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Hydrogène vert: «Le Maroc a tous les atouts pour devenir un pionnier mondial de l'industrie H2»

Hydrogène vert: «Le Maroc a tous les atouts pour devenir un pionnier mondial de l'industrie H2»

L’hydrogène vert est désormais une priorité nationale.

Au-delà du gaz produit, toute une activité industrielle accompagne l'implémentation de cette industrie.

Entretien avec Adil Gaoui, président de l’Association marocaine de l’hydrogène et le développement durable.

 

Propos recueillis par Ibtissam Z.

 

Finances News Hebdo : A quoi sert l’hydrogène vert et en quoi consiste cette industrie naissante ?

Adil Gaoui : L'hydrogène vert est avant tout un hydrogène produit avec des ressources vertes, autrement dit renouvelables. Les panneaux solaires, les éoliennes, l'énergie hydraulique issue des barrages ou des vagues des océans etc., sont toutes des énergies renouvelables. Il s'agit d'un vecteur d'énergie permettant de remplacer à terme les autres sources d'énergie qualifiées d'énergie grise, comme le charbon et les hydrocarbures. L'hydrogène est un secteur industriel à part entière, car au-delà du gaz produit, toute une activité industrielle accompagne l'implémentation de l'industrie hydrogène. A savoir, la production de réservoirs spécifiques pouvant accueillir de l'hydrogène en stockage. La production de piles à combustible, permettant la transformation de l'hydrogène en énergie électrique, est quant à elle un vrai levier de développement de la filière H2. Les moteurs à hydrogène constituent un vrai cheval de bataille pour l'ensemble des constructeurs automobile ayant chacun choisi de produire des purs moteurs à gaz hydrogène ou des moteurs fonctionnant à l'hydrogène Liquide, ou encore des moteurs brûlant de l'hydrogène pour la motricité des véhicules. D'autres solutions existent aussi, à l'instar des véhicules hybrides faisant usage de l'hydrogène en combinaison avec d'autres hydrocarbures. Pour ce qui est des usages stationnaires, plusieurs projets d'électrification de bâtiments ont vu le jour dans le milieu urbain. Concernant les milieux agricoles, l'hydrogène donne l'opportunité de fournir de l'électricité à des régions non alimentées par des câbles électriques.

 

F.N.H. : Comment l’hydrogène peut-il s’insérer dans la stratégie nationale en matière d’énergie pour réduire notamment l'empreinte carbone ? Notre pays dispose-t-il des moyens et ressources nécessaires pour relever ce défi ?

A. G. : Le Maroc a tous les atouts pour devenir un pionnier mondial de l'industrie H2. Il a en effet pris une précieuse option en souscrivant il y a plusieurs années à l'industrie photovoltaïque. Les centrales solaires à Ouarzazate et ailleurs, aux côtés des stations éoliennes, donnent au Maroc un atout majeur d'avoir une ressource renouvelable verte pour produire au pied de ces stations du gaz hydrogène et solutionner ainsi le problème majeur de stockage du surplus d'énergie produite et jetée en l'absence de solutions de stockage. Le Royaume est ainsi vu aujourd'hui par tous nos voisins européens comme un fournisseur potentiel de H2 vert. L'Union européenne souhaite ainsi dupliquer ce que fait d'ores et déjà le Japon avec l'Australie en produisant du H2 vert australien exportable vers le Japon.

 

F.N.H. : Dans sa feuille de route pour le développement de l’hydrogène vert, le ministère de l’Energie a indiqué que le marché mondial de cette filière est aujourd’hui un marché industriel. Expliquez-nous pourquoi ?

A. G. : La particularité de l'hydrogène est sa tendance à relier inébranlablement le secteur de l'énergie au secteur de l'industrie. S'agissant d'un vecteur d'énergie, l'hydrogène transporte de l'énergie et permet de la stocker avant sa conversion en énergie électrique par exemple. Cette énergie, chemin faisant, va réguler les marchés industriels n'ayant plus le choix de la reconversion dans le vert, imposée par les changements climatiques qui ont bouleversé la planète. Nous parlons d'industrie H2 au lieu de parler d'énergie H2. Pour focaliser, par exemple, sur le secteur automobile, l'arrivée des véhicules à hydrogène sur le marché est conditionnée par l'implémentation de stations de recharge hydrogène. Ces mêmes stations sont conditionnées par la mise en place d'unités de production H2 qui les alimentent.

 

F.N.H. : Le 22 novembre 2022, le Souverain a ordonné une «offre Maroc» dans la filière de l’hydrogène vert. A quoi pourrait ressembler cette offre qui a identifié le Maroc parmi les six nations possédant les plus grandes potentialités pour produire cette matière énergétique ?

A. G. : Sa Majesté, que Dieu l’Assiste, a toujours anticipé le positionnement du Royaume aux premières places mondiales, tous secteurs confondus. Ceci avait déjà été démontré par la vision solaire /éolien. Afin de tirer le maximum de cette industrie H2, le Royaume devrait se positionner à tous les échelons. D'abord, en tant que producteur exportateur de H2 par pipeline (gazoducs) ou par short-sea (transport maritime proche). Ensuite, en parallèle, le Maroc pourrait enrichir son industrie par l'installation d'une industrie locale H2 produisant des réservoirs H2, des piles à combustible ou encore des moteurs H2. Cette dynamique pourrait être intensifiée par l'installation de stations-service H2 alimentant du transport urbain intra-ville et inter-villes. Pour s'ouvrir au final sur de la mobilité H2 verte destinée aux particuliers. Le tout couronné par un travail spécifique sur l'autonomie des bâtiments et installations industrielles électrifiés par de l'hydrogène vert.

 

F.N.H. : L’hydrogène vert est sans doute une industrie capitalistique qui nécessite un investissement conséquent. Comment peuton financer à grande échelle ces infrastructures au Maroc ?

A. G. : A l'instar de ce qui s'est fait au tout début de l'industrie hydrogène à travers le monde (USA, UE, Japon), l'Etat a financé les projets pilotes pour montrer le chemin et tracer la trajectoire aux investisseurs privés. L'Union européenne a créé un fonds spécifique H2 FCH JU Fuel-Cell and Hydrogen Joint Undertaking) regroupant des aides pour financer de grands projets pilotes H2. En parallèle avec la création de ce fonds, une association européenne Hydrogen Europe a vu le jour afin de piloter ces financements et dupliquer les expériences accumulées à travers les années. Le Royaume a signé également des partenariats H2 avec l'Allemagne, le Portugal et d'autres nations qui pourraient apporter des financements. Notamment pour le cas d'une production hydrogène au Maroc et un export vers ces pays partenaires. De grands industriels internationaux ont aussi annoncé leur intention d'installer des unités de production H2 au Maroc, avec le projet d'exporter l'hydrogène produit à l'international.

 

F.N.H. : Une étude effectuée récemment par la Banque européenne d'investissement, en collaboration avec l'Union africaine et l'Alliance solaire internationale atteste que l’Afrique a un énorme potentiel de production d'hydrogène vert, pouvant atteindre 50 millions de tonnes chaque année d'ici 2035. Quelle lecture en faites-vous ?

A. G. : Il s'agit de mettre le soleil et le vent africains dans des tuyaux ou des citernes afin de les exporter à l'international. Encore une fois, l'hydrogène est une industrie. Ne limitons pas l'Afrique à un simple producteur et exportateur. Il faut que cette industrie bénéficie à l'utilisateur final africain. La valorisation de l'hydrogène, audelà de sa simple production, consiste en l'installation d'unités industrielles pour réservoirs, moteurs, piles à combustible et pourquoi pas la combiner avec l'industrie spatiale. Rappelons-nous que l'H2 est utilisé avant tout pour propulser des fusées dans l'espace !

 

F.N.H. : Il y a 5 ans, vous avez créé l’Association marocaine pour l’hydrogène et le développement durable. Quelle en est la finalité et quel est son apport aujourd’hui dans l’écosystème ?

A. G. : L'AMHYD (Association marocaine pour l’hydrogène et le développement durable) a vu le jour en septembre 2018. L'objectif étant la mise en place d'un écosystème H2 (hydrogène) et FC (pile à combustible) dans le but de structurer l'ensemble de la filière hydrogène énergie, principalement pour la mobilité durable et le stockage d'énergie. L’AMHYD est le seul membre non-européen de Hydrogen Europe. Nous participons actuellement à un projet mené par l'espagnol Enagas et comptant un consortium de 22 membres pour rendre autonome en hydrogène l'île de Majorque. Plusieurs partenariats à l'international ont vu le jour avec les associations espagnole, italienne, portugaise et française de l'hydrogène.

Et d’autres collaborations académiques, telles que El Centro Nacional del Hidrogeno en Espagne, Université TroisRivières (UQTR) au Québec, Ecole Hassania des travaux publics (EHTP), Université internationale de Rabat (UIR), etc. Nous avons créé l'Institut marocain de l'hydrogène et de la pile à combustible (IMHYPAC) dont les missions sont portées vers :

• La multiplication de la vulgarisation et la formation des technologies H2, à travers des événements régionaux périodiques pour une mobilité durable et bas carbone au Maroc et en Afrique, pour les jeunes et les adultes;

• La réalisation des études pertinentes sur le secteur H2/FC au Maroc et en Afrique en apportant l’accompagnement et l’expertise nécessaires sur les volets économique, juridique, assurantiel et formation;

• Et la promotion de la R&D.

 

L'AMHYD s'engage vis-à-vis de ses membres qui soutiennent les technologies de l'hydrogène au Maroc et en Afrique (industriels, chercheurs, élus, pouvoirs publics...) d'avoir une structure de concertation et d’action dont l’objectif est tout d’abord de :

• Favoriser les échanges et permettre l'expression d'avis ou de recommandations;

• Rechercher une cohérence globale au niveau national;

• Proposer des initiatives qui aideront le Royaume à devenir l'un des leaders des technologies de l'hydrogène et de la pile à combustible en Afrique et dans les régions méditerranéennes;

• Multiplier la vulgarisation et la formation des technologies H2, à travers des événements périodiques pour une mobilité durable et bas carbone au Maroc et en Afrique;

• Et bien sûr, stimuler et soutenir en général les actions H2/FC pertinentes en apportant le soutien et l'expertise nécessaires sur les volets économiques, juridiques, assurance et formation. 

 

 

 

 

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