Ce que dit vraiment la bonne pluviométrie

Ce que dit vraiment la bonne pluviométrie

Après presque sept années de sécheresse persistante, le Maroc vit un moment que beaucoup n’osaient plus vraiment espérer. Depuis la mi-novembre 2025, les précipitations et les chutes de neige enregistrées à travers le Royaume ont profondément modifié la physionomie de la campagne agricole. Le ciel, longtemps avare, s’est montré généreux. Et cette générosité redessine, pour un temps au moins, les perspectives agricoles, économiques et sociales du pays.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. A début février, le cumul pluviométrique moyen atteint près de 360 mm, soit une hausse de 54% par rapport à la moyenne des trente dernières années et de 215% comparativement à la même période de la saison précédente. Une performance météorologique rare, surtout dans un contexte où le stress hydrique s’est installé comme une norme plus que comme une exception. Lundi dernier, devant les représentants de la nation, Ahmed El Bouari, ministre de l’Agriculture, n’a pas caché son optimisme.

Selon lui, «ces pluies ont eu un impact direct et positif sur les cultures céréalières, maraîchères et arboricoles, mais aussi sur l’état des parcours», souvent premiers sacrifiés lors des années sèches. Cette amélioration se lit d’abord dans les barrages. Ceux à vocation agricole affichent aujourd’hui un taux de remplissage avoisinant 58% contre 25% un an auparavant. Tous barrages confondus, le stock atteint plus de 10 milliards de m³, avec un taux de remplissage de 61%, là où il frôlait à peine les 28% l’an dernier.

Dans un pays où l’eau est devenue un facteur économique à part entière, ce retournement change beaucoup de choses, d’autant qu’il sécurise l’irrigation, rassure les agriculteurs et redonne de la visibilité à des filières entières.

Sur le terrain, la dynamique est tout aussi parlante. La superficie labourée atteint 4,5 millions d’hectares, avec un taux de mécanisation de 95%. Les cultures d’automne dépassent désormais les 4 millions d’hectares, en progression de 40% par rapport à la campagne précédente. Les céréales occupent 3,7 millions d’hectares, tandis que les cultures fourragères, les légumineuses et les cultures sucrières enregistrent des hausses notables.

Le semis direct, souvent présenté comme une réponse technique aux aléas climatiques, poursuit lui aussi sa montée en puissance avec plus de 215.000 hectares emblavés. Mais au-delà de l’agriculture stricto sensu, cette bonne pluviométrie renvoie à une question plus large, à savoir la dépendance structurelle de l’économie marocaine au ciel. En effet, une mauvaise campagne agricole suffit à faire plonger le PIB, comme ce fut le cas en 2022 (1,5%), tandis qu’une pluviométrie plus favorable permet un rebond, comme en 2023 et 2025.

C’est dire que la relance de la production agricole est donc une bonne nouvelle, mais elle ne saurait masquer l’essentiel. Tant que la transformation structurelle de l’économie n’aura pas suffisamment réduit le poids de l’agriculture dans la formation de la croissance et de l’emploi, chaque saison restera un pari climatique.

 

Par F.Z Ouriaghli

 

 

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