Les finances publiques se portent, semble-t-il, mieux. C’est ce que montrent les chiffres sur l’exécution de la Loi de Finances 2026 présentés mardi au Parlement par le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa. En effet, une hausse de 10,4 milliards de dirhams des recettes fiscales à fin avril est loin d’être anodine. Encore moins lorsqu’elle intervient dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques, les incertitudes énergétiques et une croissance mondiale hésitante.
Cette performance budgétaire s’explique, entre autres, par la forte progression de l’impôt sur les sociétés, en augmentation de 25%, soit 9,1 milliards de dirhams supplémentaires. Autrement dit, les entreprises marocaines paient davantage d’impôts. Et cela peut vouloir dire deux choses : soit l’administration fiscale est devenue redoutablement efficace, soit l’activité économique génère davantage de bénéfices.
En réalité, les deux phénomènes semblent se conjuguer. En effet, depuis plusieurs années, l’Etat affine sa machine fiscale à travers notamment la hausse de la digitalisation, le renforcement des mécanismes de contrôle et l’élargissement progressif de l’assiette fiscale, lequel commence à produire des effets tangibles. Mais il serait simpliste de réduire cette amélioration à une simple performance technique de l’Administration. Car ces chiffres traduisent également une résilience économique réelle.
Le pays continue d’investir massivement dans les infrastructures, attire des capitaux étrangers, développe ses filières industrielles et consolide sa place dans les chaînes de valeur mondiales. L’automobile, l’aéronautique, les phosphates, les énergies renouvelables ou encore les services financiers continuent de soutenir l’activité économique. Et pourtant, ce qui retient peut-être le plus l’attention dans cette dynamique budgétaire, ce n’est pas uniquement la progression des recettes fiscales, mais aussi l’ampleur des dépenses que l’Etat assume. Le gouvernement continue, en effet, à sortir le chéquier pour amortir les chocs sociaux.
Pas moins de 600 millions de dirhams chaque mois pour le gaz butane. Une enveloppe mensuelle de 650 MDH pour stabiliser les prix du transport et 300 MDH pour contenir à leurs niveaux actuels les tarifs de l’électricité, dont le coût devrait atteindre 3 Mds de DH.
Ce sont donc des milliards de dirhams qui sont mobilisés pour empêcher que les tensions internationales ne se transforment en crise sociale interne. Autrement dit, les finances publiques s’améliorent, mais ce raffermissement est immédiatement réinjecté dans la protection du pouvoir d’achat. Alors, cette trajectoire budgétaire positive peut-elle réellement résister à l’évolution de la situation au Moyen-Orient ?
Une interrogation légitime, d’autant que les équilibres actuels restent assez fragiles. Le Maroc importe l’essentiel de ses besoins énergétiques. Chaque flambée des cours du pétrole se répercute irrémédiablement sur l’économie nationale. Jusqu’ici, Rabat a réussi à absorber une partie des hausses grâce aux mécanismes de compensation et à une gestion budgétaire relativement prudente. Mais un embrasement au Moyen-Orient, qui s’ajouterait au blocus du détroit d’Ormuz, changerait totalement l’équation.
Avec notamment le risque d’un choc pétrolier mondial qui n’a rien de théorique. Et dans pareil contexte, les chiffres présentés par Lekjaa pourraient rapidement devenir obsolètes. Un baril durablement installé au-dessus de 100 dollars exercerait une pression considérable sur les finances publiques. L’Etat serait alors confronté à un vrai dilemme : laisser filer les prix au risque d’une forte colère sociale ou accroître davantage les subventions au prix d’un dérapage budgétaire.
Clairement, le déficit, attendu à 3% du PIB à fin 2026 contre 3,5% auparavant, pourrait très vite redevenir le principal sujet d’inquiétude. Pour l’instant en tout cas, les comptes publics tiennent bon. Mais les équilibres budgétaires restent suspendus à des événements sur lesquels Rabat n’a aucune emprise.
Par F.Z Ouriaghli