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Coronavirus : Ce que pense un psy du ressenti des adolescents confinés

Coronavirus : Ce que pense un psy du ressenti des adolescents confinés

Le confinement est vécu par l’adolescent comme une véritable agression psychique.

Selon le Dr Hachem Tyal, psychiatre psychanalyste, fondateur de la première clinique de psychiatrie et d'addictologie au Maghreb, responsable de plusieurs associations nationales et internationales, il existe deux types de réponses essentielles afin d’aider ces jeunes pendant la période de confinement : la première est d’ordre temporel et la seconde est liée à l’espace. Entretien.

 

Propos recueillis F.Z.O

 

Finances News Hebdo : Confinés à un âge où la liberté et l’autonomie nourrissent leur quotidien, les adolescents vivent, peut-être moins bien, cette situation que leurs parents. Pourquoi ? 

Hachem Tyal : L’adolescence est un moment du développement de la personnalité pendant lequel un enfant change dans tous les aspects de sa vie, notamment sur les plans physique et psychique. Ce changement concerne aussi sa relation avec lui-même et avec l’autre. 

Il y a un chamboulement total de ce qu’il est durant cette période de mutation lui permettant d’accéder à un nouveau statut de la vie, celui de l’adulte. Il est clair que quand on est dans cette phase de changement de carapace et de référentiel, on est dans une situation de fragilité. L’adolescent est à la merci de beaucoup de choses. A l’évidence, la situation de confinement n’arrange rien pour lui dans le sens où celle-ci constitue une véritable agression psychique pour celui-ci. Ceci conduit à la fragilisation de la personne, à une perturbation de son équilibre psychologique. 

Le fait d’être dans l’obligation de rester confiné dans un même lieu pendant des semaines ou des mois, est tout à fait antinomique par rapport au fonctionnement de l’humain. En conséquence, cette situation traumatique va engendrer des conséquences importantes, notamment la modification des registres affectifs et émotionnels de son fonctionnement. Le comportement et les attitudes peuvent ainsi être impactés. 

Toute personne étant dans une situation de confinement va subir les conséquences de ce traumatisme, avec cette effraction de la vie psychique. Cela va solliciter les capacités d’adaptation de l’individu en mobilisant énormément d’énergie en lui pour s’adapter à cette situation exceptionnelle, ce qui est d’autant plus difficile que le confinement s’étale sur une longue période. 

Ce contexte est difficile pour l’adulte, il l’est davantage pour l’adolescent dans la mesure où celui-ci est dans une période particulière, caractérisée par la fragilité liée aux changements précités. L’adolescent est normalement dans la défiance, la remise en cause de beaucoup de choses en se rebellant tout particulièrement contre les exigences parentales. 

Ces attitudes lui sont nécessaires pour asseoir sa nouvelle personne, la confiance en lui-même et une estime de soi suffisante. L’adolescent, pendant cette période où ses capacités d'adaptation sont mises à rude épreuve, sera plus enclin encore à passer à l’acte, avec parfois des réactions agressives vis-à-vis de sa fratrie et de l’autorité parentale inégalées jusque-là. D’où la difficulté importante des parents à gérer celui-ci dans cette période de confinement. 

Si l’obligation de rester chez soi est difficile pour l’adulte car contraire aux exigences de son fonctionnement, elle l’est encore bien plus chez l’adolescent qui voit les exigences de son âge ne plus avoir de réponses. L'adolescent a besoin de la vie de groupe, de ses groupes d’amis, de ses copains de classe à travers laquelle la construction de sa personnalité s’opère également. Or, le confinement met entre parenthèses cette vie de groupe, ce à quoi il répond en s’occupant et se consolant comme, d’une certaine manière, avec l’utilisation de son smartphone des heures durant. Sauf que les réseaux sociaux ne peuvent pas remplacer le contact direct avec les amis, le lien avec ceux-ci. 

Le confinement oblige aussi l’adolescent à interagir plus longuement avec ses frères et sœurs et ses parents à la maison. Ceci alors qu'il a tendance habituellement à s’enfermer dans sa chambre afin de prendre le maximum de distance avec ces derniers, jugés intrusifs, jugés s'immisçant trop dans sa vie privée.  

Les études peuvent également être délaissées pendant cette période de confinement par les adolescents qui profitent de l'absence de la pression des enseignants. Ils peuvent ainsi être enclins à repousser à plus tard bon nombre de travaux, à ériger la procrastination comme règle de vie.

 

F.N.H : Comment peut-on aider ces jeunes à traverser d’une manière harmonieuse cette période ?

H.T. : Il existe deux types de réponses essentielles afin d’aider ces jeunes pendant la période de confinement. La première est d’ordre temporel. Elle vise à aider ces jeunes à remplir leur temps par la construction d’un planning d’études, planning que l’adolescent doit partager avec ses parents. 

Ces derniers doivent, certes, poser des règles, mais ne jamais imposer un emploi du temps qui doit être confectionné, encore une fois, par l’adolescent. Les parents contribueront à sa mise en œuvre et à son respect, cette démarche ayant montré son efficacité. L’autre aspect par rapport au temps est celui du partage avec les parents et avec les frères et sœurs. 

Un autre aspect encore dans ce rapport au temps est celui de donner du temps aux activités ludiques avec les adolescents, que les ados aiment partager avec les parents contrairement à ce qu'ils laissent penser.  

Il est intéressant également de veiller à remplir leur temps par d'autres moyens axés sur l'aide aux autres. L’idée est de donner à ces jeunes des tâches à accomplir, tout en leur demandant des comptes sur celles-ci, comme s'occuper de certaines tâches avec les grands parents ou les frères et sœurs. 

Enfin, les parents doivent veiller au respect d'une bonne distance avec leurs ados et penser à attirer leur attention sur les dangers de l’utilisation excessive des smartphones et des réseaux sociaux. L’autre type de réponse est liée à l’espace. 

Les parents doivent veiller à l’organisation des espaces des enfants et des adolescents en délimitant l’espace de chacun, en séparant ceux réservés au travail de ceux réservés aux loisirs, surtout le sport dont ont besoin les ados, et ceux spécifiques à la rencontre de la toute la famille. L’organisation des espaces de la maison fait partie du rôle parental. 

 

F.N.H : Plus globalement, diriez-vous que le confinement est un facteur qui raffermit les liens familiaux ou qui peut, au contraire, les défaire ?

H. T. : Le confinement offre l’opportunité à la famille de se réunir plus fréquemment et de donner la parole aux adolescents sur des sujets qui peuvent sembler être inappropriés. Il faut donner la possibilité aux adolescents de faire part de leurs avis sur leur avenir, sur la vie d’adulte des parents, tout en leur permettant de critiquer, ce qu'on ne fait pas généralement. 

Ceci contribue au développement du sens critique de ces jeunes. Il est, en effet, important de donner la place à la parole, une spécificité humaine, ce qui permet d’aborder des sujets essentiels comme les valeurs morales, le rapport à la spiritualité, etc.. Les parents doivent faire confiance à l’intelligence des adolescents. 

Au final, ce que vit l’adolescent dans cette période de confinement est une grande opportunité pour s’ouvrir au monde autrement et développer le sens de la profondeur de notre humanité.

 

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