Redonner confiance par les réformes !

Redonner confiance par les réformes !

Voici près de cinq ans, le chef de gouvernement actuel, dans un discours à Agadir, le 24 février 2018, annonçait lors d'un grand rassemblement, que le RNI qu'il préside allait proposer quelques jours plus tard un programme baptisé «La voie de la confiance». Un manifeste. Des principes, des valeurs et des réformes alternatives aux deux cabinets PJD, celui de Benkirane et celui de son successeur El Othmani, en avril 2017.

La confiance était le crédo : elle est certainement nécessaire pour asseoir et conforter tout cabinet; mais est-elle suffisante? Aujourd'hui, en tout cas, elle demeure problématique. Le HCP y fait référence dans sa dernière enquête de conjoncture du 4ème trimestre 2022. Et parmi de nombreux indicateurs, il revient sur l'indice de confiance des ménages : il est au plus bas avec 46,6% seulement, soit une tendance baissière de quinze points par rapport à la même période 2021 (61,2%). Voilà qui devrait préoccuper le gouvernement plutôt enclin à entretenir un discours optimiste.

 

Le Maroc de l'inclusion

L’on dira pour commencer que c'est la loi du genre; oui, sans doute. Et d'ailleurs, les motifs de satisfaction ne manquent pas dans certains domaines. Le plus important, structurant, est sans conteste celui de l'avancement du chantier royal de la généralisation de la protection sociale : 23,2 millions d'assurés par la CNSS en 2022 par rapport à 7,8 millions l'année précédente, avec l'affiliation de 3,6 millions de travailleurs non-salariés et leurs ayants droit et de 9,4 millions de bénéficiaires de l'AMO; prise en charge sur la base d'une approche «novatrice» des personnes ne pouvant pas acquitter leurs cotisations; un dispositif de ciblage social en cours avec le Registre national de la population (RNP) permettant d'instituer l'«identifiant civil et social numérique» comme étape vers l'inscription ultérieure au Registre civil et social (RSU) afin de déterminer in fine le score social des familles; réforme du secteur de la santé visant une gouvernance efficiente et la mise à niveau des services de ce secteur, etc. Dans cette même ligne, il faut noter la forte progression du budget de ce département de la Santé avec 23,5 milliards de DH en 2022 (+15%) et 28 milliards de DH en 2023 (+20%). Devant la Chambre des conseillers, mardi 10 janvier, le chef du gouvernement a expliqué que c'était là une politique globale et multidimensionnelle prioritaire, «Le Maroc de l’inclusion».

 

Relance économique et... politique

Précisément, comment se présente 2023, pour mettre en œuvre cette intention ? Quelles sont les contraintes ? Et quelles prévisions se dessinent ? Jeudi dernier, le 12 janvier, à Rabat, le HCP a présenté le budget économique 2023. Les prévisions ont été présentées par le secrétaire général de cette institution - un texte signé par le haut-commissaire au Plan, Ahmed Lahlimi Alami. Il explique que le ralentissement économique a été plus sévère en 2022 sous l'effet de la sécheresse et de l'inflation; que les moteurs de la croissance sont en perte de vitesse (demande intérieure, investissement brut); et que le besoin de financement de l'économie nationale s'est accentué. Le rythme de croissance a chuté à 1,3% en 2022, en baisse significative sur une progression moyenne de 3,2% entre 2015 et 2019. Pour 2023, qu'en est-il ? Le commerce mondial est entré en récession et partant, la demande au Maroc en pâtirait avec 3,2% contre 7,6% en 2022. Le HCP propose, pour le rattrapage des impacts des crises sur les ressources économiques et sur le capital productif et humain, une priorité à donner aux entreprises et aux ménages «leaders de l'investissement».

Le texte souligne à cet égard que ce sont ces deux facteurs qui «jouent un rôle décisif dans la relance du capital physique» : ils ont assuré 66% de la formation brute du capital en moyenne pour la période 2010-2019. Il importe donc que l'investissement public soit renforcé pour devenir à terme un levier de croissance plus marqué. Les prévisions pour 2023 se situent autour de 3,5%; elles sont basées sur certains grands indicateurs macroéconomiques : une production céréalière moyenne; une inflation de 1,9%; et des ratios par rapport au PIB projetés comme suit : besoin de financement (4,1%), déficit budgétaire (5,2%) et taux d'endettement global (83,2%).

 

Relance économique et… politique La relance économique  ?

«Coûte que coûte» donc, malgré toutes ces contraintes externes et internes. La relance politique et démocratique aussi, pourrait-on dire ? La crédibilité du cabinet est en débat : l'Etat, des interrogations persistent - des «affaires» qui plombent les semaines écoulées après un mois de décembre festif et euphorique lié à l'exploit des Lions de l'Atlas au Qatar (billetterie, examen des avocats,...). L'idée d'un remaniement ministériel, dans l’air depuis la fin 2021, revient: des secrétaires d'Etat annoncés, une restructuration du cabinet, des partants et des entrants. Mais lesquels ? Il faut y ajouter la hiérarchisation des réformes en 2023 et, au-delà, pour donner visibilité et lisibilité à l'action gouvernementale.

 A côté de la politique sociale, il y a en effet tant d’autres domaines à prendre en main. La rhétorique sur la protection médicale et sociale ne peut plus être sans cesse surlignée pour évacuer ce qui reste à entreprendre ailleurs. Le dialogue social a marqué un bon point dans le secteur de l’éducation. C’est cette même méthodologie de concertation qui doit prévaloir dans d’autres domaines (fiscalité, lutte contre la corruption, statut et implication des Marocains du monde, code de la famille,…). Le soutien des citoyens et des agents économiques ne se décrète pas : il demande un cap. Un agenda. Et une forte dose de volontarisme réformateur – les prérequis et les gages d’une confiance…

 

 

Par Mustapha SEHIMI Professeur de droit (UM5, Rabat) - Politologue

 

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