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Economie

Prix alimentaires : Pourquoi l’accalmie annuelle ne se ressent pas dans les paniers

En septembre 2026, les prix alimentaires ont augmenté de 1,6 % en un mois, et ceux des viandes et des légumes de 4,3 %, selon le HCP. Sur un an pourtant, l'inflation ne dépasse pas 0,5% et le panier alimentaire reste 2,5% moins cher qu'en septembre 2025.

SPar S.Chafiai
|Publié le 2 Novembre 2026 à 12:00
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Prix alimentaires maroc

Entre août et septembre 2026, l'indice des prix à la consommation (IPC) a progressé de 1,0%, sa plus forte hausse mensuelle depuis mars. Sur douze mois, la progression se limite à 0,5%. Ces deux chiffres, publiés le 22 octobre par le haut-commissariat au Plan (HCP), ne se contredisent pas. Ils mesurent deux choses différentes. Le premier capte un mouvement de court terme. Le second compare le niveau des prix à celui d'un an plus tôt, après des mois de baisse. C'est dans cet écart que se loge le décalage entre la statistique et le ressenti des ménages.

La hausse mensuelle est d'abord alimentaire. L'indice des produits alimentaires gagne 1,6% contre 0,4% pour les produits non alimentaires. Les viandes et les légumes enregistrent la progression la plus forte, avec 4,3%, devant le lait, le fromage et les œufs (+1,6 %). Tous les postes ne montent pas : les poissons et fruits de mer reculent de 0,4% et le café, thé et cacao de 0,3%. Côté non alimentaire, les carburants augmentent de 2,0%, après un bond de 9,8% en août.

Sur un an, le tableau s'inverse. La hausse de 0,5% de l'IPC résulte d'une progression de 2,8% des produits non alimentaires, portée par le transport (+9,4%), et d'un recul de 2,5% des produits alimentaires. Sur les neuf premiers mois de l'année, l'alimentation reste en baisse de 1,8% et l'indice général ne progresse que de 0,3%. Autrement dit, les ménages paient leur panier alimentaire moins cher qu'il y a un an, mais nettement plus cher qu'au début de l'été.

Pour autant, l'inflation ne ralentit pas. En glissement annuel, elle passe de -0,6% en juillet à -0,3% en août, puis à +0,5% en septembre. C'est une remontée, sortie d'une courte phase de baisse du niveau des prix. L'inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatils et à tarifs publics, confirme une pression modérée mais réelle : +0,5% sur un mois et +0,6% sur un an.

Ces données ont toutefois leurs limites. Deux mois de hausse alimentaire (+0,9% en août, +1,6% en septembre) ne suffisent pas à établir une tendance durable. Ils succèdent à des replis marqués en mai (-2,1%) et en juin (-0,8%). Une partie du rebond peut correspondre à un rattrapage plutôt qu'à une nouvelle dynamique.

Pourquoi les prix alimentaires évoluent différemment

Les produits frais appartiennent précisément à la catégorie que l'inflation sous-jacente écarte, parce que leurs prix réagissent vite aux conditions d'offre : saison, récoltes, climat, coûts d'acheminement. C'est ce qui explique qu'ils puissent baisser fortement au printemps puis remonter à la rentrée, sans que l'inflation de fond ne suive le même rythme.

La note du HCP ne détaille pas les causes de la hausse de septembre. Un canal mérite cependant d'être surveillé : le coût de l'énergie. La forte progression des carburants en août, puis en septembre renchérit le transport et la distribution des denrées. Ce mécanisme reste à mesurer, la statistique ne permettant pas d'en isoler l'effet sur les étals. Bank Al-Maghrib souligne, de son côté, que la transmission de la hausse énergétique aux prix intérieurs est restée limitée grâce aux subventions accordées aux professionnels du transport routier et au maintien des prix du butane et de l'électricité.

Pour l'économiste Khalid Doumou, ces facteurs ne sont «pas tous d'ordre économique ou climatique». La contrainte climatique (stress hydrique, inondations, vents violents) constitue selon lui une donnée structurelle, que les politiques publiques doivent traiter par l'anticipation et la prévention.

Il insiste toutefois sur des facteurs endogènes : l'insuffisance d'une concurrence effective et d'une véritable «vérité des prix», des intermédiaires inutiles, la spéculation par stockage clandestin dans des entrepôts non déclarés pour créer des pénuries artificielles, et le non-respect de l'obligation d'affichage des prix. Pour les fruits et légumes, il identifie trois obstacles à des prix bas : les aléas climatiques, la hausse des coûts de production (engrais et énergie surtout) et les marges de la distribution, transport compris. Il appelle aussi à combattre des pratiques commerciales comme la «shrinkflation» (réduire la quantité à prix inchangé) ou la «greedflation» (des prix qui augmentent bien au-delà des coûts).

L’économiste estime que la création de six sociétés régionales de distribution, annoncée dans le PLF 2027, constituerait une avancée importante contre les intermédiaires superflus. Selon la note de présentation du projet de Loi de Finances, ces structures seront implantées dans les bassins du Souss, du Tadla, du Gharb, du Loukkos, de Doukkala-Abda et de l'Oriental, avec un rôle logistique et sans monopole d'achat ni de revente.

La Banque centrale attribue d'ailleurs la faiblesse de l'inflation, à 0,3 % en moyenne sur les huit premiers mois, en partie à la baisse de certains prix alimentaires. Elle a ramené sa prévision pour 2026 à 0,7% contre 1,5% en juin, et anticipe 1,5% en 2027. Le répit alimentaire a donc soutenu la modération globale. Son essoufflement pèserait mécaniquement sur la trajectoire des prochains mois.

Un effet inégal sur le pouvoir d'achat

Le poids de l'alimentation dans les dépenses explique pourquoi une hausse mensuelle se ressent davantage qu'une moyenne annuelle. Selon l'Enquête nationale sur le niveau de vie des ménages de 2022 du HCP, l'alimentation absorbe 38,2% du budget des ménages. Cette part atteint 50% pour les 10% les moins aisés contre 30% pour les 10% les plus aisés. Elle s'élève à 48,6% en milieu rural contre 35,2% en milieu urbain.

À titre d'ordre de grandeur, et à panier alimentaire comparable, une hausse de 1,6% des prix alimentaires renchérit d'environ 0,8 point le budget total d'un ménage du premier décile contre 0,5 point pour un ménage du dernier. L'écart est d'autant plus sensible que les viandes et les légumes, en tête des hausses, sont des achats fréquents dont les prix servent de repère au quotidien.

La géographie ajoute une autre couche. La hausse mensuelle de l'IPC atteint 2,8% à Laâyoune et 2,4% à Béni Mellal, contre 0,6% à Casablanca et Tanger.

Khalid Doumou rappelle que l'IPC est une moyenne calculée sur douze grandes familles de produits, qui «ne reflète pas le pouvoir d'achat des ménages» ni leur vulnérabilité face à la hausse des dépenses incompressibles. C'est sur ces dépenses, dont l'alimentation fait clairement partie, que l'érosion du pouvoir d'achat se ressent le plus. Face aux hausses, les ménages doivent procéder à des arbitrages forcés dans leur panier. Les protéines animales en offrent l'illustration : selon ses estimations, la viande rouge aurait augmenté de 40% à 55% selon les morceaux entre 2021 et 2026, et la viande blanche de 35% à 45%, avec des pics cycliques de 60% à 70%, tandis que l'œuf s'est imposé comme l'ultime «produit refuge».

Parmi les pistes pour rendre les fruits et légumes plus abordables, il cite une fiscalité à taux réduit ou nul, un chèque alimentation pour les plus démunis, l'encadrement des marges et le soutien aux circuits courts : marchés, souks hebdomadaires et coopératives agricoles.

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