Énergies : Le Maroc dans le radar des investisseurs mondiaux

Comment sera implémenté l’Accord de Paris et quelles opportunités présente-t-il pour les pays engagés ? C’est la question débattue par les experts de Baker&McKenzie. Le Maroc, à travers son fort engagement, figure parmi les 10 premiers pays ayant le plus de chance de recevoir les financements dédiés à la lutte contre les changements climatiques.
A quatre mois de la tenue de la COP22 à Marrakech, qui doit rendre opérationnel l’Accord de Paris, tous les projecteurs sont braqués sur le Maroc. Non pas uniquement en tant que pays hôte de la 22ème Conférence des parties à la conventioncadre des Nations unies sur les changements climatiques, mais en tant qu’Etat s’étant fait remarquer par sa stratégie énergétique et celle de développement des énergies renouvelables (ER), faisant de lui un modèle en matière de développement durable. Des actions qui ne sont pas sans représenter de réelles opportunités d’investissements aussi bien nationaux qu’internationaux pour accompagner cette transition énergétique et économique dans laquelle s’est inscrit le pays, actée dans son INDC (sa contribution nationale aux efforts mondiaux de lutte contre le dérèglement climatique). Le cas Maroc, à la lumière des engagements qu’implique l’Accord de Paris, a fait d’ail leurs l’objet d’une bonne partie du débat sur les tendances énergétiques mondiales, organisé ce 20 juillet à Casablanca par le cabinet d’avocats d’affaires américain Baker&McKenzie. Autant dire que le Cabinet n’a pas fait dans la demi-mesure en invitant près de 10 experts venant des quatre coins du monde (Chicago, Djakarta, Londres, Sydney, São Paulo, et bien sûr Casablanca) afin de confronter les différents modèles et expériences de développement durable par pays. Il s’agissait d’étudier l’impact de l’Accord de Paris sur les tendances énergétiques mondiales, notamment la production d’énergie dite classique, tout en planchant sur le défi aussi bien économique qu’environnemental, aussi bien pour les gouvernements que les sociétés de s’engager dans un développement durable. Autant rappeler que l’Accord de Paris implique aux pays signataires des développements à faible émission de gaz à effet de serre. «C’est un défi important qui implique des changements fondamentaux à même d’accompagner la transition économique par pays, selon l’engagement de chacun dans son INDC… Mais, même s’il s’agit d’un objectif difficile, il n’en demeure pas moins qu’il permet d’attirer des investissements et des financements importants pour accompagner cette transition économique», souligne Martijn Wilder, le chef du département «Marchés environnementaux internationaux et changements climatiques» chez Baker&McKenzie, venu tout droit de Sidney. Comment sera donc implémenté l’Accord de Paris ? C’est la question qui a donné lieu à plusieurs concertations. Il en sort, du moins du côté marocain, en plus des INDC, un intérêt particulier à la diversification des sources de financement, y compris en prônant le partenariat publicprivé. D’ailleurs, les experts présents, notamment ceux qui ont pris part aux consultations, affirment que le Maroc privilégie un financement innovant du prix carbone comme facteur-clé de la transition énergétique.
Le Maroc en bonne place pour recevoir le financement climat ! Le rôle de leader africain en la matière fait que le Royaume paraît dans le radar des gros investisseurs étrangers parmi les 10 premiers pays qui ont le plus de chance de recevoir les financements dédiés aux changements climatiques. Force est de reconnaître que les engagements forts du Royaume ne sont pas passés inaperçus lors de la COP21 à Paris, où SM le Roi avait tracé les nouveaux objectifs en matière d’énergies renouvelables : l’objectif de 42% qui était fixé pour la part des énergies renouvelables dans la réponse à apporter à nos besoins en 2020, a été porté à 52% à l’horizon 2030. Cela ne fait qu’augmenter les IDE destinés au Royaume en matière d'ER. Or, si le Maroc n’a pas pâti des effets du printemps arabe, il n’en demeure pas moins qu’il doit diversifier les sources de financement qui émanent à hauteur de 71% de l’Europe et du MoyenOrient, note Hugh Stewart, le président du «Energy, mining& infrastructure pratique groupe» chez Baker&McKenzie à Londres. La diversification doit également se faire du côté des grandes compagnies, comme le souligne James O’Brien, du bureau de Chicago, qui note que de plus en plus de sociétés, comme Google, Facebook ou Ikea s’inscrivent dans les accords d’achats d’énergies renouvelables, puisqu’elles sont devenues soucieuses du fait que l’énergie qu’elles consomment provient de sources renouvelables. Une prise de conscience qui s’accompagne de gros investissements pour accompagner cette transition énergétique dans plusieurs pays, surtout ceux disposant d’une stratégie claire, adossée à un cadre réglementaire bien défini, d’une grande transparence dans l’octroi de marchés publics et de projets intéressants. O’Brien explique que des entreprises sont devenues de plus en plus réticentes à investir dans des pays ne disposant pas de vision relative au développement durable.
I. Bouhrara
Le projet de gaz naturel liquéfié : Très complémentaire de la stratégie verte
Si l’énergie verte a le vent en poupe, il n’en demeure pas moins que les tendances énergétiques mondiales seront marquées par une croissance de la demande y compris celle des autres énergies autres que renouvelables. Ce que le Maroc ne devra pas perdre de vue, notamment en poursuivant sa stratégie énergétique qui repose entre autres sur l’efficacité énergétique, les bioénergies, l’électronucléaire et le terminal gazier. Concernant le terminal onshore d’importation du GNL à Jorf Lasfar, il constitue une énergie complémentaire au renouvelable, le solaire et l’éolien pouvant souffrir d’intermittence, soutient Kamal Nasrollah, le managing partner du bureau Baker&McKenzie de Casablanca. En effet, le gaz figure en bonne position dans le mix énergétique et le terminal devrait permettre d’augmenter la part de l’électricité produite à partir du gaz à 31% en 2025, contre 16% actuellement.





