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Et si la tokenisation finançait notre développement ?

Et si la tokenisation finançait notre développement ?

L’un des principaux obstacles auxquels sont confrontées autant les entreprises que l’Etat dans sa volonté de financer le développement, c’est bien la dimension financière. L’Etat s’appuie sur deux principaux leviers que sont les recettes fiscales et la dette, avec toutes les limites et les contraintes inhérentes à ce type de mécanismes. Les entreprises, quant à elles, possèdent deux autres leviers, à savoir le crédit et l’autofinancement avec d’autres limites spécifiques. Quant au marché financier, il ne finance ces dernières qu’à la marge. Et s’il existait un autre levier aux possibilités infinies et qui n’attendent que d’être exploitées ?

Je parle bien entendu ici du «Crowdfunding», qui possède déjà sa loi au Maroc, votée à l’unanimité en 2021, mais dont les décrets d’application tardent comme d’habitude, ai-je envie de dire, à voir le jour. Parmi les possibilités offertes par l’univers du financement participatif figure la tokénisation. Ce mot qui figure déjà dans le vocabulaire et la nomenclature financière anglo-saxonne, tarde cependant à se frayer un chemin dans des pays, réticents à réinventer leur manière de faire. Soit par conservatisme, soit par un étatisme frôlant l’immobilisme.

De quoi s’agit-il ?

La tokénisation désigne tout simplement un processus par lequel on peut sécuriser et numériser des données ou des actifs, grâce à la technologie de la blockchain, réputée inviolable. Une fois tokénisé, cet actif acquiert une liquidité et scalabilité, exprimée sous la forme de Tokens, autrement dit de fragments d’actifs, qui peuvent par la suite être stockés ou échangés.

Associée aux mécanismes du «Smart contract», la tokénisation peut devenir un levier puissant d’investissement et de levée de fonds pour les porteurs de projets, mais aussi de placement et de rendement pour les investisseurs, qu’il s'agisse de particuliers ou d’institutionnels.

Dans le secteur de l’immobilier, ce mécanisme est déjà en œuvre dans le monde anglo-américain, puisqu’il est possible de tokéniser le titre de propriété d’un bien. Ainsi, en achetant un ou plusieurs «tokens», autrement dit de fragments de ce bien, je deviens en quelque sorte actionnaire à hauteur de la quantité de token que je possède, avec potentiellement un rendement locatif dans le cas de figure où le bien est placé en location. Les détails concernant la répartition des revenus locatifs ainsi que les charges d’entretien du bien sont clarifiés en amont par un «Smart contract», qui sanctuarise les modalités d'application des clauses contractuelles.

Mais ce qui est valable pour l’immobilier, peut l’être tout aussi pour n’importe quel projet, proposant un rendement intéressant, pouvant intéresser n’importe quel investisseur ou particulier désirant placer son épargne dans le monde. Les avantages de ce mécanisme sont nombreux. Inviolabilité, relative décentralisation, pas de frais d’enregistrement, accès à une échelle mondiale pour mobiliser les fonds, fluidité des actifs «tokens»,...

Pour les entreprises désirant mobiliser des fonds pour investir et développer leur activité, la tokénisation leur offre littéralement accès à l’épargne mondiale et de manière quasi-instantanée. De même, pour l'épargnant ou l’investisseur qui place son argent par l’achat de Tokens dans tel ou tel projet, il pourra non seulement posséder un actif qui génère des rendements réguliers, mais il peut aussi voir son actif prendre de la valeur, et le revendre éventuellement plus tard avec une plus value.

Mais que vient faire l'État là-dedans ?

Rappelons tout d’abord que dans le monde contemporain, et en l'occurrence dans le cas du Maroc, le déficit budgétaire n’est plus un accident mais c’est désormais la norme. Surtout pour des pays comme le nôtre, qui ont besoin de mobiliser l’épargne publique et nationale pour financer des projets d’infrastructures et de production de richesse.
Et si dans ce cas de figure, la tokénisation pouvait permettre de soulager les besoins de financement de l’Etat, dans des projets d’infrastructure ?

Imaginons que l'État désire construire une ligne LGV pour connecter Casablanca à Marrakech, voire pourquoi pas Agadir. Les besoins de financement seraient colossaux, et difficilement supportables vu l’état actuel de nos finances. Mais, ce projet pourrait s’avérer très lucratif à long terme, en raison de la rentabilité que cette ligne pourrait générer, vu qu’il s’agit d’un axe économique à très fort potentiel de croissance, qui pourrait intéresser des gens de par le monde, désirant diversifier leurs portefeuilles d’investissement, en plaçant leur argent dans des actifs tangibles.

Dans ce cas de figure, l’Etat pourrait repenser son projet autrement, à travers les mécanismes de tokénisation, puisqu’il sera possible à travers un Smart contract, d’offre à toute personne de par le monde, de prendre part au financement de ce projet, à travers sa tokénisation. L’Etat posséderait par exemple 51% des Tokens, tandis que 49% seraient mis en vente à travers la technologie de la blockchain. A titre d’exemple, un kilomètre de rail représenterait un Token. Si je possède 10 Tokens, cela voudrait donc dire que je possède 10 km de cette ligne grande vitesse, et je toucherai proportionnellement à la quantité de Tokens que je possède, des dividendes générés par l’exploitation de cette ligne (location à l’ONCF ou à une autre compagnie…).

Cela permettrait de soulager le budget de l’Etat à hauteur de 49% du coût de financement de ce projet, tout en permettant une meilleure intégration économique de nos régions, et le désenclavement de bon nombre de villes. Ce qui est valable pour une ligne grande vitesse, l’est aussi pour une autoroute, un port, un aéroport, une usine, un centre de recherche,... à condition de donner les garanties nécessaires aux investisseurs particuliers et institutionnels à l’échelle du monde, en termes de gouvernance, de transparence et de rentabilité.
Ainsi, l’avenir ce n’est pas demain, mais aujourd’hui et ailleurs pour l’instant. Cependant, le fait est que ça peut être aujourd’hui et ici, au Maroc, à condition que l’on veuille bien s’ouvrir à des perspectives nouvelles et audacieuses.

 

Par Rachid Achachi

 

 

 

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