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Hausse du Dollar: les équilibres économiques sous pression

Hausse du Dollar: les équilibres économiques sous pression

La hausse du billet vert renchérit le coût des importations des produits de base pour le Maroc.

Le coût de remboursement de la dette extérieure tend également à augmenter à mesure que le Dollar se renforce.

 

Par Y. Seddik

Jamais le Dollar n’avait été aussi fort depuis deux décennies. Depuis le début de l’année, le Dollar Index, qui mesure la variation du Dollar américain face à un panier de six devises majeures, a augmenté à 104,19 points (au plus haut depuis 2002). La parité USD/MAD, quant à elle, a dépassé le seuil de 10 pour la première fois depuis 2 ans jeudi dernier, avant de clôturer la semaine à 9.99. Le Dirham se déprécie face à l’USD pour la 5ème semaine consécutive.

«À l’origine, un effet panier restrictif pour le MAD de +1,58% contre un effet liquidité quasi-neutre de 0,06%. Le Dollar s’est ainsi apprécié de +1,64%, soit la plus forte hausse hebdomadaire de l’année», expliquent les analystes de Attijari Global Research dans une note. La flambée des prix des matières premières à l’international a aussi contribué à la hausse des importations en devises et donc à l’appréciation du dollar face au dirham.

Changement de cap de la politique monétaire américaine, guerre en Ukraine, super-cycle des matières premières, perturbation du commerce international, ralentissement de l’économie mondiale, inflation…, les facteurs favorisant le renforcement du Dollar américain sont nombreux.

Parallèlement, la demande pour la monnaie de réserve internationale va continuer à s’intensifier, alors que la FED a annoncé la réduction de son bilan (en retirant de la liquidité) à partir du mois prochain. La hausse du billet vert n’est une bonne nouvelle pour presque aucun pays. Les manuels d’économie nous enseignent qu’un Dollar fort pousse l’activité économique des États-Unis à ralentir et l’inflation américaine à être exportée.

Une inflation que le Maroc importe et paye cher, comme en témoignent les récentes évolutions macroéconomiques. En réalité, pour l’économie marocaine, la hausse du Dollar a un impact direct sur la balance commerciale, avec des importations de produits de base mécaniquement plus chers, car elles sont le plus souvent libellées en Dollar. Cela, au moment où les prix de ces produits connaissent une envolée sans précédent. Notons au passage que les réserves en devises du Maroc se sont établies à 329,2 milliards de DH, l’équivalent de 6 mois et 11 jours d’importations.

«En tant que pays importateur net de pétrole, l’appréciation des prix des produits énergétiques à l’international rehausse les paiements du Maroc en devises. Une situation qui induit des pressions sur les conditions de liquidité et sur le MAD à court terme», explique le bureau recherche.

Toutefois, le Maroc pourra légèrement contrebalancer cela grâce à ses secteurs exportateurs, dont en tête celui des phosphates qui a presque doublé ses exportations pour atteindre 24,54 milliards de dirhams à fin mars. D’autres secteurs comme les mines, dont les cours sont fixés en Dollar, sont également bien lotis. «Au vu des conditions de marché et des niveaux faibles du Dirham, nous recommandons aux exportateurs en Dollar de mettre en place des stratégies de couverture flexible à court terme», recommande AGR.

 

Impacts sur la dette extérieure

Par ailleurs, le Maroc fait face à un problème supplémentaire. Il s’agit du service de la dette extérieure, avec un coût de remboursement (charge d’intérêts) qui tend à augmenter à mesure que le Dollar se renforce. Cependant, ce risque de change est plutôt maîtrisable. En effet, la part de la dette libellée en devises dans le portefeuille de la dette du Trésor représente près de 24,6%. Cette dette est composée de 60,6% de dette libellée en Euro et de 33,8% en Dollar US et devises liées. Cette structure, qui reste proche de celle du panier de cotation du Dirham, permet en fait d’atténuer l’exposition du portefeuille de la dette extérieure publique au risque de change et d’en limiter l’impact sur l’encours et le service de la dette. Rappelons que sur la seule année 2021, le Maroc a honoré 41 milliards de DH de dettes extérieures.

Cette année, le Royaume devra faire face à des tombées de remboursement importantes de 43 milliards de DH (dont 17 Mds en Eurobonds), selon les projections du service de la dette extérieure publique du département des Finances. En outre, le Trésor, qui envisage de recourir au marché international pour lever environ 40 milliards de DH (près de 4 milliards de dollars) comme prévu dans le Budget 2022, devra lever le pied au vu de ces circonstances.

 

Quelles prévisions pour le Dirham sur les 3 prochains mois ?

Compte tenu des prévisions sur l’EUR/USD et des conditions de liquidité du marché des changes interbancaire, les analystes de AGR ont revu leur prévisions de l’USD/MAD sur les 3 mois à venir.

Ainsi, le MAD devrait s’apprécier face à l’USD sur 1 mois et se déprécier à horizon 2 mois avec des flux imports plus importants en cette période de l’année, surtout avec l’augmentation des prix des produits importés. Le dirham devrait s’apprécier à horizon 3 mois. Cette période coïncide avec les rentrées des recettes voyage et MRE.

Rappelons que le Maroc s’apprête à accueillir la 2ème opération «Marhaba 2», après un franc succès lors de la première édition. Les niveaux cibles de la parité USD/MAD ressortent à 9,94; 10,01 et 9,91 à horizons 1, 2 et 3 mois contre un cours spot de 9,99. Le Dirham devrait par contre se déprécier face à l’Euro sur les mêmes horizons. Les niveaux cibles de la parité EUR/MAD ressortent à 10,64; 10,71 et 10,60 à horizons 1, 2 et 3 mois contre un cours spot de 10,56.

 

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