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Un jour, une œuvre : Aretha Franklin, une élégance lunaire

Un jour, une œuvre : Aretha Franklin, une élégance lunaire

Morte en 2018, Aretha Franklin connaît une renaissance cathodique fulgurante : Arte rappelle son itinéraire exceptionnel, passant en revue les soixante-seize années qu’elle vécut. Qui plus est, ses combats militants ne sont pas en reste.

Commémorer, à quoi cela sert-il ? Nul besoin d’être grand clerc pour savoir qu’une célébration vise essentiellement à rendre présent, le temps d’une manifestation, un événement dateur qui, sans cela, risque d’être enseveli sous les décombres de l’histoire.

C’est ainsi qu’Arte s’apprête à prendre part à la vie mouvementée d’Aretha Franklin, étroitement mêlée à l’histoire complexe de Detroit. Un devoir culturel de mémoire.

«The queen of soul» était une rebelle qui faisait front devant l’injustice avec une arme insolite : la musique. Elle eut ainsi superbement raison de son puissant ennemi. Edifiant !

Les historiens, biographes, universitaires et musiciens, interrogés dans ce documentaire, apportent des éclairages bienvenus sur le rapport d’Aretha Franklin à la musique, mais aussi sur ses engagements en faveur des droits civiques et de la communauté noire. De sa proximité avec Martin Luther King, de son combat pour soutenir Angela Davis ou de ses prises de position féministes…

Aretha et Detroit, indissociables

«Detroit, c’est chez moi. J’y ai toute ma famille, mes amis. Je suis ravie d’y vivre !», lance-­t­-elle au sommet de sa gloire alors que Detroit, ville symbole de la musique et de l’automobile, autrefois si puissante et prospère, entamait son déclin économique.

A une époque sismique où la ville a, malgré elle, basculé dans l’horreur, où la mitraillette, la bombe et le poignard sont devenus l’alpha et l’oméga de toute dialectique, où les tueries constituent le pain quotidien de peuples affamés de paix…

En dépit de son succès planétaire, jamais elle n’a quitté la ville où elle débarqua avec sa famille à l’âge de 4 ans. C’est auprès de son père, célèbre pasteur charismatique à la voix puissante, que la petite Aretha commença à chanter dans les églises.

Sa voix exceptionnelle lui permit d’enregistrer son premier album à 14 ans. Quatre ans plus tard, «Lady soul» signe son premier contrat chez Columbia Records.

A 25 ans, elle rencontrera le producteur Jerry Wexler (inventeur du terme «rythm’n’blues»), qui fera d’elle une icône mondiale.

Elle avait tellement accumulé de disques gratifiants, afficher d’attitudes convenantes, assembler avec un bel acharnement son mythe, qu’on l’avait rangée parmi les Queens. Aujourd’hui au magasin des légendes.

Aretha Franklin, la «soul sister» brûlait sa vie pour chanter «Let it be» ou «I dreamed a dream» ou «I will survive», entre autres, sublimes viatiques dont s’armaient des générations pour mettre à bas un monde honni laissant place à l’espoir, la paix, l’amour et le bonheur.

Aretha, comme tous les êtres d’exception, a rendu à l’Afro-américain son supplément d’âme. En 2018, elle fut carrément mise au tombeau et voilà que, superbe, elle ressuscite avec ce documentaire. Comme quoi les divas ne meurent jamais.

Oh come back, baby !

 

* «Aretha Fanklin : Soul Sister», de France Swimberge (documentaire Fr., 2020, 60 min). Sur Arte, vendredi 4 septembre à 21h25 (heure marocaine).

 

Par R.K.H

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