Processus financiers, systèmes d'information, gestion des données ou encore paiements : la facturation électronique promet des changements qui dépassent largement le cadre de la simple facture.
Par K. A.
Au-delà de son volet réglementaire, la facture électronique s'annonce comme un chantier de transformation majeur pour les entreprises. Pour Rachid Saïh, Directeur général du Centre monétique interbancaire (CMI), l’enjeu dépasse largement la simple dématérialisation des documents.
«L’avenir ne réside plus uniquement dans la digitalisation des services, mais dans la capacité à les intégrer au sein de parcours utilisés quotidiennement par les citoyens et les entreprises», a-t-il souligné à l’ouverture d’une rencontre avec la presse. Derrière cette évolution, se profile également un changement de paradigme. La facture n'est plus appelée à être un simple document administratif, mais un flux de données pouvant circuler automatiquement entre entreprises, banques et administrations. Une transformation qui ouvre la voie à une automatisation croissante des processus financiers.
La dynamique est mondiale. Selon les experts réunis lors du panel d’ouverture, plus de 80 pays ont déjà adopté la facturation électronique, tandis qu’une cinquantaine d’autres préparent son déploiement. La réforme vise à automatiser une partie croissante des opérations liées à la facturation. «La facture devient un message», résume un intervenant. Autrement dit, la facture électronique est appelée à circuler directement entre les systèmes d'information des entreprises, des banques et de l'administration, avec moins de traitements manuels et moins de risques d'erreur.
À terme, l'émission, la transmission, la validation ou encore le traitement comptable des factures pourraient s'effectuer de manière beaucoup plus fluide, avec une intervention humaine réduite. Selon les intervenants, cette automatisation devrait permettre de limiter les erreurs, d’accélérer les délais de traitement et d’améliorer la qualité des données financières.
Une révolution pour les DAF
Pour les directeurs administratifs et financiers (DAF), la réforme représente un changement de paradigme. Le Directeur général du Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM), El Hadi Chaïbaïnou, a rappelé que la facturation électronique s’inscrit pleinement dans la stratégie Maroc Digital 2030 et dans la dynamique de digitalisation déjà engagée par l’administration fiscale.
Il a notamment salué les avancées réalisées ces dernières années en matière de télédéclaration, de télépaiement et de digitalisation des procédures fiscales. Mais pour les experts présents, considérer la facture électronique comme un simple projet fiscal ou informatique serait une erreur. Plusieurs retours d’expérience internationaux montrent que les entreprises qui limitent le projet à la conformité réglementaire passent souvent à côté de ses véritables bénéfices. «C’est un projet d’entreprise», résume une consultante spécialisée ayant accompagné plusieurs déploiements à l’international.
La qualité des données
Pour les experts, la réussite de la facture électronique ne dépendra pas uniquement des outils déployés, mais aussi de la qualité des données utilisées par les entreprises. Avant même de penser aux plateformes ou aux logiciels, les entreprises devront revoir leurs référentiels clients et fournisseurs, corriger les doublons, mettre à jour les informations obsolètes et harmoniser les données utilisées dans leurs différents systèmes.
Pour les grands groupes, le défi peut être encore plus complexe. Beaucoup fonctionnent aujourd’hui avec plusieurs ERP hérités de fusions, d’acquisitions ou d’évolutions successives de leur organisation. L’arrivée de la facturation électronique pourrait accélérer les projets d’intégration ou d’harmonisation des systèmes d’information. Dans ce cadre, le principal message adressé aux entreprises est clair : il ne faut pas attendre la publication définitive du cadre réglementaire pour commencer les préparatifs.
Selon les intervenants, la phase de préparation peut durer entre 6 et 18 mois selon la taille et la maturité de l’entreprise. Plus encore, une grande partie des travaux nécessaires (cartographie des flux, revue des processus, nettoyage des données ou préparation des équipes) peuvent être engagés dès aujourd’hui. L’expérience des pays déjà passés à la facturation électronique montre que les organisations ayant anticipé la réforme ont généralement transformé cette contrainte réglementaire en levier de performance. À l’inverse, celles qui ont attendu les dernières échéances se sont souvent retrouvées dans des projets menés dans l’urgence.