Retard des pluies : Plus que deux semaines cruciales pour la saison
L’absence des intempéries inquiète sérieusement les exploitants. La saison agricole risque d’être compromise, surtout dans les zones bours. Certains agriculteurs songent déjà à convertir leurs champs en cultures printanières ou tardives. La sècheresse a impacté le marché du bétail, qui a baissé, alors que celui des aliments a augmenté.
Il reste moins deux semaines pour les semis des céréales d’automne. En l’absence de pluies à compter du 15 décembre, la situation deviendra critique, voire compromise. En tout cas, les services de la météorologie nationale annoncent un ciel dégagé au moins pour la semaine à venir. Au-delà, les choses deviennent compliquées et la saison risque d’être compromise.
Un climat d’attentisme et d’inquiétude règne dans le monde rural. Le même souci est partagé par tous les Marocains.
«Il y a des raisons sérieuses de s’inquiéter. Le démarrage de la campagne a déjà été difficile puisque les pluies ont accusé trois semaines de retard. Et aujourd’hui, le déficit pluviométrique est en train de se creuser. Dans tous les cas, nous aurons au mieux une campagne moyenne et encore faut-il que les précipitations soient au rendez-vous dans les prochaines semaines», souligne Ahmed Ouayach, président de la Confédération marocaine de l’agriculture (Comader). Pour les agriculteurs qui ont labouré tôt leurs champs, la situation est assez délicate du fait que les graines ne peuvent germer en l’absence de pluies, ce qui complique davantage les choses. Certains exploitants songent déjà à convertir leurs champs en cultures tardives ou printanières, comme les légumineuses ou le maïs.
Pour certains professionnels, «les cultures peuvent être sauvées dans les zones bours favorables surtout pour ceux qui ont retardé les semis».
Cette situation a impacté les ventes des intrants et des semences. «En pareille période de l’année, nous enregistrions une rotation du stock quasi-journalière, menant parfois à une rupture de certains produits. Actuellement, nous n’arrivons même pas à écouler le stock au terme d’une semaine. Les exploitants restent attentifs aux annonces de la météo nationale. Ils préfèrent attendre des jours meilleurs», affirme Hicham Bouhamri, vendeur de semences et d’intrants à Souk Sebt de Tit Mellil.
Le retard des pluies a eu un impact immédiat sur le marché du bétail et des aliments. Pour le premier cas, les prix ont régressé alors que c’est le contraire pour les seconds. «Il y a les prémices d’une mauvaise année agricole. Certains exploitants préfèrent réduire le nombre de leur troupeau, car le retard des pluies appauvrit sensiblement les parcours naturels. Ils seront contraints d’entretenir les bêtes au prix fort pour enfin de compte les vendre à un moindre prix avec une moins value qu’ils ne peuvent supporter, surtout qu‘ils ont des charges pour faire face aux besoins de la saison et de leurs dépenses quotidiennes», témoigne Bouchaib Sarghini, marchand de bétail de la région de Benslimane.
La flambée des prix de l’aliment de bétail rend la gérance de l’exploitation difficile. Déjà en temps normal, les marges sont réduites. Actuellement, il est difficile de s’en sortir. Une tournée dans les souks hebdomadaires permet de constater que les prix des ovins perdent 500 DH par tête et ceux des bovins de 1.000 à 2.000 DH.
En dépit de ces inquiétudes, l’espoir demeure. Les diktats de la nature sont devenus un élément fatal avec lesquels les ruraux ont appris à cohabiter, surtout avec l’alternance des années humides et des années sèches.
«Nous avons assisté à un scénario similaire lors de la campagne 2002-2003 où les pluies ont fait défaut pratiquement pendant deux mois. A l’époque, tout le monde parlait de saison compromise et de récoltes de moins de 20 millions de quintaux. Mais l’arrivée des précipitations par la suite et leur bonne répartition dans l’espace et dans le temps a déjoué tous les pronostics : la campagne s’est soldée par une récolte de 54 millions de quintaux», confie Mohamed Bendahmane, adhérent d’une coopérative agricole dans la région de Settat.
Il est clair que l’agriculture nationale demeure à la merci des aléas climatiques. La céréaliculture, véritable baromètre du secteur, demeure pratiquée par plus de 65% des exploitants. Ces derniers ne doivent leur salut qu’à des activités annexes.
Charaf Jaidani





