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Cybersécurité dans les banques: «Avec la digitalisation croissante, les risques sont amplifiés»

Cybersécurité dans les banques: «Avec la digitalisation croissante, les risques sont amplifiés»

Au Maroc, le secteur financier est l’un des principaux marchés de la cybersécurité. Cette dernière permet, entre autres, de protéger les données des clients et prévenir les pertes financières. Entretien avec Mohamed Tmart, fondateur du cabinet CapValue et expert en sécurité informatique.

 

Par Ibtissam Z.

Finances News Hebdo : Dans un contexte de menaces numériques croissantes, quels sont les principaux risques de cybersécurité auxquels les institutions financières sont actuellement confrontées ?

Mohamed Tmart : Les institutions financières sont confrontées à divers risques de cybersécurité, principalement les attaques de phishing, les ransomwares, les violations de données et les attaques DDoS. Avec la digitalisation croissante, ces risques sont amplifiés. Les attaques de phishing visent à obtenir frauduleusement des informations sensibles, tandis que les ransomwares peuvent paralyser les systèmes en chiffrant les données et en exigeant une rançon. Les violations de données compromettent la confidentialité et peuvent entraîner des sanctions réglementaires. Les attaques DDoS perturbent les services en ligne, affectant la réputation et la fiabilité des institutions. Les institutions financières doivent aussi se préoccuper des menaces internes et des risques liés à la négligence des collaborateurs. L’essor des services bancaires mobiles introduit de nouveaux vecteurs d’attaque. Il est donc essentiel d’adopter des stratégies de sécurité évolutives et de coopérer avec toutes les institutions pour contrer efficacement ces menaces.

F.N.H. : Comment la cybersécurité façonne-t-elle l'évolution du secteur bancaire ?

M. T. : La cybersécurité est devenue un pilier central dans l'évolution du secteur bancaire, guidant l'innovation et les stratégies de service. Avec la numérisation, les banques adoptent des technologies de sécurité avancées pour protéger les transactions en ligne. Cette évolution influence la confiance des clients, car ils attendent des niveaux élevés de protection de leurs données. La conformité avec les réglementations de cybersécurité est également cruciale pour la gouvernance et la réputation des banques. En outre, la cybersécurité façonne l’approche des banques en matière de développement de produits et de services. En intégrant la sécurité dès la conception, les banques peuvent offrir des solutions numériques innovantes tout en garantissant la protection des données des clients. Cette intégration renforce également la résilience des systèmes bancaires face aux évolutions rapides des menaces, contribuant ainsi à la stabilité globale du secteur financier.

F.N.H. : Les cyberattaques se classifient en plusieurs categories. Pourriez-vous detailler les impacts specifiques de ces attaques sur le secteur bancaire ?

M. T. : Les cyberattaques varient en nature et impact. Les attaques de phishing peuvent entraîner le vol de données sensibles, les ransomwares causent des perturbations opérationnelles, et les violations de données engendrent des pertes financières et de réputation. Chaque type d'attaque présente des défis uniques, impactant la confiance des clients et exigeant des réponses réglementaires et de sécurité spécifiques. En plus de ces impacts, les cyberattaques ciblant le secteur bancaire peuvent aussi entraîner une perturbation significative des marchés financiers, surtout si elles affectent des systèmes de paiement critiques. Les banques doivent donc gérer non seulement les conséquences directes des attaques, mais aussi les effets indirects sur la confiance du marché et la stabilité financière. Cela exige une vigilance accrue et une préparation constante pour répondre efficacement à ces menaces diversifiées.

F.N.H. : Face à des menaces de plus en plus sophistiquées, quelles stratégies innovantes sont déployées par les banques pour renforcer leur sécurité numérique ?

M. T. : Pour contrer les menaces sophistiquées, les banques investissent dans l'intelligence artificielle et le machine learning pour la détection des fraudes, renforcent les protocoles d'authentification, et sensibilisent leur personnel et clients aux risques. Elles adoptent des politiques de gestion des risques et des plans de réponse aux incidents. La collaboration interbancaire pour le partage de renseignements est également une stratégie clé. Les banques mettent également l’accent sur la sécurisation de leur infrastructure informatique par des mises à jour régulières et le déploiement de solutions de sécurité de pointe. Elles réalisent également des tests de pénétration et des simulations d’attaques pour évaluer et améliorer continuellement leur résilience face aux cybermenaces. Cette approche proactive aide à anticiper les vulnérabilités potentielles et à renforcer les défenses avant qu’une attaque réelle ne se produise.

F.N.H. : Quel est le rôle de la Direction générale de la sécurité des systèmes d'information (DGSSI) dans le renforcement des normes de cybersécurité au Maroc, notamment avec les nouvelles réglementations ?

M. T. : La DGSSI joue un rôle crucial en établissant des normes de cybersécurité et en collaborant avec les institutions financières pour renforcer la sécurité des systèmes d'information. Elle fournit des directives, aide à évaluer les risques et assure le respect des réglementations. Son rôle est d'autant plus important avec l'introduction de nouvelles réglementations, orientant les banques vers des pratiques de sécurité plus rigoureuses. La DGSSI joue aussi un rôle essentiel de conseiller et de formateur pour les institutions financières, en les guidant dans la compréhension et la mise en œuvre des meilleures pratiques de sécurité. Elle facilite également la coopération et le partage de connaissances entre les différentes institutions financières, renforçant ainsi leur capacité collective à faire face aux menaces. Cette approche collaborative assure que les normes et les stratégies de sécurité restent à jour face aux menaces en constante évolution, contribuant ainsi à la protection globale du secteur financier marocain.

F.N.H. : Comment Bank Al-Maghrib surveille-telle les cybermenaces et quelles mesures préventives sont mises en place pour contrer ces risques ?

M. T. : Bank Al-Maghrib joue un rôle actif dans la surveillance des cybermenaces, en établissant des lignes directrices pour la gestion des risques de cybersécurité et en exigeant des banques qu'elles mettent en place des systèmes robustes de détection et de réponse aux incidents. Elle encourage les audits de sécurité réguliers et la mise en œuvre de plans de continuité des opérations, ainsi que la collaboration avec d'autres organismes comme la DGSSI pour une réponse coordonnée aux menaces. Bank Al-Maghrib, en tant que Banque centrale, sert de catalyseur et de pont entre les institutions financières et l’autorité nationale responsable de la stratégie de cybersécurité au niveau national. En établissant des lignes directrices pour la gestion des risques de cybersécurité, elle facilite l’alignement des pratiques des banques avec les normes nationales et internationales.

F.N.H. : Quelles sont vos recommandations pour améliorer la cybersécurité au Maroc ?

M. T. : Sur la base de mon expérience, je recommande une approche proactive, incluant la surveillance en temps réel, la formation continue et la collaboration intersectorielle. Renforcer les cadres réglementaires et investir dans la recherche et le développement de technologies avancées sont également essentiels pour anticiper et contrer les menaces émergentes. La sensibilisation et la formation des utilisateurs sont cruciales pour une culture de cybersécurité forte au sein des institutions financières. De plus, il est vital d’établir un dialogue constant entre les institutions financières, les autorités réglementaires et les sociétés de cybersécurité au niveau national et international pour partager les meilleures pratiques et les informations sur les menaces. Sans oublier qu’il est essentiel d’encourager la mise en place de centres d’opérations de sécurité (SOC) dédiés au sein des banques, ce qui permet d’améliorer la capacité de détection et de réponse aux incidents. 

 

 

 

 

 

 

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