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Rentrée scolaire : A l’intention des jeunes enseignants

Rentrée scolaire : A l’intention des jeunes enseignants

La rentrée scolaire est pour bientôt. Plusieurs enseignants vont faire leurs débuts dans le sacerdoce. Que leur conseiller ? Voici quelques recettes livrées par un ancien débutant.

Par R. K. H.

 

Débuter dans une carrière. La connexion des termes est révélatrice. Elle évoque un chemin empierré, parsemé d’embûches et d’entraves (débuter : buter sur; carrière : pierre). Débuter, c’est faire ses premiers pas, autrement dit se mouvoir d’une manière mal assurée. Le parcours qui s’amorce par la main tendue du directeur et qui aboutit à la classe, en passant par l’inévitable relais que constitue la salle des professeurs, est un véritable chemin de croix. 

Dans cette traversée, le débutant mesure amplement le degré d’infériorisation du regard qui fouille, tripote, juge et jauge. Mais le calvaire commence une fois avoir pénétré cet espace clos qu’est la classe, lieu où le masque tombe. «Que vais-je leur dire et par où commencer ?». Question cruciale. Le premier contact a été minutieusement élaboré, même les poses ont été étudiées, mais les mots n’affleurent pas. Blocage. La mémoire ne parvient pas à rassembler les bris du souvenir. Que faire ?

Il n’existe aucune recette. Reste que le premier contact détermine le futur des relations avec les enseignés. Certaines attitudes sont blâmables. Au premier chef, la fausse humilité. Ne faites jamais comme ce professeur de philosophie qui a entamé la rencontre avec ses élèves par cette citation : «Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien». Ils lui ont rétorqué sur le vif : «Alors, pourquoi êtes-vous ici ?» Ensuite, l’étalage du savoir. 

Faire dans l’hermétisme représente une condition de fuite. Une simple question vicieuse posée par le génie de service risque de faire décaper le vernis des apparences savamment entretenues. Enfin, il convient de ne pas tomber dans l’écueil de l’autoritarisme ou son inverse, le laxisme. L’imposition arbitraire conduit au conflit, la souplesse démesurée mène à l’anarchie : les deux conduites débouchent sur l’incommunicabilité. Par ailleurs, voici quelques conseils bénéfiques.

 

Ecouter les élèves, s’apprend

Mieux vaut être un prof un peu traditionnel au début qu’un démocrate chahuté qui se transformerait vite en dictateur. Ce n’est pas la peine de prendre pour autant un style autoritaire dès l’entrée pour intimider : l’autoritaire trahit sa peur. Inutile également de jouer au grand copain. Tôt ou tard, il faudra ne plus l’être. Un style traditionnel, calme et juste, est encore ce qui rassure le plus l’élève en début d’année.

Que l’on soit traditionnel ou moderne, autoritaire ou libéral, c’est ce qui sonne faux qui rebute l’élève. C’est l’inadéquation du dire et du faire, la contradiction entre les intentions annoncées et le vécu quotidien.

Il n’y a aucune honte pour un enseignant à se mettre en colère. Les belles colères sont des grands moments de lyrisme et de spectacle. Elles gardent même aujourd’hui leur valeur épique, surtout si elles sont rares. La colère «pisse-vinaigre» passe très mal. Quant à la rancune, elle est aussi détestable en pédagogie qu’en amour.

Savoir le nom de chaque élève le plus vite possible est nécessaire. Pas forcément pour qu’il se sente repéré, mais comme premier pas d’une relation. Le plan de classe est un vieux truc qui garde toute sa valeur, en demandant à chacun de garder la même place, au début.
Une classe change toujours en cours d’année. Eviter de se buter au début sur une classe qui n’accroche pas. Ne pas s’emballer trop vite avec une classe apparemment facile.

Si l’on sent qu’on a des difficultés avec sa classe, en parler très vite avec les collègues. Aucune gêne à avoir.

Un groupe n’est pas une somme d’individus, il est autre. Si les solutions de bon sens ne l’emportent pas dans l’organisation, le travail et le vide de la classe, c’est qu’il y a un problème affectif. C’est là surtout qu’il faut en parler avec d’autres, parce que soi-même on est trop impliqué pour y voir clair.

Au début, on exige des élèves qu’ils nous écoutent et ne parlent que lorsqu’il le faut. Peu à peu, on essaie d’exiger de soi d’écouter les élèves. Ecouter l’élève s’apprend. C’est très difficile.

 

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