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Marché des dettes souveraines: les conditions se corsent

Marché des dettes souveraines: les conditions se corsent

Après plus de deux ans de conditions financières très favorables, les États emprunteurs vont voir le coût de l'argent remonter avec la hausse programmée des taux d'intérêt de la FED. Un virage qui a déjà commencé.

 

Par Y. Seddik

Depuis le début d'année, le regard des investisseurs est rivé sur la hausse rapide des rendements  obligataires, les taux d'intérêt à 10 ans connaissant en effet une remontée spectaculaire. Le taux à 10 ans avoisine les 1,9% pour se rapprocher du seuil très symbolique des 2%. Autre symbole fort : le rendement du Bund allemand (10 ans donc), est passé en territoire positif pour la première fois depuis mai 2019.

Le principal élément d’explication provient, bien évidemment, de la politique monétaire des grandes Banques centrales. La tendance est à la normalisation. La FED  prévoit que les taux directeurs passeront en moyenne à 0,9% fin 2022, à 1,6% fin 2023, avec deux hausses prévues dans l'année, puis à 2,1% en 2024, avec deux hausses également et, enfin, 2,5% à long terme. Les taux longs retrouvent donc leurs plus hauts niveaux postpandémie, tant aux États-Unis qu’en Europe. Un contexte qui va sans doute être pénalisant pour le Trésor marocain dans sa quête de  financements dans les marchés de la dette extérieure en 2022.

En effet, après avoir réalisé des financements extérieurs de plus de 60 milliards de DH en 2020 suite à deux levées à l'international de près de 40 milliards de DH, le Trésor a boudé le marché international en 2021. Il a mobilisé des ressources externes de 15,6 milliards de DH à fin novembre 2021, soit un taux de réalisation de seulement 38% des financements extérieurs estimés par la LF 2021 à 41 milliards de DH. À l'origine, un redressement visible des recettes ordinaires conjugué à la réalisation des financements innovants du Trésor. Cette année, les besoins de financement prévus pour le Budget 2022 seront couverts par le recours aux emprunts de moyen et long terme : 65,4 milliards de DH sur le marché domestique et 40 milliards de DH en tant que financement extérieur. Compte tenu du reprofilage du marché de la dette à l'international, marqué par des anticipations de hausse des taux américains suite au durcissement de la politique monétaire de la FED, AGR retient «un scénario plus conservateur quant à la réalisation des financements extérieurs de 80%, soit de 32 milliards de DH en 2022».

La dernière sortie du Royaume sur le marché international remonte à décembre 2020, date à laquelle le Trésor avait levé 3 milliards de dollars en trois tranches à des conditions favorables. Si le Trésor venait à solliciter cette année les bailleurs de fonds internationaux, il devrait être en mesure d’offrir une prime de rendement intéressante, censée compenser les investisseurs et, surtout, bien étudier le timing de l’opération. Actuellement, la prime de risque évaluée par le CDS 5 ans Maroc tourne autour de 120 pbs (5 novembre 2022), soit un niveau à peu près équivalent aux primes de risque du Mexique et de la Grèce. Aussi, les dernières publications des agences de notation internationales peuvent être source d’inquiétudes pour les investisseurs, affectant ainsi la signature de l’Etat et son spread.  Fitch Ratings a dégradé la note du Maroc en octobre 2020, puis Standard & Poors en avril 2021, le tout combiné à la perte de l’Investment Grade. Un statut avait permis au Maroc de réussir ses dernières sorties.

«La perte de l’Investment Grade ne devrait pas représenter un sujet d’obsession, car les dépenses supplémentaires concernent d’abord la santé, la généralisation de la protection sociale et le nouveau modèle de développement. Ce sont là des initiatives qui seront créatrices de bien plus de valeur ajoutée pour le pays à long terme qu’une restriction budgétaire tous azimuts», estime toutefois Omar Fassal, stratégiste et expert en finance internationale. Enfin, l’emprunt à l'international et les financements innovants vont apaiser les tensions sur le marché domestique, quand on voit le rythme des levées du Trésor en janvier et la hausse des taux engendrée (24 milliards de DH  de levées contre un besoin annoncé de 12,8 milliards de DH). Après ce mois, «la courbe primaire devrait renouer avec une tendance stable durant les séances à venir et les pressions sur les finances du Trésor vont s’alléger au cours des prochains mois», tempère un gérant de fonds obligataire. 

 

 

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