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Développement durable

La planète victime de l’homme, préparez-vous à entrer dans l’Anthropocène, une nouvelle ère géologique !

La planète victime de l’homme, préparez-vous à entrer dans l’Anthropocène, une nouvelle ère géologique !
Vendredi 09 Juillet 2021 - Par admin

Par Monsieur Farid El Kamraoui, chercheur en migrations et développement durable

 

 

L’homme : force géologique

 

La civilisation industrielle a franchi une nouvelle étape, l’agir technique humain ajouté à notre modèle de développement font basculer le système terre vers des états inédits. En effet, d’après un grand nombre de scientifiques, elle s’est élevée au rang de force géologique capable de décider de l’avenir de la terre. Notre empreinte sur l’environnement est telle que ses impacts se font déjà ressentir : Réchauffement de la planète, érosion des sols, disparition des espèces, apparition des virus, fonte des glaces et montée des eaux…sont autant d’indicateurs de l’action de l’homme sur la terre, faisant ainsi entrer la planète dans une nouvelle époque géologique appelée Anthropocène. A ce titre, comment se présente ce concept d’Anthropocène et quelles sont ses manifestations ?

 

Définition

L’Anthropocène est un nouveau mot dans le lexique, construit à partir du grec ancien (anthropos, «être humain») et (kainos, «nouveau»), en référence à une nouvelle époque où l’action de l’homme est devenue une contrainte géologique dominante.

 

La fin d’une époque

Il convient de signaler qu’actuellement, nous sommes dans l’époque Holocène de la période quartenaire marquée par l’émergence de l’agriculture et de sédentarisation de l’être humain.

Ainsi, ce sont ces êtres humains qui sont devenus aujourd’hui une force géologique agissant sur la faune, la flore ou le climat au même titre que feraient jadis des courants telluriques faisant dévier les continents. «L’empreinte humaine sur l’environnement est devenue si vaste et intense qu’elle rivalise avec certaines des grandes forces de la nature, en termes d’impacts sur le système terre», explique Paul Crutzen.

  

Quelles sont ces principales empreintes géologiques qui influencent la nature ?

 

  • Le gaz carbonique

C’est la première cause du réchauffement climatique à travers l’émission du CO2 (et de méthane) dans l’atmosphère. Les taux sont aujourd’hui au plus haut niveau, même si nous réussissons à  stabiliser ou à  diminuer ces taux, nous risquons de créer des couches à  base de cendres issues de diverses combustions déposées au sol qui font désormais partie de l’histoire terrestre, laissant des traces visibles à l’œil nu et cela va tout de même se voir.

Emission du dioxyde de carbone dans l’atmosphère

 

  • Les matières plastiques 

Tant de plastiques sont déversés aujourd’hui dans les cours d’eau et les océans que les particules micro plastiques sont désormais omniprésentes, on parle même du «sixième continent». Ce matériau artificiel a pris une telle ampleur que de nombreux scientifiques soutiennent que cette matière plastique restera comme un marqueur géologique de l’Anthropocène. 

D’autres produits polluants tels que l’aluminium, le béton, les résidus d’hydrocarbures et de nombreux produits chimiques vont, eux aussi, très vite devenir ce que les scientifiques qualifient de «techno fossile». Ils sont sous formes de couches de sédiments qui au fil du temps se solidifient en strates qui caractérisent, elles aussi,  cette nouvelle époque géologique.

Pollution de sacs en plastique

 

  •  Les radiations 

Les essais et explosions des bombes atomiques en 1945, ajoutés aux nombreux accidents nucléaires des deux derniers siècles, sont à l’origine des retombées radioactives à des degrés variables sur l’ensemble du globe. L’exemple récent est celui de Fukushima. Les géologues qui détectent ces radiations, les considèrent comme une empreinte humaine.  

 

  • La déforestation et l’agriculture 

Pour assurer sa sécurité alimentaire, l’humanité a modifié son environnement. Des millions d’hectares de forêts ont disparu, et continuent de disparaître pour faire plus de place pour les pâturages et les cultures. Favorisant ainsi le déplacement de population d’animaux stressés, porteurs de virus transmissibles aux humains, via l’industrie de la viande et le commerce des espèces sauvages. La disparition d’espèces végétales et animales vient aussi s’ajouter aux modifications de la nature dues à la présence de l’homme, qui par ses pratiques provoque une plus grande érosion des sols, là encore, une marque distinctive…. 

Disparition d’espèces végétales et animales  

 

L’Anthropocène entraînera-t-il une extinction massive des espèces (la sixième) ?

Extinction massive des espèces  

 

La terre a déjà connu cinq extinctions massives durant les derniers 450 millions d’années. La plus récente était celle du Crétacé (tertiaire), époque qui a vu la disparition des dinosaures à cause d’une chute de météorite il y a 65 millions d’années. Aujourd’hui, l’humanité a déséquilibré le monde d’une manière où on peut dire que le processus est pratiquement irréversible. Pas de retour à la «normale» dans l’avenir.

 Parmi les points de ce  basculement, les scientifiques avancent l’extinction d’espèces animales et végétales qui ont déjà dépassé le seuil avec le risque de foncer vers des états non maîtrisables. La cadence de cette disparition est de 100 à 1.000 fois plus élevée que la normale géologique. Les biologistes parlent désormais de la «sixième extinction».

Compte tenu de ce qui précède, il faut dire qu’il est impossible de mettre en doute la responsabilité de l’homme aux problèmes environnementaux qui affligent la planète et toutes les espèces vivantes. 

 

Sommes-nous tous responsables ?

Associer le rôle de toute l’humanité au passage à une nouvelle époque géologique risque de rendre l’espèce humaine en totalité coupable, alors que les grands pollueurs sont connus, dans la mesure où les institutions financières américaines, chinoises et britanniques sont championnes dans le domaine d’investissements ultra polluants. Accuser l’espèce humaine dans sa globalité dilue les responsabilités. Ce qui ne doit pas être le cas si l’on veut encore agir. D’ailleurs, la question de la responsabilité historique des Etats industrialisés a été soulevée lors des deux dernières conférences sur le climat (COP21 et 22) à Paris  et  Marrakech en 2015 - 2016.

Au niveau scientifique, l’espèce humaine est aussi pointée de doigt quant à son rôle dans la dégradation de la nature, peut être par imprudence. Toutefois, les historiens français Jean-Baptiste Fressoz et Christophe Bonneuil dans leur ouvrage  «L’Evénement Anthropocène» revisitent l’histoire de l’énergie. Ils l’ont liée aux choix politiques, militaires et idéologiques de chaque pays. 

En somme, l’ère de l’Anthropocène a commencé et nous y sommes entrés à toute vitesse les yeux bandés. Le concept d’Anthropocène est une remise en question de notre modernité industrielle axée sur l’exploitation excessive de l’écosystème, entraînant des catastrophes naturelles et sanitaires néfastes à travers la planète. Leurs impacts sont considérés désormais de plus en plus comme des marqueurs géologiques, pouvant transformer la géologie de la planète terre et donnant ainsi naissance à une nouvelle ère géologique imprévisible.

 Loin d’être inéluctables, ces impacts sont déterminés néanmoins par des choix politiques, économiques et idéologiques pris par une petite partie de l’espèce humaine.

 La vraie inconnue est de savoir comment l’humanité tout entière peut-elle reprendre la main sur son destin ? Le passage à l’Anthropocène pourrait bien être le prochain défi de l’homme.   

 

     

Bibliographie :

  • Biodiversité : vers une sixième extinction de masse ? Ouvrage collectif, Ed la ville brûle 2014, Paris (200 pages).

  • Christophe Bonneuil, Jean- Baptiste Fressoz : L’Evénement Anthropocène : la terre, l’histoire et nous, Ed du seuil, 25 Bd Romain-Rolland, Paris XIV°,  2013. (304 pages).

  • Harald Welzer : les guerres du climat : pourquoi on tue au XXIe siècle, première parution 2009, Paris, Ed Gallimard. Traduit de l’allemand par Bernard Lortholany. Collection Folio actuel. Parution : 06-09-2012, (448 pages).

  • Philippe Moreau Defarges : que suis- je ? La Mondialisation, Ed, Presses Universitaires de France, 2016, pages 123, 124.

 

 

 

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