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Développement durable

L'oeil de l'expert : La femme et les COP du climat : Union impossible ?

L'oeil de l'expert : La femme et les COP du climat : Union impossible ?
Lundi 21 Mars 2016 - Par admin

bennis

A l'occasion de la Journée mondiale de la femme, mon épouse me pose la question de savoir quelle est la place réservée à la femme dans l’Accord de la COP21 de Paris sur les changements climatiques.

Je savais déjà que la réponse n’allait pas lui plaire, mais j’ai voulu pousser plus loin les investigations pour connaître l’historique, la situation actuelle et les perspectives. En voilà brièvement les résultats :
i/ Historique : Le principe 20 de la Déclaration du sommet de la terre en 1992 est énoncé comme suit : «Les femmes ont un rôle vital dans la gestion de l'environnement et le développement; leur pleine participation est donc essentielle à la réalisation d'un développement durable». Un Sommet leur a été dédié spécifiquement en 1995 à Pékin. Un des 7 Objectifs du millénaire du développement leur a été dédié en 2002 selon l’énoncé suivant «Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes». -Toutes les précédentes COP sur les changements climatiques ont «manoeuvré» pour éviter de prendre des décisions claires sur la problématique des femmes.
ii/ Situation actuelle : L’évaluation du bilan des OMD en 2015 dit ceci : «Les femmes continuent d’être confrontées à des écarts importants en termes de pauvreté, d’accès au travail, de salaires, ainsi qu’en matière de participation aux prises de décisions privées et publiques». Dans les COP du climat, les femmes continuent de réclamer la justice pour au moins 3 raisons : La première est qu’elles jouent un rôle important dans la gestion de la biodiversité, la fourniture de l’eau, du bois/énergie, particulièrement dans les pays du Sud; la seconde est qu’elles sont les principales victimes des changements climatiques car elles représentent 70% de la classe pauvre dans le monde et en sont touchées de manière disproportionnée; la troisième est qu’elles ne sont pas responsables de ce constat car moins représentées que les hommes dans les hauts niveaux de la hiérarchie et des sphères des décisions. iii/ Perspectives : Le 5ème des nouveaux ODD de 2015 dit «Parvenir à l’égalité entre les sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles». Comme dans les précédentes COP, la 21ème de Paris a continué à jouer sur les mots et les fausses solutions comme la sensibilité au problème des femmes, à l’équilibre entre femmes et hommes, à l’équité etc…, ainsi que la nécessité de poursuivre la réflexion, l’organisation d’un atelier, la désignation d’une commission etc. En fait, dans toutes ces propositions, la question des modalités d’exécution n’est pas prise en compte. Après les échecs des précédentes COP, le seul espoir auquel on pourrait s’accrocher est la décision de la COP20 de Lima en 2014 de réunir un groupe de travail pour faire des propositions à la COP22 de Marrakech en 2016. Après ces investigations, je ne pouvais que partager avec mon épouse ma déception sur le bilan, ma préoccupation par rapport à la situation actuelle et mon espoir de voir la société civile mondiale faire la pression nécessaire sur les parties prenantes dans les mécanismes de négociations et de décisions. Je suis persuadé, d’une part, que rendre la femme plus vulnérable revient à rendre l’environnement plus vulnérable, et d’autre part, que l’avenir de l’humanité sera avec les droits de la femme ou ne le sera pas. Une question me préoccupe fortement : L’ordre mondial actuel et sa gouvernance permettent-ils de mettre en place ces systèmes de valeur liés au développement durable comme la justice, l’équité, la gestion rationnelle des ressources naturelles, etc. Ne faut-il pas se mobiliser en priorité pour les changer ?

 

Abdelhadi Bennis, ancien ingénieur général supervisant les structures locales d'encadrement des agriculteurs au sein du ministère de l'Agriculture, membre de l’Association Ribat Al Fath pour le développement durable à Rabat et président du Club Environnement.

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