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Parution : «La mort n’est pas un nouveau soleil» de Abdelhak Najib

Parution : «La mort n’est pas un nouveau soleil» de Abdelhak Najib

Après «Les territoires de Dieu», «Le printemps des feuilles qui tombe», «Le labyrinthe de l’archange» dans ses trois tomes, «La dernière guerre du soldat inconnu», «Ce que le temps doit à la distance» et «Le baiser de Judas», l’écrivain marocain, Abdelhak Najib, vient de publier un nouveau roman aux Éditions Orion. Un récit actuel avec le terrorisme en toile de fond.

 

Propos recueillis par Allaoui Bensad

Ecrivain

 

 

Finances News Hebdo : Un nouveau roman au cœur du terrorisme. De quoi s’agit-il au juste ?

 

Abdelhak Najib : «La mort n’est pas un nouveau soleil» raconte le périple de quatre frères marocains au sein des rangs d’Al Qaida durant la guerre d’Afghanistan. Ce roman plonge au cœur de la guerre et scrute le non-dit chez de nombreux protagonistes, de différentes nationalités et confessions, tous réunis sous la bannière du «Jihad». Le récit se décline sur sept jours, comme le temps consacré à la création du monde. Tout au long de la narration, nous suivons l’errance du personnage principal, Azzedine, entre la vie et la mort, sur une montagne perdue en Afghanistan. Souvenirs, réminiscences, hallucinations, rêves et cauchemars se succèdent pour raconter tout un passé en filigrane…

Le titre du roman renvoie à la notion de la rédemption. Naître, vivre et mourir. Si on ne peut décider de la naissance, nous avons le devoir de décider de notre existence et surtout de bien regarder l’amorti en face quand elle vient réclamer son dû. C’est là que la fin peut être un crépuscule ou une aurore.

 

F.N. H. : Le roman s’inscrit également dans un certain devoir de mémoire…

 

A. N. : Absolument. Ce roman est au cœur de l’actualité du monde. Un monde en guerre, un monde de conflits où les mercenaires ont droit de cité. Raconter l’histoire du terrorisme telle que déclinée depuis 2001 est un devoir de mémoire.  «La mort n’est pas un nouveau soleil» parle de courage, d’amitié, d’engagement, d’humanité et des dérives idéologiques qui peuvent s’avérer assassines. C’est un roman de la rédemption. Un récit d’introspection, dans une spéléologie des abysses de l’âme humaine face à l’horreur, à l’injustice et aux mensonges de l’histoire.

En effet, ce roman nous met face à un récit à plusieurs voix et vu de plusieurs prismes. C’est un récit en strates qui se décline de mise en abîme en mise en lumière dans un rythme qui suit les particularités de chaque personnage pour multiplier les pistes de lecture et en approfondir le propos.

 

F.N. H. : Le texte est aussi un réquisitoire acerbe contre les idéologies de tous bords, l’instrumentalisation de la religion et la manipulation des médias ?

 

A. N. : Tout à fait. Ce roman vient retracer un épisode noir de l’histoire récente : l’invasion de l’Afghanistan, et en filigrane l’occupation de l’Irak, et le grand imbroglio sur l’internationale du terrorisme avec le label Al Qiada comme franchise.

Dans ce sens, la majorité de ceux qui ont constitué les rangs d’Al Qaida, avec ses différentes ramifications, ne savaient rien des soubassements de ce conflit mené par des Katibas de l’ombre au nom d’une idéologie déclinée en cause religieuse. C’est là que l’embrigadement entre en jeu.

C’est également dans ce sens que la mort est la question majeure pour l’Homme. Comment l’appréhender ? Comment la vivre ? Comment lui faire face avant qu’elle prenne son dû. Nous avons deux cheminements face à la mort : réagir comme Erostrate. Ou y aller comme Thésée. Tout le roman vacille entre ses deux précipices, avec des personnages qui marchent sur un fil ténu comme des funambules.

 

F.N. H. : Le titre pose la terrible question de la mort qui ne peut être la promesse d’un nouveau jour  ?

 

A. N. : William Shakespeare disait: «Mourir en combattant, c'est la mort détruisant la mort. Mourir en tremblant, c'est payer servilement à la mort le tribut de sa vie». La mort fait partie du cheminement de notre vie. C’est une étape à franchir, mais avant de quitter ce monde, chacun de nous, au crépuscule de sa trajectoire, est sommé de revenir sur sa vie et d’en faire le bilan, avec le bon et le mauvais pour mesurer à quel point l’individu a été à la hauteur de cette chance unique qui lui a été octroyée de vivre, de sentir, de vibrer, de créer sa propre destinée. Face à un tel bilan, il faut se résoudre à cette évidence : beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. Vivre c’est préparer sa mort de la manière la plus belle et simple possible dans l’acceptation, le cœur léger. On y arrive quand nous avons eu une vie riche, pleine, mouvementée, accidentée, avec des hauts et des bas, avec des risques, avec des failles, avec des crevasses… C’est à l’aune d’une existence à même les veines que l’on peut prétendre avoir été frotté au sel de la terre.

 

F.N. H. : Ce roman vous a pris 20 années pour qu’il voie finalement le jour. Pourquoi avoir attendu autant de temps pour le publier ?

 

A. N. : Certains de mes livres ont nécessité quelques mois de travail, mais celui-ci a eu une trajectoire propre. Je l’ai finalisé en 2004. Et je pensais en tenir le bout. Mais ce livre devait avoir un autre destin. Depuis 2001, j’enquête et j’écris sur les affaires liées au terrorisme, et plus le temps passe, plus les ramifications de ce roman deviennent complexes et exigent de la patience et un certain recul pour mieux voir le monde rétrospectivement et pour mieux appréhender les changements de paradigmes qu’implique le terrorisme, dans ses dimensions internationales, avec ses zones d’ombre, ses différentes facettes, les mensonges qui y sont rattachés, l’instrumentalisation des médias, les fausses-vraies vérités fourguées au rabais sur les journaux, la realpolitik et ses méandres… Face à un sujet aussi sérieux et imbriqué, il faut chercher, se documenter, suivre tout ce qui se publie sur la question, analyser, recouper et se faire sa propre théorie basée sur un réel et profond travail de terrain.

 

*Aux éditions Orion. Septembre 2023. 286 pages. 100 DH. 15 euros. Disponible en librairie.

 

 

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