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Développement durable

Avis d’expert : «Le plan de relance ne doit pas occulter les questions environnementales»

Avis d’expert : «Le plan de relance ne doit pas occulter les questions environnementales»
Mardi 05 Mai 2020 - Par admin

Sofia Harouchi, Regional Manager, Utopies

 

Propos recueillis par C. Abounnaim

 

 

 

 

 

Finances News Hebdo : Comment jugez-vous l'impact du covid-19 sur l'environnement et les émissions de CO2 ?

Sofia Harouchi : La baisse des émissions de CO2 à laquelle nous assistons actuellement est aussi inédite que la crise qui en est à l’origine. Elle survient après les cinq années les plus chaudes jamais enregistrées. Il s’agit donc là d’un moment de répit qui arrive à point nommé, bien que le contexte ne soit évidemment pas réjouissant. Un tel ralentissement est cependant temporaire et de nature exceptionnelle; il ne répond donc pas à long terme aux objectifs de l’Accord de Paris.

En effet, même avec une possible baisse de 10% des émissions de CO2 en 2020, cela n’infléchira pas suffisamment la courbe de l’augmentation des températures car la reprise des activités s’accompagnera d’une augmentation des émissions de CO2 par un effet de rattrapage économique. Rappelons que l’Accord de Paris, qui vise à limiter l’augmentation des températures à 1,5- 2° par rapport aux niveaux pré-industriels, nécessite une baisse des émissions de gaz à effet de serre de -2,7% à -7,6% par an entre 2020 et 2030. Notons -afin de mettre en perspective ces objectifs- qu’en 2018 et 2019, les rejets carbonés n’ont pas baissé. Une coopération internationale fragilisée par cette crise et le report de la prochaine COP pourraient aussi mettre à mal la poursuite de ces objectifs mondiaux.

F.N.H. : Quelle leçon tirer de cette crise au niveau environnemental ?

S. H. : Cette crise a montré la capacité des nations et des gouvernements à se mobiliser dans l’urgence afin de juguler une menace imminente. Les questions du changement climatique et de la biodiversité, qui touchent particulièrement les pays les moins avancés, mériteraient d’être adressées avec plus de moyens et de mobilisation. Les questions environnementales sont urgentes, surtout lorsque l’on sait la relation de cause à effet entre déforestation et émergence des virus et les centaines de milliers de décès annuels, voire millions, liés au changement climatique et à la pollution de l’air. J’ose espérer que la relance économique post covid-19 n’occultera pas ces questions et ne créera pas d’érosion de l’acceptabilité des mesures environnementales ou un prétexte pour les défaire, à l’instar de la demande de moratoire du patronat français sur l’application de la loi anti-gaspillage…

Au Maroc, nous n’avons pas eu jusqu’à présent de telles revendications, espérons que nous serons aussi exemplaires dans la poursuite de nos objectifs climatiques que nous le sommes dans la gestion de la crise actuelle, avec des décisions fortes et rapides. En sus des énergies renouvelables et de l’économie circulaire, la protection de la biodiversité doit être mise en avant. Cette crise offre aussi l’opportunité pour beaucoup d’expérimenter et peut-être d’adopter à long terme des habitudes moins intensives en carbone, telles que le télétravail et la digitalisation des échanges.

Mon plus grand souhait est que la crise Covid-19 ne demeure pas une simple «pause» pour notre planète mais qu’elle entraîne une véritable rupture de nos usages et la transformation de nos modèles d’affaires, à la faveur d’une plus grande responsabilité environnementale. Nous sommes de plus en plus nombreux à aspirer à un monde d’après différent et attendons donc des gouvernements et des entreprises qu’ils agissent dans ce sens. Il est pour cela essentiel de conditionner les aides économiques aux entreprises à la poursuite d’objectifs environnementaux ambitieux, du moins pour les plus polluantes d’entre elles.

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