Médicaments – Hydrocarbures : la pilule passe mal

Médicaments – Hydrocarbures : la pilule passe mal

Il est des débats que l’on repousse par confort ou par crainte de bousculer des équilibres établis. Ceux concernant les médicaments et les hydrocarbures, précisément les carburants, en font visiblement partie. Deux secteurs hautement sensibles, parce qu’ils touchent à la fois au portefeuille et à la santé des citoyens.

En décidant d’affronter ces sujets sans détour, Ahmed Rahhou a eu le mérite de susciter la réflexion. Loin de toute émotion. Lucidement. Ce que propose le président du Conseil de la concurrence, et qu’il a rappelé le 5 mai lors des Nuits de la Finances organisées par Finances News Hebdo, n’a rien d’une révolution tonitruante.

C’est plutôt une remise en cohérence. Le Maroc a fait le choix d’une économie libérale? Alors il faut en assumer les implications, y compris quand elles dérangent. La liberté des prix n’est pas un slogan, mais un système qui suppose que les modèles économiques qui l’accompagnent soient viables sans béquilles permanentes. Sur les carburants, revenir à la subvention généralisée reviendrait à distribuer indistinctement, donc mal.

Le raisonnement n’est pas nouveau, mais il reste impopulaire. Aider indistinctement tous les consommateurs, c’est avantager ceux qui consomment le plus. Alors que le ciblage via le Registre social unifié, lui, introduit une forme de justice sociale. Mais il exige une certaine maturité politique : accepter que tout le monde ne bénéficie pas de tout, tout le temps. Reste la question des prix à la pompe, toujours aussi inflammable. Les soupçons d’entente persistent toujours, alimentés par une synchronisation quasi mécanique des ajustements.

Le Conseil de la concurrence, lui, parle d’alignement rationnel. Sauf qu’entre perception et réalité, le fossé est béant. Et dans ce type de marché, la perception compte presque autant que les faits. La transparence devient alors une obligation, non pas pour convaincre, mais pour rassurer. Du côté des médicaments, le débat est fourni. Très fourni. La question des prix ne concerne plus seulement le patient, mais l’équilibre global du système. Et c’est là que le bât blesse.

Peut-on continuer à faire reposer l’économie des pharmacies sur la marge du médicament, alors même que la politique publique vise à faire baisser les prix ? La contradiction est flagrante. Les pharmaciens ne la nient pas. Ils rappellent simplement que leur métier ne se réduit pas à une fonction commerciale.

Derrière le comptoir, il y a du conseil, de l’accompagnement et une présence sanitaire de proximité. Autant d’actes peu ou pas rémunérés. Rahhou, lui, ne ferme aucune porte. Il évoque des pistes intermédiaires, comme la mutualisation et la diversification, histoire de générer de nouvelles sources de revenus. Car le vrai enjeu n’est pas en soi l’ouverture du capital des pharmacies suggérée, mais la capacité du modèle actuel à survivre dans un environnement en mutation.

Et, au fond, le débat posé par le Conseil de la concurrence tient au fait que les réalités et équilibres d’aujourd’hui ne sont plus forcément ceux de demain. Et c’est peut-être là, dans cette volonté de regarder les choses sans détour, que réside la véritable rupture. Alors, le système actuel peut-il continuer comme avant sans que personne n’en paie vraiment le prix ?

 

Par F.Z Ouriaghli

 

 

 

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