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Développement durable

Qualité de l’air : Un nouveau dispositif de surveillance pour les Casablancais

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 27 Mars 2017 à 12:32
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L’enjeu du Royaume est de maintenir une croissance rapide, créatrice d’emplois, tout en veillant à la protection de l’environnement et la santé des Marocains.

La COP22 permettra de booster la grande dynamique environnementale, qui a déjà démarré depuis quelques années.

Chakib Nejjari, vice-président de l’Université Mohammed VI des Sciences de la santé, nous dévoile les résultats de l’étude éco-épidémiologique, l’une des grandes réalisations du programme Qualit’air.

 

Finances News Hebdo : Le Maroc a engagé depuis quelques années un processus de lutte contre les changements climatiques. Selon vous, comment cet engagement se traduit-il sur le terrain ? 

Chakib Nejjari : Le Maroc est un pays émergent, en pleine croissance, avec des projets importants et structurants (Plan émergence, Maroc vert, Plan d’accélération industrielle, vision 2020 pour le tourisme…) dont l’objectif est la création d’emplois et l’arrimage dans le cercle des pays développés. Seulement, cette forte volonté de développement et d’industrialisation engendre des risques importants pour l’environnement, en l’occurrence l’air, l’eau…

Conscient de cette donnée, le Maroc est parmi les pays qui ont pris, depuis quelques années, des mesures pour protéger l’environnement et la population. Beaucoup de choses ont été réalisées dans ce domaine, et ce pour anticiper les accidents environnementaux qui peuvent être dramatiques.

Fruit de cet engagement environnemental, le Maroc s’apprête à abriter la COP22. Il vient d’inaugurer la plus grande centrale solaire au monde Noor1, et devient leader régional des énergies renouvelables avec comme objectif de porter la part des énergies propres à 42% à l’horizon 2020, et à 52% en 2030…

Tout l’enjeu aujourd’hui est de maintenir une croissance rapide, créatrice d’emploi et en même temps protéger l’environnement et la santé des Marocains. 

F.N.H. : Quelles sont les conclusions à tirer de cette dynamique environnementale dans laquelle le pays s’est lancé, notamment en matière de pollution atmosphérique ? 

C. N. : Le premier point, comme déjà signalé, est la prise de conscience qui est très importante et qui a permis de mettre en place certaines mesures. L’une de ces mesures-phares est le programme Qualit’air, lancé en 2002 par la Fondation Mohammed VI pour l’environnement. Un programme ambitieux, qui bien qu’il soit lancé par une Fondation, a permis de créer une dynamique et de catalyser beaucoup de volonté au niveau gouvernemental en associant plusieurs ministères (Environnement, Intérieur, Equipement, Education nationale…).

Dans ce cadre, plusieurs actions ont été menées en l’occurrence dans le transport. Rappelons que la teneur en soufre du diesel a été considérablement réduite, passant de 1.000 ppm en 2000, à 10 ppm aujourd’hui. C’est un pas considérable sachant que le diesel émet des gaz toxiques pour l’homme en plus des oxydes d’azote et du soufre.

Deuxième action, et pas des moindres, est la promulgation de la Charte nationale de l’environnement à laquelle devront adhérer toutes les composantes de la société.

La troisième démarche a consisté en le renforcement de la législation sur la qualité de l’air qui aujourd’hui définit des seuils : celui de l’information et de l’alerte. Des seuils qui nous permettent désormais d’être plus vigilants afin de ne jamais dépasser les normes.

La disponibilité d’un réseau de mesure de la qualité de l’air a été la quatrième mesure. Le Maroc compte aujourd’hui 13 stations de mesure à Casablanca, 3 à Marrakech et d’autres dans les autres villes notamment Rabat, Tanger, Fès…

Ce réseau qui fonctionne 365 jours par an et 24h/24h, fournit des mesures de la qualité de l’air chaque quart d’heure. 

Quant au cinquième point, il concerne la mise en place de mesures de protection de la population notamment à travers les plans de développement urbain, l’élargissement des réseaux de transport en commun (tramway à Casablanca et Rabat), les incitations pour le renouvellement du parc automobile (prime à la casse pour les taxis), les différentes actions de sensibilisation pilotées par la Fondation Mohammed VI pour l’environnement, etc.

Il faut savoir que durant les dernières années, les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’ont jamais été aussi alarmants.

Elle révèle que 7 millions de décès prématurés sont dus à la qualité de l’air, dont 3,7 millions à la qualité de l’air extérieur. Ce qui n’est pas négligeable. Beaucoup d’autres rapports ont pointé du doigt la qualité de l’air comme étant un facteur-clé de progression des cancers, des accouchements prématurés, des maladies neurologiques…

F.N.H. : Pour revenir au volet réglementaire, un grand effort a certes été fait pour renforcer l’arsenal juridique en la matière. Toutefois, force est de constater que l’application des lois environnementales laisse à désirer. Qu’en est-il de la mise en application des lois relatives à la qualité de l’air ? Les pouvoirs publics jouent-ils leur rôle de contrôleur notamment auprès des principaux pollueurs et émetteurs de gaz à effet de serre ? 

C. N. : Certes, une loi est promulguée pour être appliquée. Cependant, nous constatons que la législation relative à la protection de l’environnement est encore inconnue. Certains organismes, institutions, cadres supérieurs, corps médical…, ignorent même son existence. Il y a donc un effort important à faire pour vulgariser et sensibiliser les principaux acteurs concernés. 

Il faut toutefois rappeler que dans le secteur industriel, des avancées ont été réalisées, notamment les études d’impact environnementaux qui sont devenues obligatoires avant l’implantation de toute industrie. Aussi, certains industriels sont-ils bien en avance par rapport à la loi en matière de protection de l’environnement notamment les multinationales.

Concernant les autres industriels, je pense qu’il va falloir les inviter à intégrer fortement ce processus de protection de l’environnement par la sensibilisation. La question n’est pas d’arrêter le progrès industriel mais de l’accompagner par le respect des lois environnementales.

F.N.H. : La sensibilisation est-elle suffisante pour allier industrialisation et protection de l’environnement ou va-t-il falloir passer aux sanctions ? 

C. N. : Je pense qu’il faut aller progressivement en s’assurant, dans un premier temps, de la prise de conscience de tous les intervenants quant aux enjeux de la protection de l’environnement, notamment la qualité de l’air. Ensuite, il faut aller vers l’application des lois en vigueur.

F.N.H. : Le Maroc s’apprête à accueillir l’un des événements les plus attendus de cette année, à savoir la COP22. Pensez-vous que l’organisation de cette COP va créer un dynamisme autour de la question environnementale ? 

C. N. : Premièrement, le choix du Maroc pour abriter ce sommet mondial est en soi un signal fort. La COP22 permettra de créer une grande dynamique qui a déjà démarré depuis quelques années. Cela va être même un élément déterminant pour accélérer le processus de développement durable dans lequel s’est inscrit le Maroc.

F.N.H. : Ces dernières semaines ont été marquées par la signature de deux conventions pour la qualité de l’air et la lutte contre le réchauffement climatique. Quelle est la portée de ces deux conventions et leurs impacts sur l’amélioration de la qualité de l’air ? 

C. N. : L’événement organisé à Skhirat a permis d’obtenir l’engagement de plusieurs partenaires pour la protection de la qualité de l’air. D’une part, la convention signée avec le ministère de la Santé qui s’engage à mettre en place un système éco-épidémiologique de surveillance des effets de la qualité de l’air sur la santé. Cette convention va doter la région du Grand Casablanca d’un dispositif de surveillance et de protection de la population.

Une autre convention a été signée avec la CGEM à travers laquelle les partenaires industriels se sont engagés en faveur du développement durable, de la protection de la qualité de l’air et de la réduction de leurs émissions.

F.N.H. : Vous avez présenté les résultats de l’étude éco-épidémiologique, l’une des grandes réalisations du programme Qualit’air. Quels sont les points saillants relevés par cette étude ? 

C. N. : Avant de répondre à cette question, je tiens à rappeler l’objectif de cette étude, menée entre 2012 et 2013. La finalité n’a pas été de démontrer que la qualité de l’air impacte la santé publique (ce qui est une évidence), mais de mesurer les effets à court terme de la pollution sur la population (santé respiratoire et cardiovasculaire). Ces effets peuvent aller d’une simple gène respiratoire (fréquente chez les populations proches des sources de pollution), à un excès de consultations, surconsommation de médicaments, des hospitalisations plus fréquentes, voire même au décès des sujets fragiles (maladies respiratoires ou cardiaques chroniques). L’OMS a soulevé également des effets sur l’absentéisme scolaire et professionnel. Parmi les principaux polluants, on cite les oxydes d’azote émis essentiellement par le transport, l’ozone polluant secondaire lié à des réactions chimiques dans l’atmosphère sous l’effet de l'ensoleillement, les oxydes de soufre ainsi que les particules en suspension (PM10 ou poussières) émises par l’industrie et les voitures à moteur diesel. Dans une ville comme Casablanca, la question qui se pose est de savoir comment peut-on quantifier les effets de la pollution de l’air sur la santé publique ? Comment une augmentation de la pollution de 50 mg va-t-elle se traduire sur la santé ?

En d’autres termes, il s’agit de trouver la corrélation entre les indicateurs de la pollution de l’air et ceux de la santé. Cette première étape de l’étude a donc permis de répondre à ces questions.

Un autre objectif de l’étude était de créer une dynamique d’échange d'expertise entre les différents intervenants (Universitaires, autorités publiques, corps médical…) et faire de cette étude un outil de décision et de sensibilisation pour les pouvoirs publics. 

F.N.H. : La situation atmosphérique est-elle alarmante au niveau du Grand Casablanca ? Autrement dit, la capitale économique enregistre-t-elle fréquemment des pics de pollution ? Et quelles sont les mesures prises en cas de pic ? 

C. N. : Grâce aux données fournies par la Direction de la météorologie nationale, l’étude a identifié 3 zones au niveau du Grand Casablanca :

• Centre-ville et périphéries de la métropole où le principal pollueur est le transport en commun avec l’émission d’oxyde d’azote mais sans atteindre des niveaux alarmants.

• Zone d’Aïn Sebaâ où l'on note des pics fréquents, notamment des PM 10 et des oxydes de soufre proches des usines.

• Zone industrielle de Mohammedia qui enregistre également des pics avec une pollution mixte (industrielle et transport).

Pour éviter ces pics, il faut inciter les industriels à diminuer leurs émissions, les automobilistes à réduire l’utilisation des voitures (30% de la pollution est liée au parc automobile), et à utiliser davantage les transports en commun…

F.N.H. : Les indicateurs de santé que vous avez récoltés sont-ils représentatifs de la réalité sanitaire de la ville sachant qu’une bonne partie de la population, notamment au niveau de Casablanca se soigne dans le privé ? 

C. N. : Je dois souligner qu’avant de démarrer cette étude, nous avons mené un projet pilote à Sidi Bernoussi, durant un mois, pour tester son processus de bout en bout. C’est à l’issue de ce projet que l’étude a été lancée. Il faut dire que sa conduite a été difficile parce qu’il a fallu l’implication de tous les intervenants et les acteurs de la santé pour la collecte des données. 

Faire adhérer ces acteurs a donc été la première étape de l’étude. Et je peux dire que nous avons été agréablement surpris par l’engagement des intervenants, essentiellement du secteur public.

Pour le privé, malheureusement, nous n’avons compté qu’avec l’engagement de quelques médecins. Nous espérons dans les prochaines étapes les associer plus fortement. Les données récoltées émanent donc essentiellement du public.

Je tiens toutefois à remercier tous les intervenants qui ont contribué directement ou indirectement à la réalisation de cette étude. 

F.N.H. : L’absence d’un système d’information sanitaire permettant la collecte systématique des données sanitaires, que ce soit dans le public ou dans le privé, a-t-il constitué un frein pour mener à bien cette étude ? 

C. N. : C’est l’une des difficultés majeures que nous avons rencontrée et l’une des recommandations de l’étude, à savoir mettre en place un système d’information pour recueillir et alimenter le système des données d’une manière plus systématique de telle manière à pouvoir améliorer le dispositif prédictif (éco-épidémiologique). Plus le système sera alimenté d’informations, plus le dispositif sera amélioré.

F.N.H. : Maintenant que l’état des lieux a été établi, quelle sera la prochaine étape ? 

C. N. : La deuxième phase de ce projet (durée 2 ans) va être la mise en place du dispositif prédictif au niveau de Casablanca. Un système informatisé qui va nous donner instantanément les données relatives à la santé publique. Cet outil permettra aux autorités de prendre les mesures nécessaires pour atténuer les effets de la pollution. 

 

Propos recueillis par L. Boumahrou

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