Wind of change

Wind of change

J’imagine bien que parmi ceux qui liront cette chronique, figurent bon nombre de mélomanes, qui savent apprécier la beauté et l’intemporalité de cette célèbre chanson du groupe allemand «Scorpions». Mais il n’est pas question ici de musique, mais d’un changement d’état d’esprit, rendu nécessaire au Maroc par notre récente réussite sportive, autant que mentale. Car si l’on devait tirer quelques enseignements d’ordre économique ou politico-économique de la récente épopée footballistique de notre sélection nationale, ça serait selon moi les suivants.

Premièrement, «niya»; autrement dit, si l’on traduit littéralement, l’«intention», ou plus précisément la puissance créatrice d’une intention pure, désintéressée sur le plan matériel et clairement orientée vers son objectif. Or, sur le plan politique ou électoral, ce qui prime chez nous ce sont davantage les «promesses» réalisées au bout du mandat ou non, avec souvent pour alibi, dans les cas d’échecs, le contexte qui ne fut pas favorable, la mauvaise pluviométrie, ou encore plus de rhétorique ou de nouvelles promesses, pour camoufler l’échec du mandat. Ou des fois une simple diversion peut faire l’affaire, comme des joutes verbales ou insultes entre des membres de la majorité et d’autres de l’opposition. De quoi amuser la galerie et détourner des choses sérieuses. Au niveau économique et entrepreneurial, ce concept de «niya» est tout aussi présent. On le trouve, ou plutôt on constate son absence dans les ambitions économiques affichées par nos gouvernements pour notre pays. Des ambitions bien maigres face au potentiel du Maroc.

L’idée que notre pays est toujours en voie de développement, ou en émergence, et que rêver de grandes choses serait l’apanage de pays développés comme l’Allemagne ou la Suède, reflète un complexe d’infériorité encore latent, autant qu’un manque d’audace dû à une prudence politique maladive. «Tu te crois en Suède ? C’est juste le Maroc là». Cette phrase, je crois ne pas être le seul à l’avoir entendue. Seulement, le fait est que nos valeureux joueurs, avec leur entraîneur, ont démontré le contraire. Que l’on peut, si on s’en donne les moyens et qu’on y croit soimême fermement, être meilleurs que la Suède, l’Espagne, la Belgique,… Ils ont démontré que l’impossible était avant tout une barrière mentale. La «Niya», celle de Walid Regragui et de notre sélection, c’est aussi casser ce plafond et cette barrière invisible qui nous enferme dans la médiocrité et dans les micro-ambitions. Au niveau entrepreneurial, le misérabilisme et la culture de l’assistanat de certains de nos citoyens, traduit sans l’ombre d’un doute un manque de «niya ».

«Je ne vais rien faire dans ma vie parce que l’Etat me doit telle ou telle chose», «je suis au chômage parce l’Etat ne fait rien pour ses citoyens», ou encore «je ne vais pas me lancer dans l’entrepreneuriat car tout le monde est corrompu et que ça relève de l’impossible». Qui n’a pas entendu ces phrases, surtout de la part des plus jeunes d’entre nous ? Avoir «niya» dans ce contexte, c’est avant tout se dire que malgré tous les obstacles que l’on peut rencontrer au Maroc, je vais quand même tout faire pour réussir mon affaire, mon projet ou ma carrière. Mon intention est pure, je compte y mettre toute mon énergie, et mon optimisme est inébranlable, il n’y a donc pas de raisons pour que j’échoue. Et si j’échoue quand même, je ne vais pas me lamenter, mais plutôt en retirer les enseignements nécessaires pour réussir à ma prochaine tentative. Voilà ce que devrait être désormais.

En plus de «niya», un autre concept a été mis en avant par notre sélection nationale. Celui de l’efficacité comme exigence non négociable. Pour les entrepreneurs, les plus honnêtes d’entre eux, c’est une réalité qu’ils connaissent déjà. Celle de la justice impitoyable mais impartiale du marché. Le principal critère du marché, c’est l’efficacité. Si vous en manquez, aucun prétexte ni argument ne sera audible devant l’imminence de la faillite. Quant aux politiciens, face à l’échec dans leurs politiques et aux critiques bien méritées, l’argument systématiquement mis en avant est celui de la «légitimité des urnes». Nous avons été élus, donc on fait ce qu’on veut ou ce qu’on peut. C’est au cas par cas. Or, il se trouve, et il me semble utile de le leur rappeler, que la légitimité des urnes est une rampe de lancement et non un chèque en blanc.

Et que la Nation qui, selon notre Constitution, possède la souveraineté, ne fait que vous en déléguer la gestion, dans le cadre d’une démocratie représentative, afin que vous en fassiez bon usage. L’efficacité politique est un impératif, non une option. Peut-être est-il temps de mettre en pratique les enseignements de notre parcours en coupe du monde, pour passer du mandat représentatif au mandat impératif  ! La différence est de taille. Dans une logique de mandat impératif, les gens ne sont pas élus pour un mandat, mais pour une mission, avec la possibilité pour les électeurs de suivre, de juger et de sanctionner en temps réel les performances des élus, avec la possibilité de les révoquer à tout moment.

Dans cette logique, un élu qui trahit sa mission se devrait d’être interdit d’élections à vie. Car la politique n’est pas un métier, mais un devoir citoyen qu’il faut honorer avec «niya» et avec efficacité. Tâchons donc de faire en sorte que ces enseignements ne restent pas lettre morte, en transformant ces derniers en nouvelle philosophie de travail, autant en politique qu’en économie. Dans le cas contraire, cette récente épopée demeurera une simple prouesse sportive, ce qui est déjà pas mal. Mais, comme on nous a dit un jour, «on mérite mieux». 

 

Par Rachid Achachi, chroniqueur, DG d'Arkhé Consulting

 

 

 

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