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IA : Le Maroc veut prendre sa place dans la bataille du calcul

Deux projets utilisant les technologies de Nvidia placent le Royaume sur la carte des infrastructures IA africaines. Avec Nexus, l’ambition atteint 500 MW à terme. Mais devenir un hub exigera de transformer les annonces en capacités opérationnelles, puis en services accessibles aux entreprises.

KPar K.A
|Publié le 10 Octobre 2026 à 23:05
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L'intelligence artificielle a besoin de modèles, de données et, surtout, de machines pour les faire tourner. C’est sur ce dernier maillon que le Maroc avance ses pions. Dans une publication récente, Nvidia mentionne deux projets concernant le Royaume : la Nexus AI Factory, portée par Nexus Core Systems, et l’expansion africaine de Cassava Technologies. Un signal de visibilité internationale, qui ne signifie pas que ces infrastructures sont déjà en service.

Le projet Nexus concentre les ambitions. Nvidia évoque un investissement initial de 1,2 milliard de dollars, une capacité planifiée de 500 MW, ses technologies Blackwell et une alimentation renouvelable fournie par Taqa Morocco. Le groupe américain apporte ici sa technologie à un projet porté par Nexus : le montant annoncé ne doit pas être présenté comme un investissement direct de Nvidia au Maroc.

Derrière les 500 MW, une montée en puissance

Le détail des premières étapes donne une mesure plus concrète du chantier. Selon le ministère de la Transition numérique, le protocole signé le 8 avril 2026 au GITEX Africa prévoit 12 milliards de dirhams d’investissement sur deux phases. Nouaceur doit accueillir une première capacité de 16 MW, pour 5 milliards de dirhams et 50 emplois directs. Une expansion dans le nord du Royaume prévoit ensuite 20 MW supplémentaires pour 7 milliards de dirhams. L’objectif annoncé est de 36 MW cumulés et 125 emplois directs à fin 2027.

Les 500 MW constituent donc une cible à terme, distincte de ce premier calendrier. Ils expriment une puissance électrique, pas un nombre de processeurs ni une performance de calcul.

Nexus prévoit également un centre d’excellence et un hub d’innovation. Son Directeur général, Jaap Zuiderveld, souligne «une combinaison unique de stabilité politique, de leadership visionnaire et de talents d’exception». Il affirme que le centre d’excellence doit conduire des opérations mondiales depuis le Maroc.

Un marché africain à conquérir

Cassava ouvre une deuxième perspective. Premier partenaire cloud de Nvidia en Afrique, le groupe prévoit une expansion au Maroc, en Égypte, au Kenya et au Nigeria, à partir de son dispositif sud-africain. Nvidia évoque un investissement pouvant atteindre 720 millions de dollars pour ce programme continental. Cette enveloppe ne revient donc pas au seul Maroc. Sa publication ne détaille ni la puissance ni le calendrier du volet marocain.

L’intérêt économique dépasse l’hébergement de serveurs. En proposant du calcul à la demande, ces plateformes peuvent donner aux entreprises et aux chercheurs les moyens d’entraîner, d’adapter et d’exploiter des modèles au plus près de leurs données. Dans un communiqué de Cassava, le Dr H. Sithole, responsable du National Integrated Cyber infrastructure au CSIR sud-africain, souligne que conserver les données en Afrique permet de développer des modèles adaptés aux besoins locaux, notamment dans la santé, l’énergie et l’agriculture. Son propos concerne le déploiement africain de Cassava.

Le marché existe, mais sa croissance ne sera pas uniforme. Dans une étude publiée en novembre 2025, les experts de McKinsey estiment que la demande africaine de capacité de data centers pourrait passer d’environ 0,4 GW à 1,5-2,2 GW en 2030. Cette projection couvre l’ensemble des centres de données, au-delà de l’IA. Le cabinet insiste sur trois facteurs décisifs : la fiabilité électrique, l’environnement réglementaire et la disponibilité des infrastructures.

L’électricité, juge de paix

La promesse énergétique de Nexus est donc centrale. Dans sa présentation du 1er avril 2026, Taqa Morocco décrivait un partenariat pour une plateforme d’IA et de data centers visant 500 MW d’énergie verte. Le document indiquait alors un protocole signé et une phase de développement.

«Il n’y a pas d’IA sans énergie», rappelle Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, dans une déclaration publiée le 16 avril 2026, traduite de l’anglais. Selon lui, les pays capables de fournir rapidement une électricité sûre et abordable disposeront d’une longueur d’avance. L’AIE relève aussi les freins physiques à l’expansion des data centers : raccordements, transformateurs et disponibilité des composants.

Le Maroc avance ses pions dans la bataille africaine du calcul IA. Mais le statut de hub se gagnera avec des installations opérationnelles, des clients et des usages concrets. Pour les entreprises et les chercheurs du Royaume, la vraie question sera celle de l’accès : quelle puissance disponible, à quel prix ?


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