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Réforme des caisses de retraite: la démographie n’y est pour rien !

Réforme des caisses de retraite: la démographie n’y est pour rien !

Les contestations contre la réforme des retraites battent leur plein actuellement en France. Pour cause, un recul de l’âge légal du départ à la retraite et une augmentation du nombre de trimestres à travailler ne semblent pas plaire à tout le monde.

D’un côté, les politiciens, journalistes et experts proches du gouvernement actuel semblent reprocher aux futurs retraités le fait qu’ils vivront plus longtemps, voire trop longtemps après leur départ à la retraite à l’âge de 63 ans, sachant que l’espérance de vie moyenne est actuellement en France de 79 ans pour les hommes et 85 ans pour les femmes, et que la fécondité est en déclin.

De l’autre, des syndicalistes de gauche et autres experts considèrent l’actuel régime des retraites comme un sanctuaire qu’il serait interdit de profaner. Mais cela reste une affaire de Français, qui ne nous concerne pas tout à fait, si ce n’est qu’il n’y a pas qu’en France que la question se pose. Puisqu’au Maroc, la question se pose de manière de plus en en plus pressante. Tout d’abord, le contexte démographique. Car le Maroc est en train d’achever sa transition démographique, entamée vers le milieu des années 1970. Il en résulte une baisse inexorable du taux de fécondité, qui gravite actuellement autour du taux de remplacement (environ 2,1 enfants par femme), atteignant même un taux de 1,9 enfant par femme en milieu urbain.

Dans le même temps, le vieillissement de la population marocaine commence à prendre de l’ampleur, avec 4,3 millions de personnes âgées de plus de 60 ans en 2021, selon les données du HCP. Soit environ 11,7% du total de la population. Nous sommes encore loin de l’inversion de la pyramide démographique, mais comme dit l’adage : «Il vaut mieux prévenir que guérir». D’autres facteurs sociodémographiques posent également problème du point de vue de la dynamique démographique, comme l’augmentation du taux de célibat et le retard de l’âge moyen du premier mariage. Que propose l’exécutif pour y faire face ? Plusieurs mesures semblent être retenues. Premièrement, un relèvement de l’âge de départ à la retraite à 65 ans, autant pour le secteur public que privé. De même, une hausse des cotisations avec un seuil minimum de pension, fixé à hauteur de deux fois le SMIG est envisagée.

De l’autre côté, les syndicats plaident pour une unification des régimes de retraite et un âge de départ à la retraite à 63 ans. Le dialogue est entamé, et promet d’être virulent. En attendant, l’état de santé financier de nos caisses de retraite demeure alarmant, sauf pour la CNSS qui semble pouvoir tirer son épingle du jeu jusqu’en 2038. Cependant, le recul de l’âge de départ à la retraite doit-il être toujours perçu comme une baguette magique par les différents gouvernements ? Car cette mesure systématiquement usitée dès lors qu’il s’agit de rééquilibrer les comptes des caisses de retraite, ressemble à s’y méprendre à un achat de temps, qui permet tout au plus de repousser le problème à plus tard.

D’autant plus que si le choix du gouvernement de passer à un âge de départ à 65 ans venait à se réaliser, cela poserait d’importants problèmes de cohérence. Car, on aurait dans ce cas un même âge de départ à la retraite que les Français, avec une espérance de vie moyenne à la naissance inférieure de 4 ans environ. Et là, je ne parle même pas de l'espérance de vie en bonne santé, où l’écart pourrait être probablement plus grand, vu l’état de notre système de santé et le nombre de personnes vivant dans une situation de précarité au Maroc.

 

Mais d’autres alternatives existent

La plus criante, mais en même temps la plus occultée, est celle de voir l’informel comme une armée de réserve démographique. Car des millions de jeunes travaillent dans l’informel, mais ne cotisent pas. Si ces derniers venaient à être intégrés dans le secteur formel, leur jeune âge et leurs cotisations feraient d’eux une sorte de nouveaux nés du point de vue des caisses de retraite. Rappelons que quand on parle de l’informel, on parle de 77% de la main-d'œuvre marocaine selon un récent rapport de la Banque mondiale.

C’est le taux le plus élevé de la région MENA. Il y a là de quoi donner un second souffle à nos caisses de retraite. L’autre levier sur lequel on pourrait agir, est celui de la productivité du travail. Puisque, pour une raison très simple, si cette dernière venait à augmenter de manière importante dans les décennies à venir, les niveaux de revenus, de richesses créées et de cotisations augmenteront proportionnellement. Cela équivaudrait à doubler la taille de population active du point de vue économique, en gardant la même taille du point de vue démographique. Autrement dit, la productivité d’un travailleur marocain dans 20 ans, devra être l’équivalent de celle de 2 ou 3 Marocains aujourd’hui. Cette multiplication s’applique par conséquent aussi aux cotisations. Ainsi, acheter du temps c’est bien, mais pour en faire quoi ?

C’est une autre paire de manches. Nous avons aujourd’hui la possibilité d’explorer de nouvelles pistes novatrices pour résoudre l’actuel et futur problèmes de nos caisses de retraite, sans reproduire les erreurs d’autres pays, qui résument globalement le problème à une question d’âge de départ à la retraite. Abraham Maslow disait : «Si le seul outil que vous avez est un marteau, vous tendez à voir tout problème comme un clou». 

 

 

Par Rachid Achachi, chroniqueur, DG d’Archè Consulting

 

 

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