Avec la nouvelle baisse du taux directeur de Bank Al-Maghrib à 2,25 %, la détente des taux obligataires au Maroc s’accélère, particulièrement sur les maturités moyennes et longues. Entre une inflation maîtrisée, une gestion budgétaire rigoureuse, l’arrivée de nouveaux flux institutionnels et la possibilité d’une émission d’Eurobond, les rendements souverains devraient continuer leur repli.
Par Gh. Bennani
L'évolution des taux obligataires au Maroc suit une dynamique baissière, qui devrait s’accélérer sur les maturités moyennes et longues d’ici la fin de l’année 2025. La nouvelle décision de Bank Al-Maghrib de baisser son taux directeur de 25 points de base à 2,25 % vient renforcer cette tendance, dans un contexte où l’inflation est maîtrisée et où le déficit budgétaire se réduit progressivement.
Cette orientation monétaire plus accommodante, combinée à une gestion budgétaire prudente et à des flux croissants vers les obligations longues, laisse entrevoir un potentiel de détente supplémentaire des rendements souverains.
La décision de Bank Al-Maghrib repose sur un environnement macroéconomique favorable. Après avoir atteint 0,9% en 2024, l’inflation devrait remonter légèrement, mais rester modérée, oscillant autour de 2% à moyen terme. Cette stabilité des prix permet à la Banque centrale d’adopter une politique monétaire plus accommodante, visant à soutenir l’activité économique tout en maintenant un cadre financier équilibré.
Dans ce contexte, la baisse du taux directeur à 2,25% crée un espace supplémentaire pour une détente des taux obligataires, avec un impact qui devrait être plus marqué sur les maturités moyennes et longues, où le potentiel de correction reste important. Parallèlement, la réduction progressive du déficit budgétaire, attendue à 3,9% du PIB en 2025, témoigne d’un effort de consolidation des finances publiques qui limite la pression sur les adjudications du Trésor.
Un expert du marché obligataire souligne qu’«en 2025, le Maroc affiche une gestion rigoureuse de ses finances publiques, ayant dégagé une marge budgétaire d'environ 150 milliards de dirhams entre 2021 et 2024 grâce à l'augmentation des recettes fiscales et à la réduction du déficit budgétaire». Cette discipline budgétaire, combinée à une augmentation attendue des recettes fiscales à 320,1 milliards de dirhams, permet au gouvernement de mieux calibrer ses émissions de dette et d’optimiser son coût de financement. Notre source ajoute que «le gouvernement prévoit un déficit budgétaire de 58,2 milliards de dirhams en 2025, en légère baisse par rapport aux années précédentes, un objectif rendu possible grâce aux hausses de la TVA, de l’impôt sur les sociétés (IS) et de l’impôt sur le revenu (IR)».
Cette trajectoire budgétaire maîtrisée constitue un facteur supplémentaire de détente des taux, en réduisant la pression sur les besoins de refinancement du Trésor. Dans la continuité des facteurs favorisant la détente des taux, la gestion des tombées des bons du Trésor apporte un élément de soutien supplémentaire, bien que son effet demeure plus secondaire. Notre expert souligne qu’«en 2025, le Maroc prévoit un volume total de tombées de bons du Trésor autour de 109 milliards de dirhams, dont 101 milliards sur le marché intérieur et 8 milliards à l’international. À ce jour, le reste de l’encours des tombées de bons du Trésor est de 87 milliards de dirhams».
Ce niveau, en ligne avec la moyenne historique, ne devrait pas exercer de pression particulière sur les taux, d’autant que les séances d’échange prévues par le Trésor permettront de lisser ces échéances et de réduire les pics de remboursement. «Concernant le calendrier de remboursement, il peut influencer les taux obligataires en agissant sur plusieurs facteurs. Un remboursement régulier peut renforcer la perception de stabilité de l'État», ajoute notre interlocuteur.
En optimisant son profil de dette, le Trésor évite ainsi un afflux massif d’émissions sur le marché primaire, ce qui participe au climat de stabilité des rendements. Un autre élément clé à surveiller est la possible émission d’un Eurobond par le Maroc en 2025. Avec la baisse des taux en zone Euro, cette opération pourrait permettre au Trésor de lever des fonds en Euro à des conditions avantageuses, réduisant ainsi son recours au financement domestique. Ce contexte est d’autant plus propice que le Fonds monétaire international (FMI) vient d’accorder un décaissement de 496 millions de dollars au Maroc dans le cadre de la Ligne de Précaution et de Résilience (LPR).
Ce soutien, qui s’ajoute aux précédents décaissements obtenus en 2023 et 2024, témoigne de la confiance des institutions financières internationales dans la solidité macroéconomique du pays et sa capacité à honorer ses engagements. Cette crédibilité renforcée auprès des investisseurs étrangers pourrait faciliter l’émission d’un Eurobond et améliorer les conditions de financement du Trésor. Une source proche du marché rappelle que «l’émission d’un Eurobond par l’État marocain pourrait influencer le marché obligataire domestique de plusieurs manières. Les fonds levés à l’international permettent de réduire les émissions locales et l’offre de bons du Trésor en Dirham diminuera, entraînant une possible baisse des taux».
En parallèle, la demande pour les obligations moyennes et long terme devrait être stimulée par l’arrivée de nouveaux flux institutionnels vers les OPCVM OMLT dès le deuxième trimestre 2025. La tendance haussière de leur actif net en 2024 autour de 19% témoigne d’un intérêt croissant des investisseurs pour ces véhicules, accentuant la pression baissière sur les rendements. Enfin, la réception par le Trésor du premier acompte de l’impôt sur les sociétés constituera un soutien budgétaire supplémentaire, réduisant son besoin de financement sur le marché primaire et contribuant à la détente des taux.
Si tous les signaux plaident en faveur d’une poursuite de la baisse des taux, notamment sur les maturités moyennes et longues, la prudence reste de mise. La détente monétaire initiée par Bank Al-Maghrib, la gestion rigoureuse des finances publiques et l’afflux des investisseurs institutionnels vers les obligations longues créent un contexte favorable, mais l’environnement reste en constante évolution. La trajectoire des taux dépendra aussi de l’évolution du contexte macroéconomique national, des flux de liquidité et, surtout, des tensions géopolitiques internationales qui pourraient rebattre les cartes et impacter les marchés financiers. Dans ce climat, les investisseurs devront rester attentifs aux ajustements de politique monétaire et aux éventuelles pressions externes pouvant influer sur la courbe des taux. La baisse des rendements semble encore avoir du potentiel, mais la vigilance reste de rigueur.