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Ismaïl Douiri : «L’Egypte reste extrêmement rentable» [Entretien]

Mercredi 03 Avril 2019 - Par Finances News

Ismaïl Douiri, Directeur général du Groupe Attijariwafa bank


 

Très bonne dynamique commerciale au Maroc, situation contrastée dans les pays africains.

En Egypte, la volatilité est importante, mais le cap stratégique est maintenu.

Perspectives du Groupe, sorties du Trésor à l’international, marché interbancaire de devises, etc., Tour d’horizon avec Ismaïl Douiri.

 

Propos recueillis par B. Chaou

 

Finances News Hebdo : Comment s’est déroulée l’année 2018 pour le Groupe Attijariwafa bank ?

Ismaïl Douiri : L’année 2018 a été très satisfaisante pour nous, en particulier au Maroc où nous avons bénéficié d’un très bon développement commercial qui s’est traduit par la  hausse des crédits, ce qui nous a permis un gain de part de marché de plus 1,25%.

Ainsi, nous bénéficions actuellement du plus haut niveau de part de marché depuis 2012, à savoir 27%. Nous sommes aussi très satisfaits de plusieurs paramètres techniques, dont la maîtrise des charges et du coût du risque, fruit d’une attention permanente de la part de notre banque.

 

F.N.H. : Qu’en est-il de la banque de détail à l’international ?

I. D. : La banque de détail à l’international est notre deuxième source de croissance. Cependant, la situation est contrastée entre les différents pays de présence de la banque. Essentiellement, il y a trois pays qui ont tiré la croissance, à savoir le Sénégal, la Côte d’Ivoire, ainsi que la Tunisie. Il faut tout de même rappeler que dans ce dernier pays, nous avons pu résister au mouvement adverse des taux de change du Dinar tunisien, qui a enregistré une baisse de 16% par rapport au Dirham. En Afrique Centrale, nous restons dans une situation plus prudente, car cette région sort d’une phase économique délicate liée à la baisse des cours du pétrole.

 

F.N.H. : Par quoi s’est caractérisée votre activité en Egypte ?

I. D. : En Egypte, nous avons eu une année qui a été marquée par la transition informatique, de nombreux investissements, mais également par une très bonne croissance des crédits, malgré le fait qu’elle soit couplée à un resserrement des marges, ce qui a entraîné un recul du résultat net dans ce pays. La baisse des marges est en grande partie due à des conditions macroéconomiques compliquées que nous avons commencé à constater à partir de l’année 2016, suite à une dévaluation de la monnaie égyptienne, et une hausse des taux.

Les aléas macroéconomiques difficiles se sont poursuivis en 2018, avec une baisse de l’inflation et une compression des marges d’intérêts, surtout pour des banques comme la nôtre qui étaient en pleine croissance en Egypte. Cet ensemble d’éléments n’a pas «aidé» à la croissance des résultats. 

Nous restons tout de même assez optimistes quant à notre présence dans ce pays-là, car il reste extrêmement rentable, avec un très fort potentiel de croissance. Je tiens à préciser que notre filiale est plus rentable que son groupe de comparaison, qui sont les petites banques non détenues par un actionnaire international à fort rating. Notre rentabilité des actifs demeure supérieure aux banques de notre catégorie.  Car, en effet, au regard de sa taille, notre filiale demeure une petite banque avec 0,8% de part de marché. Nous nous comparons donc à des banques comme la banque Audi.

Par ailleurs, Il faut que nous nous habituions à une volatilité relativement forte dans la contribution de l’Egypte dans nos paramètres de consolidation, dans le produit net bancaire, dans nos charges et dans le coût du risque.  Il y a énormément d’impact de sujets macroéconomiques, mais aussi concurrentiels. Parce que, d’une part, en termes macroéconomiques, la situation en Egypte est en train de se normaliser et donc on est en pleine phase de baisse des taux,  et d’autre part, en termes de charges, beaucoup d’entre elles sont indexées à l’inflation, parfois même au Dollar, qui, d’ailleurs, avait connu une hausse importante au moment de la dévaluation. La combinaison de ces deux facteurs donne naissance à une volatilité relativement importante. Dans l’absolu, l’essentiel pour nous est d’avoir une profitabilité qui continue à être très bonne et que nous poursuivions nos investissements pour faire passer progressivement notre part de marché à une cible de 2%. 

 

F.N.H. : Quelle sera votre stratégie en Egypte pour les années à venir ?

I. D. : Il faut se rappeler que nous n’avons pas la même position en Egypte que dans les autres pays de présence;
nous restons tout de même une  petite banque dans un marché immense. Notre objectif reste basé sur des stratégies de banque universelle. Nous comptons en ce sens travailler sur tous les leviers de développement, dont le retail banking, la petite et moyenne entreprise,  ainsi que le Corporate banking.

Nous comptons également travailler, mais modestement, sur les gros projets, car le bilan actuel ne permet pas de prendre de gros risques. Nous avons nos spécificités et nos points forts, l’un d’entre eux est justement cette présence africaine qui accorde de la facilitation du Trade et de l’investissement des sociétés égyptiennes vers les autres régions d’Afrique. Les entreprises égyptiennes que nous avons rencontrées découvrent en nous un véritable acteur régional et un partenaire qui peut contribuer de manière efficace à leur développement. Il est certain que nous ferons partie des banques accompagnatrices de développement en Egypte, mais nous ne serons jamais leur première banque.

Nous ferons sans doute partie des consortiums sur les grands projets d’investissements, mais nous serons toutefois et très probablement peu en position de «Lead».  Nous avons plusieurs cartes à jouer, comme je l’ai déjà indiqué dans le Trade finance africain, mais aussi dans le financement des crédits verts grâce à notre accréditation «Green Climate Fund».

 

F.N.H. : Le Maroc figure toujours dans la liste grise à cause de la présence de certaines entités dans la zone franche de Tanger. AIB est-elle concernée par cette problématique ?

I. D. : Notre filiale Attijari Internationale Banque (AIB)  est une banque de droit marocain dans la zone offshore de Tanger. A ce titre, elle a des possibilités de financer même des non résidents au Maroc. Cette structure subit exactement les mêmes règles de conformité de n’importe quelle autre filiale du Groupe Attijariwafa bank en matière de devoir de vigilance et de lutte anti-blanchiment.

 

F.N.H. : Le wali de la Banque centrale a confirmé que le Trésor procédera à deux sorties à l’international, en 2019 et en 2020. Que pensez-vous de ces futures émissions ?

I. D. : Le Trésor gère de manière excellente sa dette en diversifiant les origines et les sources de financement. Je sais au moins une chose, c’est que quand on est un émetteur sur les marchés mondiaux, il ne faut pas se faire oublier, sinon on aura à recommencer le travail à zéro. C’est l’une des raisons qui nous a empêché (ATW) d’émettre de la dette en devises, malgré le fait que la question ait été beaucoup soulevée au sein de notre banque.

Car, durant une certaine période, les conditions étaient extrêmement propices pour cela, surtout avec la surliquidité qu’ont connue les marchés financiers après les interventions des différents Banques centrales dans les pays développés. Ainsi, ce qui nous a empêché de le faire, c’est effectivement ce raisonnement là : «On ne procède pas à une émission isolée, on doit faire des émissions régulières». Autrement, c’est insensé vu l’investissement qu’il faut faire et les coûts qui y sont associés. Sans doute il doit y avoir aussi ce facteur là qui encouragerait la sortie du Trésor à l’international.

Le Maroc a connu l’année dernière une croissance plus rapide des importations que des exportations, avec un recul des transferts MRE. Bien que les investissements directs étrangers aient été très bons l’année dernière, au global, la balance des paiements a été un petit peu déficitaire. Une levée de fonds à l’international avec quelques petites émissions serait sans nul doute un moyen pour maintenir les réserves de change constantes. L’équation macroéconomique marocaine se boucle bien avec ce type d’émission avoisinant les 1 à 2 milliards d’euros par an.  D’autre part, il faut rester vigilant face à la forte incertitude en lien avec les prix du baril, qui ont un fort impact sur l’économie au regard du poids qu’il représente dans la facture énergétique du Maroc.

 

F.N.H. : Quel est concrètement l’état des réserves en devises des banques marocaines ?

I. D. : Depuis que la réforme de changes a été mise en place, les banques ont eu très peu recours à l’intervention de la Banque centrale, parce que soit elles bénéficient d’une trésorerie fort confortable, soit elles la trouvent chez leurs confrères. De ce fait, le marché interbancaire a connu un bon essor au cours de l’année 2018. Je pense également que c’est la volonté de Bank Al-Maghrib de s’assurer qu’il y a un marché interbancaire qui fonctionne de manière efficace. D’ailleurs, pour cela, la Banque centrale a mis en exécution une réforme technique visant à obliger les banques nationales à remettre leurs billets de banque en devises sur des comptes en devises, alors qu’auparavant elles avaient la possibilité de les remettre à Bank Al-Maghrib et de se faire créditer instantanément en Dirham.

Je pense que c’est aussi un moyen visant à donner suffisamment de carburant en devises aux banques marocaines, en vue d’animer le marché interbancaire et qu’elles n’aient pas besoin de solliciter régulièrement la Banque centrale.

 

F.N.H. : Quelles sont vos perspectives pour le reste de l’année ?

I. D. : Nous sommes confiants au sein de la banque pour les perspectives de l’année 2019. Nous comptons poursuivre le travail sur les différents chantiers que nous menons, que ce soit au niveau national ou international, avec les différents ajustements à faire. ◆

 

 

Attijariwafa Bank
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