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Hausse des prix-sécheresse: faut-il une Loi de Finances rectificative ?

Hausse des prix-sécheresse: faut-il une Loi de Finances rectificative ?

Dans toute l’histoire de la vie budgétaire du Maroc, seules quatre Lois de Finances rectificatives ont été produites.

Pour bon nombre d’économistes, plusieurs facteurs objectifs militent pour en adopter une, compte tenu des nouvelles donnes endogènes et exogènes.

 

Par M. Diao

Sur le plan économique, voire social, le Maroc frappé, par une sécheresse aigue, traverse une situation délicate. La flambée des prix des matières à l’international donne aussi du fil à retordre à l’Exécutif, aux ménages soucieux de préserver leur pouvoir d’achat ainsi qu’aux entreprises. D’ailleurs, Aziz Akhannouch, chef du gouvernement, lors d’une sortie publique, a reconnu récemment que le pays vit une situation difficile. Plusieurs facteurs objectifs ont charrié les hypothèses sur lesquelles le gouvernement s’est basé dans le cadre de l’élaboration de la Loi de Finances 2022, pour projeter un taux de croissance de 3,2% du PIB, déjà revu à la baisse par des entités publiques habilitées (BAM et HCP).

Concrètement, la sécheresse, à laquelle s’ajoutent la hausse des cours sur le marché international des céréales, celles des denrées de base et des produits énergétiques, balayent du revers de la main les hypothèses d'une récolte céréalière de 80 millions de quintaux et d'un prix moyen du gaz butane de 450 dollars/tonne, tels que retenus par la Loi de Finances de 2022. Pour preuve, les chiffres officiels relayés récemment par le gouvernement font état d’un prix de 854 dollars/tonne pour le gaz butane (de janvier 2022 jusqu’au au 14 février 2022). Concernant les céréales, le prix d'un quintal sur le marché international s'est élevé à 340 DH en 2022, contre 260 dirhams une année auparavant.

La même tendance haussière est observée pour les prix du sucre sur le marché international. Le cumul de ces hausses aura inexorablement un impact sur les charges de la Caisse de compensation, arrêtées dans la Loi de Finances 2022 autour de 16 Mds de DH. Interrogé sur l’opportunité pour le gouvernement d’élaborer une Loi de Finances rectificative prenant en compte l’impact de ces facteurs exogènes et endogènes, Hicham Mouchir, économiste et expertcomptable, apporte une réponse ne souffrant d’aucune ambiguïté.

 

Une Loi de Finances rectificative est souhaitable

«Les conditions économiques qui prévalent à l’échelle nationale et internationale sont mauvaises. La hausse vertigineuse des prix des matières premières sur le marché international, la sécheresse qui s’est abattue sur le Maroc et bien d’autres facteurs difficilement maîtrisables (risques géopolitiques, résurgence de la pandémie), militent en faveur d’un recours à une Loi de Finances rectificative entre avril et mai 2022», suggère l’économiste. Et de rappeler  : «Les conséquences économiques de la Covid-19 seront encore perceptibles cette année. Pour rappel, plus de 10.500 entreprises ont mis la clef sous la porte en 2021». Dans toute l’histoire de la vie budgétaire du Maroc, seules quatre Lois de Finances rectificative ont été produites, notamment en 1979, 1983, 1991 et 2020. Jusquelà, le gouvernement, qui sera amené à soutenir les transporteurs impactés par la hausse vertigineuse des prix des carburants, n’a pas laissé entendre une quelconque volonté de recourir à une Loi de Finances rectificative, soumise au vote du Parlement.

Et pourtant, l’actualité économique de ces derniers jours a été dominée par les annonces relatives au soutien des secteurs du tourisme (2 Mds de DH) et de l’agriculture (10 Mds de DH). Pour l’heure, en l’absence d’une communication claire de la part du gouvernement, difficile de dire si l’intégralité des sommes précitées a été budgétisée ou pas pour l’année 2022. Ce qui est sûr, c’est que sur les 10 Mds de DH qui seront consacrés au secteur agricole sinistré, 3 Mds de DH proviendront du Fonds Hassan II pour le développement économique et social.

«L’élaboration d’une Loi de Finances rectificative permettra au gouvernement de budgétiser toutes les dépenses qui seront engagées afin d’atténuer les effets de la sécheresse, l’augmentation des prix et la préservation du pouvoir d’achat des Marocains», analyse Hicham Mouchir. «Il sera aussi question de reconsidérer les recettes publiques qui devraient baisser par rapport aux projections de la Loi de Finances 2022. Et ce, eu égard à la contraction de la croissance qui sera inévitable», ajoute-t-il. Pour 2022, l’économiste reconnaît que le gouvernement devra résoudre une équation économique et sociale, complexifiée par un niveau d’endettement public global (record) qui frôlerait les 100% du PIB, voire plus.

Au final, les tensions géopolitiques et l’invasion de l’Ukraine par la Russie font le lit d’une hausse durable des prix des hydrocarbures et du blé sur le marché international. Une situation pour le moins inconfortable pour les finances publiques, déjà fragilisées par la crise liée à la Covid-19. 

 

 

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