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Baisse de l’euro face au dollar : Quelles conséquences pour les importations marocaines ?

L’euro a perdu environ 4 % face au dollar depuis fin août, pour revenir autour de 1,12 dollar. Pour le Maroc, dont le dirham est arrimé à un panier euro-dollar, ce mouvement devrait en théorie alléger les achats européens et renchérir ceux réglés en dollars.Dans les faits, le dirham a reculé face aux deux monnaies, et c’est la facture énergétique qui concentre le risque.

SPar S.Chafiai
|Publié le 24 Octobre 2026 à 12:03
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Baisse de l’euro face au dollar : Quelles conséquences pour les importations marocaines ?

Un euro au plus bas depuis 17 mois

La monnaie unique a nettement décroché face au billet vert cet automne. Selon les cours de référence de la BCE, l’euro valait 1,1664 dollar le 24 août. Il est tombé à 1,1204 dollar le 5 octobre, puis s’est maintenu autour de 1,12 dollar à la mi-octobre. Le 23 octobre, la paire s’échangeait à 1,1193 dollar : un recul d’environ 4 % depuis fin août.

Trois forces expliquent ce mouvement. D’abord, l’écart de politique monétaire : la Fed a relevé ses taux le 16 septembre, pour la première fois depuis 2023, et le rendement américain à 10 ans a dépassé 5 %. La BCE, qui a également relevé son taux de dépôt à 2,50 % en septembre, maintient une politique monétaire moins restrictive que celle de la Fed. Ensuite, la crise budgétaire française, qui a poussé l’OAT à 10 ans au-dessus de 5 %, un sommet depuis 2002. Enfin, le conflit au Moyen-Orient soutient le dollar comme valeur refuge et tire le pétrole vers le haut. Les réunions de la Fed (27-28 octobre) et de la BCE (28-29 octobre) seront décisives pour la suite.

Le dirham pris entre deux devises

Pour le Maroc, la transmission passe par le panier de cotation du dirham, composé à 60 % d’euro et à 40 % de dollar. Mécaniquement, une baisse de l’euro face au dollar devrait faire monter le dirham contre l’euro et le faire reculer contre le dollar.

La réalité de l’automne est différente : le dirham a reculé face aux deux monnaies, dans sa bande de fluctuation. Entre août et septembre, il a perdu 2 % contre le dollar et 1,4 % contre l’euro. Durant la première semaine d’octobre, il a encore cédé 2,95 % et 1,47 %, avant un rebond de 1,26 % et 1,39 % la semaine suivante, selon Bank Al-Maghrib. L’euro a même franchi la barre des 11 dirhams le 2 octobre. Au 22 octobre, le cours de référence ressortait à 10,9953 DH pour un euro et 9,7985 DH pour un dollar.

Conséquence : le gain attendu sur les achats en euros ne s’est pas matérialisé à ce stade, tandis que le renchérissement des achats en dollars est bien réel.

L’énergie concentre le risque

Les hydrocarbures sont cotés et réglés essentiellement en dollars, et l’effet change s’y ajoute à un choc de prix. À fin août, la facture énergétique atteignait 96,4 milliards de DH, en hausse de 32,6 % sur un an, dont 50,7 milliards pour les gasoils et fuel-oils (+44,9 %), selon l’Office des changes. Les importations totales ont progressé de 15,8 %, à 617,5 milliards de DH, et le déficit commercial de 25,4 %, à 282,6 milliards. Le Brent a clôturé à 116,72 dollars le 23 octobre, en hausse de plus de 75 % sur un an.

À titre d’ordre de grandeur, si l’essentiel de cette facture est réglé en dollars, chaque point de hausse du dollar contre le dirham représente près d’un milliard de DH sur huit mois, à prix et volumes constants.

Les céréales sont moins exposées cette année. Grâce à une meilleure récolte, les importations de blé sont revenues à environ 3,5 millions de tonnes sur les huit premiers mois, contre 4,4 millions un an plus tôt. Pour le blé tendre importé depuis le 16 septembre, la subvention de l’ONICL couvre l’écart entre le coût de référence à l’importation et un prix de référence de 270 DH le quintal : un dollar plus cher peut alors peser sur le budget de l’État plutôt que sur le prix de la farine. Le maïs, dont les achats progressent, reste directement exposé.

Gagnants et perdants

Les importateurs de biens européens, véhicules, équipements ou intrants industriels, devraient en principe profiter d’un euro moins cher. Ce gain reste théorique tant que le dirham ne s’apprécie pas contre l’euro. Les plus exposés sont les distributeurs de carburants, les industries énergivores, les fabricants d’aliments pour bétail et les acheteurs de matières premières cotées en dollars, surtout sans couverture de change. À l’inverse, les exportateurs qui facturent en dollars, comme dans les phosphates, peuvent bénéficier d’un effet de change favorable.

Et les prix à la consommation ?

Rien n’indique à ce stade une baisse des prix liée au change. En septembre, l’inflation est repassée à 0,5 % sur un an, après -0,3 % en août, avec une hausse mensuelle de 2 % des carburants et une progression annuelle de 9,4 % du poste transport, selon le HCP.

La transmission reste amortie par les subventions au transport routier et le gel des prix du butane et de l’électricité. Bank Al-Maghrib prévoit une inflation de 0,7 % en 2026 et de 1,5 % en 2027, sur la base d’un baril à 87,2 dollars en moyenne cette année, une hypothèse désormais inférieure aux cours actuels. L’effet du change n’apparaît qu’avec un décalage de quelques semaines à quelques mois, selon les contrats, les stocks et les délais de paiement. Et un importateur peut choisir de reconstituer sa marge plutôt que de baisser ses prix.

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