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Paiements : BAM veut desserrer l’emprise du cash

Avec 540 milliards de dirhams en circulation à fin juillet, la demande d’espèces continue de progresser malgré le développement des paiements électroniques, poussant Bank Al-Maghrib à agir sur leur acceptation chez les commerçants et leur tarification.

YPar Y.Seddik
|Publié le 11 Octobre 2026 à 11:00
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bam maroc paiement

L'accalmie n’aura duré qu’un an. Après une progression limitée à 5,2% en 2024, la circulation fiduciaire a bondi de 18% en 2025, puis de 10% sur les sept premiers mois de 2026. À fin juillet, son encours atteignait 540 milliards de dirhams, contre environ 491 milliards à la clôture de l’année précédente. Dans ses réponses à Finances News Hebdo, Bank Al-Maghrib décrit une demande de cash qui demeure forte, malgré la multiplication des solutions de paiement numérique.

La rupture remonte à la crise sanitaire, puisqu’entre 2010 et 2019, les espèces en circulation augmentaient à un rythme annuel proche de 6%. Cette cadence a doublé entre 2020 et 2023, pour atteindre 12% en moyenne. La régularisation volontaire de la situation fiscale des personnes physiques a ensuite contribué au ralentissement observé en 2024. Mais dès l’année suivante, la demande est repartie à la hausse. Fin 2025, l’encours représentait déjà le double de son niveau d’avant la pandémie. BAM tient toutefois à distinguer cette progression de celle des paiements électroniques. La hausse du cash «ne traduit donc pas nécessairement un recul de ces derniers, mais reflète plutôt la persistance d’un recours structurel important au cash». Les usages numériques se développent, sans encore entraîner une modération suffisamment sensible de la demande d’espèces.

Les données bancaires montrent que cette demande passe principalement par les retraits par carte aux guichets automatiques. Viennent ensuite les retraits directs ou par chèques aux guichets des banques, l’encaissement de la contre-valeur des transferts en devises des MRE et les cessions de billets étrangers.

Quant aux raisons de cette préférence, la Banque centrale cite la croissance économique, le poids de l’informel, la fiscalité, l’inclusion financière et les habitudes de paiement. La thésaurisation intervient également, notamment dans les périodes d’incertitude comme celle de la crise sanitaire. BAM ne fournit cependant pas de ventilation permettant d’attribuer la hausse à chacun de ces facteurs. Leur impact «ne peut être déterminé de manière isolée ni quantifié avec exactitude», précise-t-elle, en raison des difficultés d’observation et de mesure.

Cette dépendance aux espèces a un coût. Sur le seul périmètre couvrant ses propres activités, celles des banques et des centres privés de tri, BAM l’estime à environ 0,3% du PIB en 2023. Réduire le recours au cash permettrait, selon elle, de limiter ces charges et les risques de perte ou d’insécurité, mais aussi de canaliser davantage de liquidités vers le circuit formel pour soutenir le financement de l’économie.

Les initiatives se sont pourtant succédé : ouverture des activités de paiement à de nouveaux acteurs en 2017, introduction du paiement mobile en 2018, lancement de la Stratégie nationale pour l’inclusion financière en 2019 et mise en place du virement instantané en 2023. S’y ajoutent le relèvement des plafonds des comptes de paiement, l’assouplissement des règles applicables aux agents et la dématérialisation des aides sociales.

BAM entend désormais renforcer l’utilisation quotidienne de ces instruments. L’acceptation des paiements numériques chez les commerçants constitue, à ses yeux, «l’un des principaux maillons à renforcer». La stratégie consiste à encourager particuliers, entreprises et administrations à les utiliser, tout en élargissant le réseau de commerces où ces paiements sont possibles.

Leur coût fait aussi partie des travaux engagés. La Banque cherche à favoriser «un modèle économique suffisamment incitatif pour le commerçant et l’utilisateur», tout en garantissant la viabilité des acteurs qui investissent dans les infrastructures et les services de paiement. Elle ne précise pas, dans sa réponse, de nouvelles grilles tarifaires ni de calendrier d’application.

La dématérialisation des encaissements et décaissements publics doit également contribuer à modifier les habitudes, de même que le développement du paiement électronique dans les services publics. À moyen terme, BAM prévoit de poursuivre la modernisation du cadre réglementaire et ses travaux exploratoires sur une monnaie digitale de banque centrale.

En parallèle, elle continue d’assurer l’approvisionnement en espèces. La période de l’Aïd Al-Adha, du 13 au 27 mai 2026, a ainsi donné lieu à 27,2 milliards de dirhams de retraits nets aux guichets de BAM, contre 21,4 milliards durant la période comparable de 2024 et 19,3 milliards en 2023. Le taux moyen de disponibilité des guichets automatiques bancaires s’établissait à 95% à fin juin 2026. La Banque rappelle que la réduction de la dépendance au cash devra accompagner progressivement l’évolution des usages, tout en garantissant aux citoyens le libre choix de leur moyen de paiement.

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