2,9 fois supérieur à celui des enfants dont le chef de ménage n’est jamais allé à l’école, et plus de 2 fois supérieur à celui des enfants dont le chef de ménage a atteint un niveau scolaire primaire, précise la même source. L’autre facteur déterminant est la catégorie socioprofessionnelle du chef de ménage. De fait, les parents ayant un haut emploi sont plus intransigeants quant à la préscolarisation : plus de 70% de leurs enfants âgés de 4 à 6 ans sont préscolarisés. A contrario, plus des trois quarts des enfants des exploitants agricoles et des ouvriers sont privés de la préscolarisation. 

 

Aux origines des inégalités

C’est un secret de polichinelle  : l’accès des enfants à la préscolarisation est, à coup sûr, conditionné par le niveau de vie du ménage. D’après l’étude, le taux de préscolarisation des enfants relevant des 20% les plus aisés en termes de dépenses par ménage (79,9%) est 3,6 fois plus grand que celui des 20% les moins aisés (22%).  Pour Rachid Souiyate, professeur agrégé et chef d’établissement, les disparités régionales peuvent constituer à elles seules la cause structurelle et structurant l’accès à l’école, comme «la proximité, la disponibilité du transport, l’hébergement, en somme la présence ou non des infrastructures éducatives. Ensuite, la condition socioéconomique des parents détermine elle aussi la chance des enfants quant à l’accès à l’école, le besoin et le manque des ressources impose une sorte d'immédiateté dans le désir des parents d’utiliser les enfants rapidement comme une possibilité de rente financière supplémentaire. La cause culturelle peut intervenir dans l’exclusion des filles, destinée selon la sous-culture régionale à la procréation et au travail ménager».

Pour sa part, Abdelkhalek Hassini, enseignant-formateur et président du Collectif des associations pour le développement de l’Oriental Europe (CADOriental Europe), affirme que plusieurs facteurs exercent une influence considérable sur le système éducatif marocain et entravent l'égalité des chances d’un nombre important d’élèves marocains. Il s’agit notamment de «l'éloignement des domiciles des élèves par rapport à l’établissement scolaire, les conditions matérielles défavorables, la pauvreté et l’absence de stabilité sociale, les inégalités géographiques qui limitent l’accès aux infrastructures scolaires, l'analphabétisme des parents et/ou leur faible niveau scolaire, le manque d’investissement dans le système éducatif, le manque de formation et surtout de motivation, d'engagement et d'implication de la plupart des contractuels, ainsi que l’absence d’une réelle culture de l’orientation».

 

Une éducation équitable pour un avenir résilient

Par les temps qui courent, les pays clament haut et fort leur volonté de garantir une éducation équitable et de qualité à l’ensemble des citoyens. Au Maroc, le Programme national de généralisation et de développement du préscolaire a été lancé en 2018, conformément aux orientations royales. S’étalant sur une période de 10 ans, cette réforme a pour ambition d’atteindre un taux de préscolarisation de 100% à l’horizon 2027-2028, pour les enfants âgés de 4 à 6 ans.  De même, le département de Chakib Benmoussa s’engage, dans le cadre de la feuille de route 2022-2026, pour une école publique de qualité pour tous, à renforcer l’appui social afin de promouvoir l’égalité des chances entre les élèves et permettre l’amélioration des conditions d’accès à l’école des élèves issus des milieux défavorisés. 

A cet effet, plusieurs mesures peuvent être engagées, à commencer par «réinventer le concept de l’école pour l’adapter aux réalités socioéconomiques et culturelles de certaines régions, investir dans l’école de proximité, et faire un effort de communication pour partager l’idée de l’école comme moyen d’ascension sociale, et finalement inventer des structures qui encadrent les enfants défavorisés qui sont les premières victimes du décrochage scolaire», suggère Rachid Souiyate. 

L’avenir d’un pays est, sans conteste, tributaire de son degré d’engagement en faveur d’une éducation inclusive, non discriminatoire, tout en tenant compte de toutes les évolutions que connaît le monde. «L’investissement dans l’éducation est un préalable à la croissance économique et un moteur fondamental pour le développement personnel, national et mondial. Une éducation équitable et de qualité contribue à la construction de valeurs communes et favorise l’émergence de la citoyenneté et de la cohésion sociale», soutient Abdelkhalek Hassini. 

Afin de diminuer les inégalités des chances scolaires, ce dernier juge nécessaire «la mise en place des programmes d’accompagnement éducatif des enfants des familles populaires, le renforcement de l’aide aux familles à faible revenu, l’amélioration de l’infrastructure des écoles et offrir aux élèves les outils dont ils ont besoin pour réussir, la rénovation de l’école publique, la révision de l'ensemble des cursus et des programmes pédagogiques, en lien avec les évolutions scientifiques et la spécificité territoriale et pédagogique des territoires, la généralisation des bourses scolaires, en sus de la mobilisation des équipes chargées de la lutte contre le décrochage scolaire et leur donner les moyens d'agir». 

 

 

 

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