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Développement durable

«Une nouvelle génération de stratégies»: Le PLF 2027 répond par la stratégie de 2009

Le 9 octobre, devant le Parlement, SM le Roi a appelé au lancement d'«une nouvelle génération de grandes stratégies», notamment en matière de sécurité énergétique. Quinze jours plus tard, le projet de Loi de Finances 2027 répond en reconduisant la Stratégie énergétique nationale de 2009. Lecture d'un décalage, et de ce qu'une stratégie de nouvelle génération devrait réellement contenir.

MBPar Mohamed Boiti
|Publié le 3 Novembre 2026 à 19:00
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«Une nouvelle génération de stratégies»: Le PLF 2027 répond par la stratégie de 2009

Le message royal était sans ambiguïté : «Aujourd'hui, outre l'activation des projets d'infrastructures à l'ordre du jour, une nouvelle génération de grandes stratégies doit être lancée, notamment dans les secteurs de la sécurité hydrique, énergétique et alimentaire, de l'émergence industrielle, de l'économie numérique et de l'intelligence artificielle». Le Souverain y ajoutait un appel à «une plus grande célérité» dans la constitution des réserves stratégiques du Royaume.

La note de présentation du PLF 2027 cite fidèlement cet appel. Puis, quelques lignes plus loin, elle rattache toute l'action énergétique du gouvernement à la Stratégie énergétique nationale lancée en 2009, avant de conclure qu'en 2027, le gouvernement «entend consolider cette dynamique». La demande royale de nouvelle génération reçoit donc, en guise de réponse, la consolidation de la stratégie de 2009.

Consolider n'est pas démériter. La stratégie de 2009 a fait du Maroc une référence régionale des énergies renouvelables, et le PLF 2027 contient de vraies avancées, qu'il faut reconnaître d'abord. Mais une stratégie conçue il y a dix-sept ans, dans un monde sans mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, sans filière d'hydrogène vert et avant que les chocs géopolitiques ne fassent de l'approvisionnement une question de souveraineté, ne peut pas tenir lieu de «nouvelle génération». C'est l'écart entre ces deux temps que cet article mesure. I.

Ce que le PLF 2027 fait bien : quatre avancées réelles

La critique n'a de valeur que si elle reconnaît ce qui avance. Or, le PLF 2027 contient quatre mesures qui vont au-delà de la simple continuité, et dont la portée dépasse leur ligne budgétaire.

1/ Le corridor ultra-haute tension Boujdour-Tensift (2.000 MW). C'est sans doute la mesure la plus structurante. Le potentiel solaire et éolien du Royaume est au Sud; la consommation est au Centre et au Nord. Sans lignes pour acheminer l'électricité, chaque nouveau parc renouvelable du Sud bute sur la capacité du réseau. En introduisant le palier de l'ultra-haute tension, ce corridor lève la contrainte physique qui conditionne toute montée en puissance future. C'est aussi un préalable à l'hydrogène vert, dont les six projets se situent tous dans les régions du Sud.

2/ Un stock d'hydrocarbures couvrant trois mois de consommation. C'est la seule réponse directe et chiffrée à l'appel royal sur les réserves stratégiques. Elle aligne le Maroc sur la norme de l'Agence internationale de l'énergie, qui impose à ses membres des stocks d'urgence équivalant à 90 jours d'importations nettes. Pour un pays qui importe l'essentiel de son énergie, la portée est considérable : trois mois de stocks, c'est trois mois de marge face à une rupture d'approvisionnement ou à une flambée des cours.

3/ Un contenu local minimal de 50% à l'horizon 2031. Appelé à devenir une clause obligatoire des cahiers des charges et des contrats de concession des projets énergétiques publics, ce seuil transforme la dépense énergétique en politique industrielle. Chaque mégawatt installé doit aussi devenir une commande pour les entreprises marocaines et des emplois qualifiés. C'est la bonne articulation entre transition et souveraineté industrielle.

4/ L'accès facilité des industriels au réseau moyenne tension. Publication des capacités d'accueil par zone industrielle, guichet numérique unique, délais de traitement fixés, contrats types : la mesure paraît technique, mais elle lève un frein concret à l'autoproduction d'électricité verte, que la loi 82-21 et son décret d'application de 2026 venaient d'ouvrir. Pour les exportateurs exposés au mécanisme européen d'ajustement carbone aux frontières, c'est un levier direct de compétitivité. Ces quatre mesures méritent d'être saluées. Elles améliorent l'exécution de la stratégie existante. Elles n'en changent pas la nature.

II. 2009 consolidé : quand l'objectif phare devient une prévision L'objectif phare est toujours celui de 2009 et 2015

Le cœur de la politique énergétique reste inchangé : porter à 52% la part des renouvelables dans la capacité électrique installée et réaliser 20% d'économies d'énergie à l'horizon 2030. La note de présentation l'écrit sans détour: ces objectifs remontent à la Stratégie énergétique nationale de 2009, dont la cible de 42% pour 2020 avait été relevée à 52% pour 2030 lors de la COP21, en 2015.

Or cette cible est presque atteinte. À fin juillet 2026, les renouvelables représentaient 46,7% de la capacité installée, soit 5.780 MW sur 12.364 MW. Selon le programme photovoltaïque de l'Agence internationale de l'énergie (AIE PVPS), le seuil de 52% pourrait être franchi dès 2028, deux ans avant l'échéance. Un objectif que l'on dépassera sans effort supplémentaire n'est plus une ambition. C'est une prévision.

La liste des projets confirme cette lecture. Noor Midelt (1.425 MW et 2.600 MWh de batteries), Noor Atlas (305 MWc), le programme éolien Nassim (1.120 MW) : il s'agit pour l'essentiel d'achèvements et de poursuites. Seul le programme Noor PV Multisites (450 MWc) est véritablement lancé en 2027.

La note emploie le bon terme, le programme gouvernemental non

La note de présentation parle avec rigueur de «capacité électrique installée». Le programme gouvernemental présenté au Parlement le 19 octobre promettait, lui, de porter les renouvelables à plus de 52% du «mix énergétique». La confusion n'est pas anodine, car les deux notions n'ont presque rien à voir.

C'est là que se joue toute la question : la vitrine n'est pas la boutique. Comme je le montrais dans ces colonnes en juillet, les renouvelables représentent 92,8% de l'énergie produite localement, mais seulement 11,6% de l'énergie nette réellement consommée. Car l'essentiel de notre consommation ne passe pas par l'électricité : le gazole et l'essence des transports, le butane des ménages, le fioul et le coke de l'industrie. La facture des huit principaux produits énergétiques importés s'est élevée à 100,4 milliards de dirhams en 2025, dont 46,4 milliards pour le seul gazole. Aucun parc solaire, aussi vaste soit-il, ne réduit cette facture tant que les camions roulent au diesel.

Hydrogène, gaz, efficacité : la continuité sans échéances

L'«Offre Maroc» pour l'hydrogène vert affiche des chiffres impressionnants : six projets, 34 milliards de dollars d'investissement, 6,5 gigawatts d'électrolyse, un million de tonnes d'hydrogène par an. Mais plus de deux ans après son lancement, elle en est encore aux études préliminaires (pré-FEED et FEED), et la note admet que «la ventilation des investissements reste tributaire des résultats de ces études». Aucune date de première production n'est avancée.

La feuille de route gazière se poursuit, avec le terminal de gaz naturel liquéfié de Nador West Med et le Gazoduc africain atlantique. Le programme d'investissement 2026-2030 prévoit 3.744 MW de nouvelles centrales à gaz. Mais le charbon, qui assure encore l'essentiel de la production de base, n'apparaît pas une seule fois dans le chapitre énergétique de la note. Le gaz va-t-il remplacer le charbon, ou s'y ajouter ? Le PLF ne le dit pas.

Quant à l'objectif de 20% d'économies d'énergie en 2030, il est décliné en 62 actions types issues des plans régionaux d'efficacité énergétique. À quatre ans de l'échéance, aucun bilan d'étape n'est publié.

Un mot qui disparaît

Un dernier détail mérite l'attention. Dans la nomenclature du nouveau gouvernement, le département s'appelle désormais «ministère de l'Énergie, des Mines et du Développement durable». En 2021, il avait pris le nom de «Transition énergétique et Développement durable». Le retour des Mines s'explique sans doute par l'enjeu des minerais critiques, et le PLF continue de parler d'«accélération de la transition énergétique». Il serait donc hâtif d'y lire un renoncement. Mais le symbole interroge : le mot disparaît de l'intitulé, reste à savoir si l'ambition disparaît avec lui.

III. Ce qu'une stratégie de nouvelle génération devrait contenir

Une stratégie de nouvelle génération ne se reconnaît pas au nombre de mégawatts annoncés. Elle se reconnaît aux questions qu'elle ose poser. Huit d'entre elles sont absentes du PLF 2027.

1/ Mesurer la boutique, pas seulement la vitrine. Le premier changement de génération consisterait à fixer un objectif sur la part des renouvelables dans la consommation finale d'énergie, et non plus seulement dans la capacité électrique. C'est l'indicateur qu'utilise l'Union européenne, qui s'est fixé 42,5% pour 2030. Le Maroc en est à environ 11,6%. À mon avis, un objectif de 20% en 2030 et de 35% en 2035 changerait la nature même de la politique énergétique.

2/ S'attaquer aux vrais postes de dépendance. Il faut une stratégie dédiée aux transports (électrification des flottes urbaines et logistiques, rail de fret, biocarburants), à la chaleur industrielle et au butane. Ce sont eux qui pèsent sur les 100 milliards de dirhams de facture énergétique, pas l'électricité.

3/ Une sortie du charbon jalonnée. L'horizon 2040 doit être décliné en étapes datées, centrale par centrale, en tenant compte des contrats en cours. C'est d'autant plus urgent que 3.744 MW de centrales à gaz arrivent : sans plan explicite, le gaz risque de s'ajouter au charbon plutôt que de le remplacer.

4/ Des réserves stratégiques vérifiables. L'objectif de trois mois de stocks est bienvenu, mais il ne se vérifie que si l'on connaît le point de départ. Le PLF devrait publier le niveau actuel des stocks, en jours de consommation et par produit, ainsi qu'une date pour atteindre la cible.

5/ Une réponse au MACF dotée d'instruments. Le mécanisme européen d'ajustement carbone aux frontières est entré dans sa phase définitive en janvier 2026. L'Union européenne est le premier client de l'industrie marocaine. Le PLF cite le MACF, mais sans aucun outil : ni trajectoire de décarbonation des filières exportatrices (engrais, ciment, acier, aluminium), ni système national de mesure et de vérification des émissions, ni débat sur un prix du carbone national. Or un prix payé au Maroc peut être déduit de celui exigé à la frontière européenne : sans mécanisme national, cette recette ira à Bruxelles plutôt qu'à Rabat.

6/ Un calendrier pour l'hydrogène vert. Après deux ans d'études, la filière a besoin de jalons : décisions finales d'investissement, première production, part destinée au marché intérieur (engrais, acier vert) plutôt qu'à l'export.

7/ Un bilan énergétique du dessalement. J’estime que mobiliser 1,8 milliard de mètres cubes d'eau dessalée d'ici 2031 exige, selon les ratios techniques usuels (3 à 4 kWh par mètre cube), de l'ordre de 5 à 7 térawattheures d'électricité par an. Cette demande nouvelle n'apparaît dans aucune planification énergétique publiée. La sécurité hydrique et la sécurité énergétique, que le discours royal citait côte à côte, doivent être planifiées ensemble.

8/ Des indicateurs publiés chaque année. Part des renouvelables dans la consommation finale, intensité énergétique, jours de stocks, émissions par secteur, bilan d'étape de l'objectif d'efficacité de 20% : une stratégie de nouvelle génération se pilote par ses résultats, publiquement.

Conclusion : de la stratégie des mégawatts à la stratégie de l'énergie La stratégie de 2009 avait une mission : faire du Maroc un producteur d'électricité verte. Elle l'a largement remplie, et le PLF 2027 en parachève l'exécution avec sérieux. Mais c'est précisément parce que cette mission est presque accomplie qu'une nouvelle génération s'impose. La stratégie de nouvelle génération demandée par le Souverain pourrait reposer sur trois piliers.

Consommer : décarboner ce que le pays consomme réellement, et pas seulement ce qu'il produit.

Décarboner l'export : faire du MACF un levier de compétitivité plutôt qu'une taxe subie. Sécuriser : stocks, réseaux et ressources hydriques planifiés ensemble. Cette stratégie mérite un document à part entière, avec un horizon 2040, des cibles mesurées sur l'énergie consommée et un calendrier public, et non quelques pages dans une note de présentation budgétaire. Le nouveau ministère a les moyens de la porter. Il lui reste à en faire le choix. Car en matière d'énergie, la vitrine n'est pas la boutique : c'est à la boutique que se joue la souveraineté.

 

Mots clés :PLF 2027

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