Le Maroc avance sur une ligne de crête. D’un côté, une économie mondiale secouée par les tensions géopolitiques, des marchés énergétiques nerveux et des chaînes d’approvisionnement fragilisées. De l’autre, une dynamique interne qui tient bon, portée par l’investissement, la relance agricole et une gestion macroéconomique prudente. Dans cet équilibre instable, la décision de Bank Al-Maghrib de maintenir son taux directeur à 2,25% traduit une lecture lucide d’une conjoncture où le risque vient davantage de l’extérieur que de l’intérieur.
Le signal est clair. L’inflation est contenue à 0,8% en 2026, avec une remontée graduelle vers 1,4% en 2027. Les anticipations restent bien ancrées. La transmission de la politique monétaire se poursuit, même si elle demeure partielle, avec un recul des taux débiteurs inférieur à celui du taux directeur. Dans ce contexte, resserrer davantage la vis n’aurait guère de sens. Desserrer encore risquerait de nourrir des tensions futures, notamment si les prix de l’énergie s’emballent.
La Banque centrale choisit donc la voie médiane. Cette option intervient alors que les fondamentaux internes tiennent la route. La croissance devrait atteindre 5,6% en 2026, après 4,8% en 2025. Une performance notable, tirée par un double moteur.
L’agriculture d’abord, qui bénéficie de conditions climatiques exceptionnellement favorables, pourrait enregistrer un rebond de plus de 14%. Les secteurs non agricoles ensuite, avec une progression autour de 4,5%, soutenue par les investissements dans les infrastructures économiques et sociales. Cette dynamique est loin d’être anodine. Elle confirme que le Maroc est en train de consolider un modèle où la croissance ne dépend plus exclusivement des aléas climatiques.
L’industrie automobile accélère, les phosphates continuent de jouer leur rôle stratégique, le tourisme confirme sa résilience et les transferts des Marocains du monde restent robustes. Les recettes en devises suivent. Les réserves internationales se renforcent, offrant une couverture confortable de près de six mois d’importations à l’horizon 2027. Le FMI ne dit pas autre chose. L’institution salue des perspectives solides, des politiques macroéconomiques cohérentes et des fondamentaux jugés robustes.
Le Royaume continue de remplir les critères d’éligibilité à la ligne de crédit modulable, un signal de confiance rare sur les marchés internationaux. Dans ce contexte géopolitique incertain, cette crédibilité vaut de l’or. Malgré ses progrès, la guerre au Moyen-Orient rappelle que l’économie marocaine demeure sensible aux chocs externes.
Le canal énergétique en est la première illustration. Une hausse durable du prix du Brent alourdirait la facture énergétique et creuserait le déficit courant. A cela s’ajoutent les incertitudes sur les marchés des matières premières. Les engrais, dopés par les tensions commerciales et les restrictions chinoises, devraient voir leurs prix augmenter.
Les produits alimentaires pourraient suivre la même trajectoire. Dans cet environnement, la visibilité reste faible. On en revient alors toujours à la même conclusion : la nécessité pour le Royaume de réduire sa dépendance aux chocs externes, notamment énergétiques.
Par F.Z Ouriaghli