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Secteur bancaire : 2015, un exercice difficile

Secteur bancaire : 2015, un exercice difficile

BAMMollesse de la progression des crédits, un coût du risque qui poursuit sa lancée, l'immobilier qui peine à sortir de sa crise, surtout côté promoteur, sont autant d'éléments qui augurent d'une année difficile pour le secteur. D'ailleurs, les prémices d'une mauvaise année s'annoncent déjà.

‘‘A fin mai, le crédit n’a augmenté que de 2,5%. Pour 2015, il devrait croître de 4%." C'est ce qu'a déclaré Abdellatif Jouahri, lors de la dernière réunion de la Banque centrale sur la politique moné­taire. Ainsi, les banques ins­tallées au Maroc devront se partager un marché qui ne croît, au mieux, que de 4%. Mais ce n'est pas tout, car l'équation est un peu plus complexe. En 2014, les banques ont réalisé des per­formances en fortes hausses à l'international, et au Maroc, la contribution libératoire a créé un climat de détente sur les liquidités. Pour leur part, les crédits acquéreurs et les crédits à la consommation se portaient plutôt bien, avec des hausses respectives com­prises entre 5% et 10%. Cette année, les banques devront limiter leurs progressions en dehors du territoire national pour deux raisons.

Premièrement, il n'y a pas d'effets de base favorable, 2014 étant une année de pro­gression des indicateurs par rapport à une année 2013 secouée par la géopolitique (les bénéfices du secteur ont progressé de 10% quand les résultats d'exploitation n'ont pris que 5%). Il faut ajou­ter à cela la multiplication des risques opérationnels qui devront impacter l'exploi­tation dans plusieurs pays. Deuxièmement, le marché bancaire continue de subir une distorsion entre l'offre et la demande : «la crois­sance limitée des encours, qui pourrait être expliquée aussi bien par une demande molle des entreprises et une cer­taine aversion au risque des banques, ne promet pas une forte progression de la marge d’intérêt en 2015», expliquent les analystes d'Attijari Intermédiation, cette semaine, dans leur weekly action. Cet «éloignement» entre l'offre et la demande de crédit ne serait pas sans conséquence sur la profitabilité des banques en 2015. «Aussi, ajoutent-ils, les opérateurs du secteur éprouveraient des difficultés à réitérer les bons résultats des opérations de marché de l’an­née 2014». Tout cela devrait être confronté à une pression sans relâche de constitution de provisions pour risques.

Des signes précurseurs

La valse des augmentations de capital différées dans le temps et annoncées pendant le mois de juin par deux établissements bancaires, ou l'annonce d'un résultat trimestriel en baisse de 43% pour un autre, sous l'effet du coût du risque, peut laisser présager que les ban­quiers anticipent une mauvaise année 2015. Pour l'instant, le secteur traite à 18 fois ces bénéfices en Bourse, un ratio correct par rapport aux autres secteurs, malgré un rendement moyen faible dû justement à la multiplication des aug­mentations de capital depuis 2011. Le secteur affiche une marge opérationnelle insolente de 34% et une marge nette de 18%. Certes, ces marges sont en érosion quasi-continue, mais elles montrent qu'il y a de la marge pour encaisser encore quelques exercices de mollesse de la demande au Maroc.

 

Adil Hlimi

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