Fatima Ezzahra El Mansouri n’aura pas le temps de savourer sa victoire. A peine nommée cheffe du gouvernement, la patronne du PAM entre dans la partie la plus difficile : gouverner. Avec 97 sièges, le parti est arrivé en tête des législatives du 23 septembre, mais il est loin de disposer seul d’une majorité à la Chambre des représentants.
Premier chantier pour Fatima-Zahra Mansouri : trouver des alliés, bâtir une coalition et, surtout, éviter de fabriquer une majorité tellement hétéroclite qu’elle deviendrait ingouvernable au premier désaccord sérieux.
Les négociations qui s’ouvrent ne seront donc pas une simple distribution de portefeuilles. Elles donneront déjà une indication sur la manière dont la nouvelle Cheffe du gouvernement entend exercer le pouvoir. Additionner des sièges est facile. Additionner des ambitions, des programmes et des ego l’est beaucoup moins.
Mais l’essentiel viendra après. Car le prochain gouvernement trouvera sur son bureau une pile de dossiers que les élections n’ont évidemment pas fait disparaître : pouvoir d’achat, emploi, santé, éducation, logement, protection sociale, réforme des retraites, investissement, compétitivité, stress hydrique, disparités territoriales… Et sur plusieurs de ces sujets, il faudra trancher. C’est notamment le cas des retraites. Le dossier a suffisamment attendu. Les déséquilibres des régimes sont connus, les diagnostics ont été posés et les scénarios discutés.
Reste désormais la partie politiquement douloureuse : décider qui cotisera davantage, qui travaillera éventuellement plus longtemps, selon quelles règles les pensions seront calculées et comment préserver les équilibres sociaux. Fatima-Zahra Mansouri hérite aussi d’une situation politique particulière.
Le PAM a remporté les élections, mais il n’était pas dans l’opposition durant les cinq dernières années. Il participait au gouvernement d’Aziz Akhannouch. Impossible, dès lors, de faire comme si tout commençait aujourd’hui. La formation politique devra assumer ce qui a été fait, expliquer ce qu’elle entend poursuivre et dire clairement ce qu’elle veut changer. Elle ne pourra pas être à la fois comptable du bilan lorsqu’il est favorable et simple spectateur lorsqu’il l’est moins. Cette ambiguïté sera probablement l’un des premiers pièges du nouveau mandat.
Le second sera celui des attentes. Une victoire électorale crée toujours une forme d’impatience. Ceux qui ont voté pour le changement veulent rapidement en voir les effets. Ceux qui ont voté contre attendent la première faute. Et ceux qui ne sont pas allés voter observent souvent tout cela avec une distance qui en dit long sur la défiance envers la politique. La nouvelle Cheffe du gouvernement devra donc gouverner bien au-delà de son électorat.
Son parcours constitue à cet égard un avantage. Fatima-Zahra Mansouri connaît l’Etat, les collectivités territoriales, le Parlement, le gouvernement et les appareils politiques. Maire de Marrakech, parlementaire, ministre et dirigeante du PAM, elle ne découvre ni l’administration ni les rapports de force. Mais diriger le gouvernement est une autre histoire. A ce niveau, tous les problèmes finissent sur le même bureau. Les prix augmentent ? Le gouvernement doit répondre. Le chômage persiste ?
Le gouvernement doit répondre. Une réforme s’enlise ? Le gouvernement doit répondre. Un ministre dérape ? Le Chef du gouvernement doit encore répondre. C’est le privilège assez particulier de la fonction : récupérer les problèmes des autres, en plus des siens. En cela, les Marocains ne jugeront pas le prochain exécutif au nombre de réunions organisées, de stratégies annoncées ou de communiqués publiés, mais sur ce qui changera réellement dans leur vie.
Par F.Z Ouriaghli