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Développement durable

Climat : Dans les coulisses de la COP22

Climat : Dans les coulisses de la COP22
Jeudi 05 Mai 2016 - Par admin

Hafi

Le processus de sélection a été bouclé et les travaux d’aménagement du site Bab Ighli vont démarrer incessamment. Le village devra être livré aux Nations unies à la mi-octobre. Le Royaume a une part active pour aider à la prise de décision dans ces négociations multilatérales et complexes. Le Maroc regorge de compétences d’une très grande valeur, notamment en matière de production des arguments scientifique et technique. Au siège du Haut-commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la désertification, Abdeladim Lhafi, commissaire du Comité de pilotage de la COP22, nous livre les détails des préparatifs du grand événement que le Maroc s’apprête à accueillir.

Finances News Hebdo : Après la France, le Maroc a pris le relais pour l’organisation de la COP22, évènement le plus attendu de l’année 2016 au niveau mondial. Où en sont les pré­paratifs de cette messe mondiale ?

Abdeladim Lhafi : Pour l’organisation de cet évé­nement universel qui regroupe pratiquement tous les Etats, non seulement par le nombre, mais également par la qualité des engagements des Chefs d’Etat et des gouvernements, le Maroc se prépare sur plusieurs plans. Premièrement, l’aménagement du site Bab Ighli à Marrakech, un chantier important qui doit être à la dimension de l’affluence estimée entre 25.000 à 30.000 participants. Un véritable village qui va être créé sur un terrain de 25 hectares avec toutes les spécificités dictées par les Nations unies. Les pre­miers coups de pioche pour l’aménagement du site seront donnés au cours de cette semaine.

Autre chantier important, celui de la gestion de l’ac­cueil, l’hébergement, la restauration, la circulation, le transport…

Pour cet aspect, le Comité de pilotage a signé un contrat avec un groupement composé d’une société marocaine, S-Tour, et B Network qui a géré la COP21. Il a également retenu le bureau Oger International Maroc pour l’assistance à maîtrise d’ouvrage des tra­vaux, ainsi que bureau Véritas Maroc qui sera chargé du contrôle technique des travaux d’aménagement. Le processus de sélection est désormais terminé et le dispositif déclenché.

Troisième élément sur lequel travaille le Comité, l’as­pect du contenu. L’enjeu de la COP22 est de passer d’un Accord de décision à la mise en oeuvre. La COP de Marrakech doit être celle de la concrétisation et de l’action. Ces décisions passent par des processus extrêmement complexes de négociation. N’oublions pas que 198 Etats devront se mettre d’accord, avec des intérêts divergents, des conditions et des envi­ronnements différents. Il faut savoir que les accords sont des processus de cheminement vers une forme de consensus d’arbitrage, qui permettra d’atteindre l’objectif fixé, à savoir ne pas dépasser 2°C d’aug­mentation de température, voire même 1,5°C.

Pour ce volet, le Maroc, qui travaille en étroite colla­boration avec la présidence française et coordonne également ses efforts avec les organes subsidiaires des Nations unies, qui sont les lieux des négociations et qui ont parfois des aspects techniques et scienti­fiques ou de négociations à caractère économique, a une feuille de route bien définie.

A noter que le Royaume a une part active dans ce processus, à savoir aider à la prise de décision dans ces négociations multilatérales et complexes.

L’esprit de Paris a montré qu’il y a une très grande sensibilité pour l’aspect climatique, ce qui a été confirmé le 22 avril dernier lors de la signature de l’Accord de Paris aux Nations unies à New York. En espérant que cette vivacité se poursuive à Marrakech.

F.N.H. : Qu'en est-il de la matière grise mobi­lisée dans ce cadre ?

A. L. : Il faut savoir que le pôle scientifique marocain (30 experts) compte des compétences d’une très grande valeur, notamment en matière de produc­tion des arguments scientifique et technique. Nous avons des compétences avérées. Evidemment, les arguments scientifique et technique ne suffisent pas pour négocier. L’aspect diplomatique est requis pour permettre d’établir un climat de confiance et d’appor­ter des réponses aux attentes. Surtout que dans ce genre d’accord, les pays négocient à force inégale. Le Maroc a la charge de gérer et de piloter tout cela et donner des garanties pour que les négociations se déroulent dans les meilleures conditions.

F.N.H. : Quels sont les événements Pré- COP22 prévus ?

A. L. : Plusieurs évènements à caractère purement scientifique seront tenus avant la COP22 et permet­tront de brasser les idées, notamment la MedCOP (3-4 juin), le forum sur l’eau (11-12 juillet), la réunion des décideurs et gestionnaires de la BUI dédiée à la réflexion sur les outils de financement de l’économie verte (8 septembre)…

Au programme également, des réunions informelles pour trouver des solutions concrètes et nouer des alliances afin de porter des messages clairs tendant à sensibiliser sur des questions qui doivent occuper une place importante au niveau des négociations.

C’est un navire qui part en croisière avec un port d’at­tache, Marrakech. Pour garantir une bonne croisière, il faut piloter ce navire dans les meilleures conditions.

F.N.H. : Ce navire est piloté depuis le 1er février par un Comité dont vous êtes le com­missaire. Pouvez-vous nous plonger dans les coulisses de ce comité qui a la lourde charge de garantir la réussite de cette messe inter­nationale ?

A. L. : Le comité a été mis en place pour donner une structure de gestion et mettre en cohérence tout le travail qui a été fait et devra être fait. Ce Comité se réunit très souvent pour constater l’état d’avancement de la feuille de route. Ces rencontres permanentes nous permettent d’accorder nos violons pour aller dans le même sens.

F.N.H. : Par rapport au timing, êtes-vous en conformité avec le planning ?

A. L. : Il y a eu un léger retard concernant le démarrage des travaux que nous avons rattrapé. Aujourd’hui, nous nous tenons au programme fixé.

F.N.H. : Où en est l’adjudication de l’aména­gement du site Bab Ighli ?

A. L. : C’est un long processus qui a démarré avec le lancement d’un appel d’offres et auquel ont soumis­sionné 3 groupements. La commission avait retenu un seul soumissionnaire, GL Event en l'occurence, dont l’offre répondait aux aspects administratifs et techniques du cahier des charges des Nations unies. Toutefois, l’offre financière de l’adjudicataire était surévaluée. Le comité a été contraint de déclarer le marché infructueux. La procédure habituelle dans une telle situation est de lancer un nouvel appel d’offres. Ce qui n’est pas possible dans ce cas, d’une part, parce que nous n’avons pas beaucoup de temps, et d’autre part, parce que seuls 3 candidats avaient postulé, dont deux ne répondaient pas au cahier des charges. Compte tenu de ces circonstances, nous avons décidé de négocier avec GL Event et nous sommes parvenus à un accord.

F.N.H. : GL Event s’est-il aligné aux estima­tions du maître d’ouvrage ?

A. L. : Il faut savoir que le maître d’ouvrage fixe une estimation administrative et la loi fixe un écart par rapport à cette estimation. Après négociations, le soumissionnaire retenu est donc entré dans cette fourchette et va commencer le plus tôt possible les travaux d’aménagement.

F.N.H. : La COP22 se tient juste après les pro­chaines élections législatives. Cela ne risque-t-il pas de perturber l’organisation de cette messe climatique ?

A. L. : Premièrement, l’organisation de la COP22 est un accord entre l’Etat marocain et les Nations unies. Et qui dit Etat, dit continuité des engagements étatiques. Deuxièmement, les leviers de réalisation des concrétisations au sein du comité de pilotage ne sont pas touchés par les élections. A partir du moment où nous avons les outils de réalisation, les supports budgétaires, la méthodologie, l’approche et la continuité des engagements du Maroc vis-à-vis les Nations unies, rien ne pourra perturber l’organisation de la COP22.

F.N.H. : A 7 mois de cette messe internatio­nale, vous n’êtes qu’à 45% du budget qui a été estimé à 900 MDH…

A. L. : Il faut savoir que tous les calculs sont insuf­fisants. A noter que l’Etat marocain est engagé contractuellement avec les Nations unies pour réaliser cette COP. Quoiqu'il advienne, le Maroc est garant du financement de cette COP. Maintenant, tout ce que nous recevrons en termes d’aide sera défalqué de la part de l’Etat. Outre les aides financières, il y a également des contributions en nature aussi bien des bailleurs de fonds que des entreprises.

F.N.H. : Qu’avez-vous prévu en matière de communication pour sensibiliser les citoyens sur l’enjeu de cet événement ?

A. L. : Il faut en effet un effort de sensibilisation pour que chaque citoyen s’approprie l’événement. Nous avons tout un programme en cours de préparation que nous allons décliner au fur et à mesure et qui permettra de transporter le sujet des changements climatiques au niveau des régions, des provinces, de la société civile…

Il faut que les citoyens s’approprient aussi bien cet événement que la thématique des changements climatiques.

F.N.H. : Quel est l’enjeu de cette COP pour les pays les plus touchés par les changements climatiques, à l’instar du Maroc ?

A. L. : Etant donné que la COP22 se tiendra en terre africaine, il était nécessaire de prendre en charge les pays qui n’ont aucune responsabilité historique dans les émissions de GES, mais qui subissent de plein fouet leurs conséquences. La solidarité internationale s’exprime à travers l’adaptation, mais requiert des efforts différenciés. Ceux qui ont une responsabilité, ont le devoir d’alimenter le fonds vert (100 Mds de dollars/an), dont une bonne partie doit aller à l’adaptation. L’adaptation avec ces deux éléments : la correction et la réparation des dégâts et des conséquences du changement climatique d’une part, et la construction de modèles de développement durable adaptés aux conditions des pays du Sud, d’autre part. Cela fait partie des négociations de la COP22 qui vont être certainement difficiles, d’autant que l’Accord de Paris qui est historique, a suscité beaucoup d’espoir.

Propos recueillis par Lamaie Boumahrou

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