Electrification : Plus d’un demi-milliard d’Africains dans le «noir»
Conscients de leurs multiples richesses, les pays africains aspirent légitimement à l’émergence. Cette ambition devrait difficilement se concrétiser avec des indicateurs consternants en matière d’électrification. Chaque année, ce sont près de 10 millions d’Africains de plus qui sont privés d’électricité, une ressource indispensable pour les secteurs de la santé, de l’éducation, de la culture, etc.
“Il est difficile d’envisager un développement pérenne et une croissance inclusive en Afrique sans une production d’électricité suffisante et continue». C’est en ces termes que Mohamed El Kettani, président Directeur général du groupe Attijariwafa bank (AWB), s’est exprimé lors de la conférence de presse organisée récemment en prélude du Forum international Afrique développement. Ces propos ont montré le caractère autrement plus important de l’électrification dans le processus de l’émergence du continent africain, qui a enregistré un taux de croissance annuel moyen de 5% du PIB au cours de ces dernières années. L’assertion du patron de la première banque du Maroc, présente dans 14 pays africains, est amplement confortée par des données factuelles et plusieurs constats édifiants. A ce titre, rappelons que l’électricité en Afrique, facteur de compétitivité essentiel pour les investisseurs internationaux et les opérateurs locaux, affiche un prix prohibitif par rapport aux pays développés. D’après une étude intitulée «Énergie, planète : saisir les opportunités énergétiques et climatiques de l’Afrique», initiée par l’ancien secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, une villageoise du Nord du Nigeria paie la facture la plus élevée au niveau mondial pour se procurer de l’électricité, soit entre 60 et 80 fois plus cher que la facture payée par un habitant de New York. Aussi paradoxal soit-il, le Nigéria, première puissance économique du contient devant l’Afrique du Sud, abrite près de 93 millions d’habitants privés d’électricité.
L’électricité, un maillon essentiel de l’émergence
La thématique du Forum Afrique développement de cette année, qui n’est autre que : «Agriculture et Électrification : mobiliser les énergies», cadre parfaitement les principaux enjeux de développement du continent. C’est un truisme de rappeler que l’agriculture africaine ne pourra prendre son envol sans une production suffisante d’électricité, notamment dans les milieux ruraux plongés la plupart du temps dans le noir. En dépit de son grand potentiel en matière de production d’énergies renouvelables, le continent africain abrite près de 600 millions de personnes n’ayant pas accès à l’électricité. Autre chiffre éloquent, chaque année, 10 millions d’Africains de plus sont privés de cette ressource indispensable pour l’accès à l’eau et aux secteurs de la santé, de la culture et de l’éducation. Cela dit, il est généralement admis que les obstacles à l’électrification sont d’ordre technique, financier et politique.
La quatrième édition du Forum Afrique développement, co-organisée par AWB et Maroc Export, s’attèle à lever ces contraintes structurelles, en mettant en exergue l’expérience du Maroc en matière d’électrification. Cet événement constitue de surcroît un haut lieu de mise en réseaux pour les investisseurs marocains et internationaux et les pays africains en quête de l’accès universel à l’électricité.
Accélérateur de la coopération Sud-Sud
Les besoins en électricité du continent sont énormes. A en croire la Banque africaine de développement (BAD), combler l’écart entre l’offre et la demande dans le domaine de l’énergie en Afrique, nécessite de mobiliser annuellement entre 40 et 70 milliards de dollars. Sous l’angle économique, la banque continentale estime le manque à gagner annuel induit par les pénuries d’électricité en Afrique entre 2 et 4% du PIB du continent. Les défis susmentionnés et l’importance de l’électrification dans le processus de développement, combinés au dessein royal de densifier la coopération Sud-Sud, ont poussé les opérateurs marocains (publics et privés) à contribuer activement à l’électrification de leur continent. Les exemples en la matière abondent. Il y a dix ans (2006), l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) entamait le processus d’électrification de la région ouest-africaine. Aujourd’hui, ce sont des milliers de personnes issues du Sénégal, de la Mauritanie et de la Sierra Leone, qui récoltent les dividendes de cette action, en ayant accès à l’électricité. Le projet de renforcement des infrastructures électriques et d’électrification rurale du Burkina, estimé à 200 millions de dirhams, est exécuté par une entreprise marocaine, qui a bénéficié de l’expertise pointue de Maroc Export en Afrique. Dans le même registre, la mise en service de la station Noor 1, la plus grande centrale thermo-solaire d’Afrique, qui profitera à près de 600.000 Marocains, preuve éloquente de l’expertise du Royaume dans les énergies renouvelables, élargit incontestablement la passerelle de la coopération entre le Maroc et les pays africains dans le domaine de l’énergie
Action lumière pour l’Afrique
Maroc Export, entité en charge de la promotion des exportations marocaines et la Fédération nationale de l’électricité, de l’électronique et des énergies renouvelables (Fenelec), comptent réitérer l’expérience d’Action lumière pour la deuxième édition, prévue au cours du premier semestre 2016. Les pays qui seront au programme des visites, sont Madagascar, Congo et Cameroun. Rappelons que la première édition d’Action lumière (2014), qui a concerné le Burkina Faso, le Congo et le Gabon, avait permis à 84 entreprises marocaines d’explorer les opportunités d’affaires et de partenariat qui ne manquent pas dans les pays précités vu leurs besoins criards en électricité.
M. Diao





