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Bob Marley : L’irréductible

Bob Marley : L’irréductible

Hommage pour le 42ème anniversaire du décès de l'artiste.

 

Abdelhak Najib

Écrivain-journaliste

 

«Je crois en la liberté pour tout le monde, pas seulement pour l’homme noir», écrivait Bob Marley, quelques années avant son départ prématuré des suites d’un cancer foudroyant, le 11 mai 1981, à l’âge de 36 ans. Une étoile filante venait de briller durant quelques années au nom de la liberté, de la dignité et de l’amour. C’est en somme cela le credo intime de cet artiste à nul autre pareil qui a chanté contre l’oppression, contre les apartheids, contre la domination d’un peuple par un autre à cause des racismes nés des colonialismes. C’est cet engagement sans faille qui a séduit le peuple marocain qui a vu en cet homme, sorti de nulle part, le porte-parole de tous ceux qui refusent l’injustice sous toutes ses formes et qui aspirent à la paix et la fraternité entre les humains. C’est justement cette philosophie qui a eu des échos profonds dans l'éveil marocain des années 70, Bob Marley était une icône pour une jeunesse de refus qui rêvait d'horizons meilleurs et d'un vent de libertés individuelles.

 

Bob Marley, de son véritable nom Robert Nesta Marley, fils d'un militaire britannique et d'une Jamaïcaine, était un altermondialiste avant l'heure. Le gamin, féru de musique, lecteur assidu des grands philosophes, footballeur averti et grand adorateur d'herbe, a très vite compris dans la fournaise de Kingston, bouillonnante capitale de l'île caribéenne, qu'un artiste était capable de changer le cours de l'histoire s’il s’appliquait à ne jamais se trahir ni se travestir, s’il gardait une ligne de conduite noble et au-dessus du mercantilisme de bas étage. Quand il rencontre Peter Tosh, c'est à 18 ans, en 1963, qu’ils forment avec Junior Braithwaite et Bunny Wailer, le groupe vocal The Wailers. C'est là qu'ils entament une carrière chantant du Ska qui est un mélange local de gospel, de Rhythm and Blues et Soul. Les morceaux s'enchaînent, mais le succès n'est pas au rendez-vous. Peu importe, les Wailers se font plaisir et se mêlent de politique. Très vite, Bob Marley se sent à l’étroit sur son île jamaïquaine. Il décide alors de partir aux USA et bosse dans une usine Chrysler. Quand il découvre le mouvement rastafari, qui se réclame de l'empereur éthiopien Hailé Sélassié 1er, il entre de plain-pied dans la musique reggae et découvre tout un monde qui lui ouvre d’autres possibilités non seulement en tant que musicien engagé, mais aussi en tant que penseur et philosophe. Nous sommes donc dans les années 70 du XXème siècle. La Jamaïque est à feu et à sang, conflits internes doublés de luttes intestines pour diriger l'île. Bob Marley compose alors des morceaux qui vont rester pour la postérité : No Woman No Cry, Concrete Jungle, I Shot The Sheriff, Rat Race, Get Up Stand Up, Is This Love, Revolution ou War, et des textes engagés sur l'impérialisme, l'oppression, le saignement à blanc de l'Afrique, continent célébré par Bob Marley et par tout le mouvement reggae. C’est cette détermination à combattre l’impérialisme et le colonialisme qui ont fait de Bob Marley l’artiste majeur pour des millions de Marocains qui ont vu en lui le chantre parfait pour la dignité humaine. Bob Marley était alors une icône pour une jeunesse de refus, pour tous les contestataires qui tenaient tête et rêvaient d'horizons meilleurs et d'un vent des libertés individuelles.

 

Celui qui disait que «C’est ce qui sort de ta bouche qui te maintient en vie» a travaillé dur pour laisser à la postérité des albums sublimes comme Babylone By Bus, Exodus, Uprising, Kaya, Buffalo Soldier, qui est une sorte de testament contre le capitalisme et ses ravages. Et dans tous les morceaux écrits vers la fin de sa vie, c'est la même force divinatoire d'un monde qui va vers le clash, qui consacre plus de misère, créera plus de pauvres, enrichira plus les riches et affame des milliards d'humains.

 

Aujourd'hui, plus que jamais, Bob Marley et son héritage sont vivants. Sa voix manque, mais n'a pas totalement cédé la place à cette cohue musicale ringarde, qui brasse du fric et se gausse de la vie des gens. Même 42 ans après sa mort, Bob Marley reste toujours une légende vivante. Ce 11 mai, dans les quatre coins du globe, des célébrations et des hommages à la dimension de l’artiste sont donnés par les fans, mélomanes, profanes et professionnels de la musique. Bob Marley reste l’un des artistes les plus populaires du monde. Même plus de quatre décennies après sa mort, la musique et les œuvres de Bob Marley restent encore vivantes. Ses nombreux succès dont «Concrete Jungle» «Redemption Song» ou encore le magnifique «Sun is Shining», sont toujours présents dans le top des hits parades. Avec plus de 200 millions de disques vendus, Bob Marley reste toujours gravé dans les mémoires. Son combat pour les libertés des peuples, la paix, la démocratie, l’amour, sa proximité pour l’Afrique et aussi sa «religion», le «rastafarisme» ont contribué à sa popularité et à son éternité comme artiste-chaman qui répétait souvent à ses proches cette phrase qui sonne comme un testament : «Dieu a créé les gens en technicolor. Dieu n’a jamais fait de différence entre un noir, un blanc, un bleu, un vert ou un rose».

 

 

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