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Déficit public : Le Maroc de plus en plus addict à la dette extérieure

Déficit public : Le Maroc de plus en plus addict à la dette extérieure

Après un bond de 9% en 2019, la dette extérieure du Maroc est condamnée à progresser encore plus rapidement en 2020 et 2021.

 

Par A. Hlimi

 

Qu'elle soit bilatérale, multilatérale ou de marché, la dette extérieure du Maroc a atteint 586 Mds de dirhams à fin 2019, en hausse de 9% par rapport à 2018, et devrait continuer à progresser cette année. La Loi de Finances rectificative, concoctée en réaction à la pandémie, ouvre la voie à cette éventualité, puisqu'elle permet de rehausser le plafond de cette catégorie de dette de 31 Mds de dirhams à 60 Mds de DH. Depuis, le Maroc a accéléré les «accords» avec les institutions internationales et ses partenaires historiques pour des financements ciblés, concernant le secteur de la santé notamment.

Il a aussi fait appel aux marchés internationaux en émettant 1 Md d'euros, emprunt appelé à être consommé à court terme, puisque le Maroc a fait face en début de semaine à une tombée en Euros d’un montant équivalent. Et si l'on se fie aux projections du budget rectificatif, le Maroc va de nouveau devoir faire appel aux emprunts extérieurs durant les quelques semaines qui nous séparent de 2021.

«Le Trésor devrait poursuivre son recours au financement extérieur auprès des institutions internationales ou encore sur les marchés des capitaux de la dette en devise d’ici la fin de l’année», écrivent les analystes d'Attijari Global Research dans une note où ils estiment que le Maroc a bénéficié de bonnes conditions de sortie pour son emprunt. Ainsi, selon les calculs du bureau de recherche filiale du groupe Attijariwafa bank, «le reliquat à financer par tirages extérieurs est estimé à près de 25 Mds de DH au quatrième trimestre».

Dans ces conditions, la quotepart de la dette extérieure pourrait franchir la barre des 25% suite au relèvement du plafond de la dette extérieure du Maroc, un niveau en ligne avec le benchmark de référence du Trésor. De ce fait, la dette extérieure devrait dépasser les 200 Mds de dirhams. Un chiffre à mettre en perspectives avec nos réserves en devises, qui devraient s'établir à près de 300 Mds de dirhams en fin d'année.

Un mal nécessaire

Plusieurs raisons vont justifier que l'Etat privilégie la dette en devises durant cette période d'incertitudes. La principale est liée au risque d'éviction que l'on pourrait créer en mettant trop de pression sur les investisseurs locaux afin de financer le déficit budgétaire attendu à plus de 7% cette année.

Ces investisseurs financeraient l'Etat au détriment d'un secteur privé encore en réanimation. L'Etat souhaiterait également profiter de l'abondance des liquidités des investisseurs étrangers, confrontés à des taux de rendement extrêmement bas dans l'hémisphère nord. D'ailleurs, et même si les conditions de l'emprunt émis en septembre sont plus dures qu'en 2019, à cause de la hausse des primes de risque pour toutes les économies du monde, le taux appliqué reste meilleur que les conditions en local. Enfin, et comme l'explique AGR, faire pression sur le marché local expose «l'Etat à une volatilité accrue des taux souverains sur le court terme».

Cette situation risque d'impacter négativement la dynamique du secteur bancaire ainsi que la valorisation de l'épargne publique, puisque les institutionnels locaux et les OPCVM s'accaparent plus de 60% de la dette intérieure du Trésor. En d'autres termes, l'Etat doit éviter impérativement une hausse des taux sur le marché local, qui provoquerait une correction sur le marché obligataire, seul compartiment du marché des capitaux, et pas des moindres, à se maintenir en forme après la crise.

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