Moyen-Orient: faut-il sauver le soldat Benjamin ?

Moyen-Orient: faut-il sauver le soldat Benjamin ?

Prise d’otages, profil bas, quand bien même l’État dispose de grands moyens. Sacralité des vies humaines oblige, la libération des otages se fait à coups de pourparlers et de négociations. Et elle dure le temps qu’il faut, c’est-à-dire longtemps. La machination hollywoodienne de notre imaginaire collectif a fait qu’il en est toujours et partout ainsi. Jusqu’à ce que l’actuel premier ministre Israélien, Benjamin Netanyahu, en décide autrement.

Face à l’assaut du 7 octobre 2023, Benjamin, aux commandes du cabinet de guerre, s’érige en sbire du Moyen-Orient et décide de réduire en poussière la bande de Gaza. Il ne frappe que par hypothèse et rase maisons et bâtiments où peuvent loger les présumés coupables de terrorisme. Mêlant parents et enfants, Benjamin inflige un châtiment collectif aux familles des supposés terroristes, et toute la lignée peut y passer, voire toute personne coupable par association. Vengeance et humiliation sont donc les mots d’ordre de ces punitions collectives, certes rangées parmi les crimes de guerre, mais banalisés par les doubles standards quant au respect du droit international.

Bêtise faisant, Benjamin multiplie les fronts et se livre à une guerre interminable contre le Hezbollah au sud du Liban, les Houthis au Yémen, ainsi que leurs alliés en terres syrienne et irakienne, outre le Hamas à Gaza. Et puisque l’honneur du sbire lui impose d’affronter le véritable ennemi et non ses mandataires, Benjamin cherche querelle à l’Iran et provoque une altercation qui va lui coûter pas moins de 550 millions de dollars en une nuit blanche. Et c’est tant pis pour le Benjamin pur et dur; le feu vert américain et la théâtralisation de la riposte iranienne indiquent que, désormais, Israël, enfant gâté de l’Occident, doit composer avec son frère-ennemi, son Caïn perse, le Bad boy de la famille et qui s’est montré tout autant choyé que lui. Message reçu : l’Iran est en droit d’attaquer Israël et n’a pas hésité à le faire directement et de manière ponctuelle. C’est une affaire de souveraineté d’État, à dissocier du carnage à Gaza et du cultuel afférent à la cause palestinienne. La preuve : Tsahal a dû déjouer les drones et les missiles iraniens au-dessus de la mosquée Al-Aqsa, lieu saint de l’Islam à Jérusalem.

Du point de vue économique, une possible escalade serait davantage coûteuse pour Israël, qui puise dans ses réserves de change en dollars afin de tenir tête à ses adversaires de plus en plus nombreux. Alors que l’Iran ferraille dans son arsenal d’armement local et se vante de ses produits de terroir, sous forme de missiles et drones low-cost, pouvant aller loin, très loin, voire jusqu’à Tel Aviv. Par ailleurs, la riposte de l’Iran a montré qu’en en cas d’éruption de violence, le voisinage d’Israël ne saurait être une zone tampon. On l’a vu, ce fut un champ de bataille, en l’occurrence la Jordanie, ou au mieux, des ponts militaires et des voies de passage aux missiles iraniens, comme le furent l’Irak et la Syrie.

L’ombre d’un embrasement régional demeure donc omniprésent et il serait impossible de s’en tenir à un conflit bilatéral entre Israël et l’Iran ou à une échappée solitaire. Aujourd’hui, le fait est que le Premier ministre Benjamin et son cabinet de guerre, qui, initialement, devaient lancer une mission commando pour libérer des otages, entraînent Israël dans une guerre sans issues contre le bloc chiite au MoyenOrient. Encore faut-il rappeler que les conséquences de ce penchant à la «martialisation»  de la région seraient désastreuses pour les intérêts de l’Occident, et en particulier ceux des États-Unis. Oui, il faut sauver le soldat Ryan, mais aussi son frère arabe Rayane, et tous ces autres jeunes qui ont déserté les bancs de l’université pour porter des treillis militaires et creuser des tombes. Il faut tous les sauver de l’emprise de la haine et du spectre de la violence qui planent sur le MoyenOrient. Et pour ce faire, il ne faut guère sauver l’ambition guerrière du soldatesque Benjamin.

 

Par Hachimi Alaoui

 

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