Avec 48 équipes, 104 matchs et 16 villes hôtes réparties entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, la Coupe du monde 2026 représente un défi sécuritaire inédit. Au-delà des stades, les autorités devront protéger des millions de supporters, mais aussi les aéroports, les réseaux de transport, les fan zones et les infrastructures numériques qui feront tourner le tournoi.
Par K. A.
Avec 48 équipes, 104 matchs et 16 villes hôtes réparties entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, le Mondial 2026 devrait attirer entre 5 et 7 millions de visiteurs internationaux. La FIFA estime de son côté que près de 6,5 millions de spectateurs assisteront aux rencontres dans les stades, un record pour une Coupe du monde. Face à cette affluence inédite, le FBI qualifie l’événement de l’un des plus importants défis sécuritaires de son histoire.
L’agence affirme avoir déjà réalisé plus de 300.000 vérifications d’antécédents dans le cadre des préparatifs et coordonne ses opérations avec 46 pays au sein de centres de renseignement communs. L’ampleur du dispositif est telle que plus de 400 agences de sécurité et forces de l’ordre travaillent conjointement avec les autorités fédérales, les collectivités locales et des acteurs privés afin de sécuriser les stades, les camps de base des équipes, les hôtels, les fan zones et les principaux axes de transport.
Au cœur du dispositif, figurent les caméras intelligentes. Des milliers de systèmes de vidéosurveillance équipés d’algorithmes d’intelligence artificielle ont été déployés autour des stades et des zones à forte affluence. Leur mission ne consiste plus uniquement à enregistrer des images, mais à analyser les comportements en temps réel afin de détecter des mouvements inhabituels, des attroupements anormaux, des abandons de bagages ou encore des situations susceptibles de dégénérer. L’intelligence artificielle est également utilisée pour agréger et traiter d’immenses volumes de données provenant de multiples sources : réseaux sociaux, flux vidéo, capteurs urbains, systèmes de transport ou encore renseignements fournis par les services de sécurité.
L'IA comme tour de contrôle
Pour Hamza El Fadili, expert en cybersécurité, l’intelligence artificielle change profondément l’approche sécuritaire des grands événements. «La différence avec les précédentes Coupes du monde réside dans la capacité des systèmes d’IA à analyser simultanément des milliers de flux de données et à détecter des signaux faibles qu’un opérateur humain ne pourrait pas identifier à temps. L’objectif n’est plus seulement de réagir, mais d’anticiper», explique-t-il. Certaines enceintes sportives iront encore plus loin avec des solutions de reconnaissance faciale destinées à fluidifier les accès et à renforcer les contrôles.
Des plateformes de supervision intégrant des jumeaux numériques («Digital twins») permettront également de visualiser en temps réel les flux de supporters et d’optimiser la gestion des foules. Si les risques terroristes demeurent présents, les drones constituent aujourd’hui l’une des principales préoccupations des responsables de la sécurité. Peu coûteux, faciles à acquérir et difficiles à intercepter, ils peuvent être utilisés pour réaliser des opérations de surveillance, filmer des zones sensibles ou perturber le déroulement d’un match.
Le FBI a lancé dès 2025 un programme national de formation anti-drones destiné aux forces de l’ordre des villes hôtes. Les autorités américaines ont également débloqué plusieurs centaines de millions de dollars afin de renforcer les capacités de détection et de neutralisation des appareils non autorisés. Des zones d’exclusion aérienne seront mises en place autour des stades et des fan zones pendant toute la durée du tournoi.
Le front numérique
La protection du tournoi ne se limite toutefois pas au monde physique. Le risque cyber figure également parmi les principales préoccupations des autorités. Les experts redoutent des attaques visant les plateformes de billetterie, les réseaux de transport, les opérateurs télécoms, les systèmes de paiement ou encore les infrastructures critiques. À cela s’ajoute un nouveau risque: les contenus générés par l’intelligence artificielle.
Les autorités américaines craignent notamment la diffusion de vidéos truquées ou de fausses alertes susceptibles de provoquer la panique ou de désorienter les services de secours. Pour y faire face, des centres opérationnels réunissant services de renseignement, police et experts cyber seront activés dans chaque ville hôte afin de vérifier rapidement l’authenticité des informations circulant en ligne. Selon El Fadili, «les grands événements sportifs sont systématiquement utilisés par les cybercriminels.
La nouveauté aujourd’hui est que l’intelligence artificielle permet de créer des campagnes de fraude extrêmement crédibles, qu’il s’agisse de faux sites de billetterie, de faux messages d’organisateurs ou même de contenus vidéo manipulés». Selon plusieurs études menées avant le tournoi, une large majorité de supporters se dit prête à se connecter à des réseaux Wi-Fi publics sans vérifier leur authenticité, une pratique qui facilite le vol de données personnelles et bancaires. La sensibilisation du public apparaît donc comme un maillon essentiel du dispositif de sécurité.