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Critique : Yacout se la coule(ur) douce en peignant ses souvenirs

Critique : Yacout se la coule(ur) douce en peignant ses souvenirs

 

Jusqu’au 31 octobre, quelques «Fragments» de la vie, des secrets les mieux enfouis et des souvenirs - tâches de mémoires - de Yacout Hamdouch se donnent à voir sur les cimaises de la galerie casablancaise, la 38.

Fruit d’une longue gestation, tout en fluidité et en métamorphoses.

 

Par R. K. Houdaïfa

Photo : Sans titre, 2022, acrylique sur toile et peinture sur verre, 114 x 130 cm.

 

 

Yacout Hamdouch est bien à l’aise dans la cour des grands. Cette minette qui a de l’assurance, la représentation n’est pas sa pente. Elle sévit dans une veine qu’on rattacherait, non sans raison, à l’abstraction - seulement, elle est réfractaire aux étiquettes. Pour s’en assurer, il convient de scruter ses tableaux. 

Mais, que des tableaux vertigineux. On y perçoit, en filigrane, le soin acharné avec lequel Yacout appelle la lumière : elle a réussi à capter ce que cette dernière possède de mouvant, vibrant et vivant. On s'émerveille devant tant de palettes. Sûreté de touche; débauche de couleurs plus vibrantes les unes que les autres (blanc, jaune, rouge…) et jeu  audacieux sur les tons; un flottement de formes lorsque sa peinture se décrispe et se relâche, et tant de choses encore qui enivrent les sens et font exulter l’esprit. Impressionnant !

Si la surface de ses tableaux paraît plane, lisse, presque soyeuse, au point qu'on a envie de la toucher, ce n'est que pour mieux mettre en opposition, par des jeux de reliefs, de profondeurs et d'entrelacs, ce qui se passe derrière. Car, derrière ce qu'on pourrait appeler cette œuvre, fruit d'un long et minutieux travail, les formes, les couleurs, les touches et les étirements de la peinture s'en donnent à cœur joie. 

Transparences et gestes se côtoient, se juxtaposent ou se superposent pour, telle une chorégraphie, occuper élégamment tout l'espace. Magnifique réflexion sur la peinture abstraite, dont elle déploie toute la rhétorique, Yacout Hamdouch en fait une démonstration.

Se déployant essentiellement sous le signe de la construction chromatique, son œuvre semble tendre vers une quête minimaliste obsédée par la recherche de l’essentiel. Elle est faite de douceur et de caresse et snobe ce qui est cérébral ou névrotique.

Yacout, une perle rare. C’est aussi d’elle que provient le vent du renouveau, le souffle intempestif de l’audace fulgurante ainsi que de la rebelle et tonique inventivité.

Cette jeune femme, mise en vive lumière par la galerie 38, est capable d’en découdre avec les plus huppé.e.s des peintres. Et si une des valeurs dites «sûres» venait à «lâcher la rampe», inutile d’accompagner sa sortie avec des sanglots longs. La peinture marocaine ne serait pas en danger. Car la relève est là… Et elle a énormément de talent. Tel est le principal enseignement de cette expo. Et il n’est pas moindre.

 

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