Patrimoine sylvicole : Des dégâts collatéraux inévitables
La déforestation s’aggrave sous l’effet de plusieurs facteurs comme l'accroissement démographique, le surpâturage, le ramassage de bois de chauffe ou encore le défri-chement de la forêt pour la transformer en terres agricoles.
Sylviculture et agricul-ture peuvent-elles cohabiter sans dom-mages collatéraux ? A priori oui, si chaque secteur respecte son champ d’activité. Mais dans les faits, on remarque que les forêts deviennent, par-tout dans le monde, victimes de l’expansion des cultures. Dans le nord du Maroc par exemple, la culture du canna-bis était concentrée essentielle-ment dans la région de Ketama, dans un périmètre de moins de 20.000 hectares. Cette superficie n’a cessé de progresser jusqu’à atteindre 160.000 hectares. Suite aux différentes campagnes de lutte contre cette culture, elle a été réduite pour se situer actuellement à 70.000 hectares. Les opérations de reboisement n’ayant pas suivi, la qualité du sol s’est nettement dégradée sous l’effet de l’érosion. Aussi, l’arrivée du froid, la demande en bois augmente-t-elle sensiblement, surtout dans le monde rural et plus particu-lièrement dans les zones mon-tagneuses où les appareils modernes de chauffage à base de gaz ou d’électricité font défaut. Malgré la vigilance des autorités qui essaient d’assurer une exploitation rationnelle et contrôlée des forêts, les activités illégales se poursuivent. Outre l’usage domestique, le bois est également fortement sollicité pour alimenter les fours et autres hammams publics qui, du point de vue prix, leurs propriétaires y trouvent leur compte comparati-vement avec les autres sources d’énergie. Faut-il s’inquiéter pour le patri-moine sylvicole national ? Plusieurs éléments convergent vers ce constat d’autant que plusieurs associations locales ou nationales de protection de l’envi-ronnement ont tiré la sonnette d’alarme. Mais les autorités de tutelle continuent de véhiculer un discours rassurant. «Les efforts de reboisement vont bon train. Le programme pré-voit 45.000 ha annuellement. En quelque sorte, le bilan forestier au Maroc est plutôt positif alors qu’il y a quelques années, c’était le contraire. Mais dans les faits, on a l’impression que nos forêts sont menacées par une urbani-sation anarchique et une surex-ploitation démesurée», explique-ton auprès Haut-commissaire aux eaux et forêts. Outre cet organsime, la problématique de la déforestation concerne éga-lement d’autres départements notamment l’Intérieur, l’Equi-pement, celui de l’Agriculture, la direction des domaines... La déforestation bat son plein éga-lement dans les régions du sud.
L'arganier : un cas d'école
Le cas de l’arganier est typique du fait que c’est une espèce spécifique et exclusive au Maroc. Sa superficie représente près de 800.000 ha, soit 15% des forêts marocaines. Mais elle ne cesse de régresser au fil des ans, car menacée par la désertification et par l’action néfaste de l’homme. Il est inutile de relever que le problème de l’arganeraie n’est pas uniquement dû à une insuf-fisance de superficie. Cela est également dû à un problème de déséquilibre. Car pour une même superficie, on peut avoir un peu-plement d’arbres moins dense. «Les usages reconnus de l’ar-ganier sont extrêmement éten-dus. Les ayants droit peuvent le planter et l’exploiter, mais c’est en contradiction avec les conditions de préservation de cet arbre. Le problème se situe au niveau socioéconomique parce que toutes les superficies sont pratiquement délimitées. A l’exception de quelques régions du côté de Taroudant ou Tiznit. Globalement, il n’y a pas de carence de zones de culture mais plutôt un souci de ges-tion de celles-ci par les usagers. Il est donc primordial de gérer les droits d’usage qui sont des droits légaux, mais avec plus de contraintes pour permettre à la forêt de supporter», explique Mohamed Ait Hamou, président d’une association de dévelop-pement locale dans la région d’Agadir. Par ailleurs, il faut noter que la forêt reste victime de la pous-sée de l’urbanisation. Des villes, comme Casablanca, manquent cruellement d’espaces verts. Les quelques forêts qui existent aux alentours de la métropole, à l’instar de celles de Bouskoura ou de Zenata, sont menacées pas les complexes immobiliers. Les autorités compétentes se voient incapables de stopper cette expansion désastreuse pour l’environnement. L’immatriculation et le bornage des forêts est la condition sine qua non pour les protéger. Ce taux d’identification reste faible au Maroc comparativement avec d’autres pays. Le patrimoine sylvicole est une richesse nationale. Il est primor-dial de le préserver pour les générations futures.
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Déphasage
Dans les pays en voie de déve-loppement, la population rurale occupe une place importante. Elle est parfois à égalité avec la popula-tion urbaine ou dépasse celle-ci. Au Maroc, c'est tout autre chose ! Le secteur primaire, notamment l’agri-culture, est la principale activité. Ce qui met cette population à la merci des aléas climatiques. Contrairement aux villes qui sont mieux desservies par le service bancaire et disposant d’outils de financement diversifiés, les cam-pagnes restent peu couvertes. Il est donc nécessaire d’assurer le développement aussi bien des organismes dédiés que des instru-ments et d’un cadre institutionnel de financement adapté à la cam-pagne. L’un des défis majeurs que ren-contrent les exploitants agricoles est la gestion de risques. Il s’agit de répondre à plusieurs contraintes sur la manière de produire, de finan-cer, de commercialiser notamment d’assurer le retour sur investisse-ment. On relève plusieurs types de risques qui subsistent comme celui du prix, du rendement, de la qualité et du coût des intrants. L’agriculture est un secteur qui connaît une volatilité avérée, aussi bien à la production qu’à la com-mercialisation, et cela perturbe sensiblement la visibilité de l’agri-culteur. Conscient de la vulnérabilité des zones rurales et de leur déphase en matière de développement compa-rativement aux villes, le gouverne-ment a décidé, dans le cadre du projet de Loi des Finances 2016, de lancer un vaste programme de développement du monde rural. Doté de plusieurs milliards de dirhams qui seront investis sur cinq ans, ce fonds permettra de mettre à niveau les zones encla-vées, surtout en matière d’infras-tructures. Plusieurs départements sont concernés. De tels ouvrages devront permettre de réduire la fracture sociale et régionale et faciliter l’accès aux services de base notamment dans les zones éloignées. L’Intérieur, via les col-lectivités locales, a de ce fait un rôle important à jouer en matière de développement mais aussi en vue d’assurer la coordination entre les différents secteurs.





