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Gouvernance: «Nous avons aujourd’hui au Maroc des profils de haut niveau de femmes dirigeantes»

Gouvernance: «Nous avons aujourd’hui au Maroc des profils de haut niveau de femmes dirigeantes»

Sara EL Qouatli, directrice de mission chez OFinance, nous parle des conclusion du dernier focus «Gouvernance au féminin» réalisé par le cabinet à l’occasion du 8 mars.

 

Propos recueillis par A. Hlimi

Finances News Hebdo : Quel état des lieux faites-vous aujourd’hui de la représentativité des femmes au sein des organes de gouvernance au Maroc ?

Sara El Qouatli : A l’heure où les enjeux de RSE et de développement durable s’inscrivent de plus en plus dans les agendas des conseils et suscitent l’intérêt des parties prenantes, la question de la représentativité des femmes au sein des Conseils d’administration devient un sujet d’actualité. En effet, en juillet 2021, le Maroc a fait un progrès important en faveur de la représentativité des femmes dans les instances de gouvernance des sociétés anonymes faisant appel public à l’épargne à travers l’entrée en vigueur de la loi 19.20.

A l’horizon 2024, la proportion des membres des Conseils d’administration de chaque sexe ne pourra être inférieure à 30%. Dans une approche graduelle, elle devra atteindre 40% à partir de janvier 2027. Ainsi, la composition des comités constitués au sein du Conseil d’administration, notamment ceux prévus par la loi (Comité d’audit, Comité des investissements, Comité des traitements et rémunérations…) devra aussi comporter, dès janvier 2024, au moins un représentant de chaque sexe. C’est dans ce contexte que nous avons décidé de consacrer notre dernier focus «Gouvernance au féminin» à ce sujet et qui fait ressortir quelques ratios révélateurs :

• Une part de femmes administratrices de 22% avec un nombre de mandats de 178 sur un total de 659 mandats.

• 8% des sièges de présidences de Conseil d’administration occupés par des femmes.

• 50 mandats d’administrateurs indépendants sont détenus par des femmes, représentant un taux de 36% du total des mandats indépendants au sens de la loi sur les SA. Ces chiffres restent inférieurs par rapport au minimum de 30% prévu par la loi et qui sont en vigueur à partir de janvier 2024.

 

F.N.H. : Comment se préparent les émetteurs APE à cet exercice d’entrée en vigueur des seuils imposés par la loi ?

S. E. Q. : Il y a certains émetteurs qui ont pris les devants en modernisant leurs instances et en forçant la représentativité des femmes, notamment dans le secteur financier. Et il y en a d’autres qui ont déjà anticipé ce sujet en réorganisant leurs conseils par le changement de mandats d’administrateurs personnes physiques et aussi les représentants des personnes morales qui sont pris en compte. L’impact concerne essentiellement les émetteurs où il n’y a pas ou peu de femmes, que ce soit au niveau des conseils ou du top management. Ils vont être ainsi amenés à les recruter et à les former dans un délai de 3 à 6 mois ! Ce sujet de représentation des femmes est un sujet d’actualité qui est débattu actuellement au sein des conseils. Les administrateurs sont conscients de l’importance de se conformer à cette nouvelle obligation, d’autant plus qu’il est assorti de sanctions dissuasives au niveau de la loi (non versement des jetons de présence et nullité des nominations n’ayant pas pour objectif de régulariser la situation).

 

F.N.H. : Y a-t-il suffisamment de candidates femmes pour combler ce besoin en administratrices ? Comment faire leur promotion ?

S. E. Q. : Les profils et les compétences existent (club CFA, lauréats CAS IMA-UIR, expertscomptables…). Nous avons aujourd’hui au Maroc des profils de haut niveau de femmes dirigeantes en organisation, ressources humaines, finances, marketing… Il suffit que les sociétés concernées aient la volonté de s’ouvrir à de nouvelles compétences et de décloisonner leurs conseils. Être administratrice ça ne s’improvise pas ! On apprend à le devenir ! Qualités personnelles, leadership, prise de parole, expérience managériale doivent être complétées par un parcours de formation adéquat aux règles de fonctionnement de la société anonyme cotée en Bourse. Nous y contribuons à notre niveau avec les programmes de formation Executive de Ofinance Academy. Les femmes doivent être aussi accompagnées pour la recherche de mandats et l’entrée en relation avec les émetteurs. Le CFA (Club des femmes administratrices) est un levier intéressant pour booster une carrière d’administratrice.

 

F.N.H. : On parle souvent de femmes administratrices. Quid de la présence des femmes dans le top management de ces sociétés ?  

S. E. Q. : Un score faible ! En témoigne le taux de présence des femmes au sein du top management des émetteurs APE au Maroc qui se situe à peine à 23%. A mon avis, les entreprises, à partir d’une certaine taille, doivent encourager la présence féminine au sein de leur équipe dirigeante. Que faire ? La politique des quotas ou de «discrimination positive» a fait ses preuves dans tous les pays où elle a été introduite au départ par les codes de bonne gouvernance, puis par la réglementation. C’est d’ailleurs le cas de la France qui a démarré ce chantier depuis 2011 à travers l’entrée en vigueur de la loi «CopéZimmermann» fixant un seuil de représentation des femmes administratrices de 30%, puis de 40%. La France est considérée aujourd’hui comme modèle sur ce sujet avec un taux de 46,4% pour les sociétés du CAC 40. En 2021, des quotas dans les postes de direction des grandes entreprises ont été instaurés par la loi Rixain qui a fixé un seuil de 40% de femmes cadres dirigeantes d'ici 2030, sous peine de pénalité financière (1% de la masse salariale au maximum) pour les entreprises employant au moins 1.000 salariés. Elles devront compter au moins 30% de femmes cadres dirigeantes et membres d’instances dirigeantes à partir du 1er mars 2026, puis 40% au 1er mars 2029. En conclusion, c’est un bon début, en espérant que cette législation sortira du cadre limité des entreprises faisant appel public à l’épargne et concernera également les moyennes et grandes sociétés, en se basant sur un certain nombre de critères, notamment le chiffre d’affaires, l’effectif…, comme c’est le cas dans d’autres pays.

 

 

 

 

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