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Crédit - Fonds propres - Dettes d’associés : les équilibres fragiles du financement des TPME

Crédit - Fonds propres - Dettes d’associés : les équilibres fragiles du financement des TPME

La dette auprès des associés et les fonds propres arrivent en tête des sources de financement de la TPME en 2024, avec des parts respectives de 30,7% et 28,7%.

 

Par J. M.

L'accès au financement est un enjeu majeur pour la pérennité et la compétitivité des entreprises, et plus encore pour les petites structures. Selon les données de l'Observatoire marocain de la TPME (OMTPME), 380.230 entreprises personnes morales actives (EPMA) ont été enregistrées en 2024, dont 329.242 microentreprises, 28.247 TPE et 16.951 PE. La répartition des sources de financement des TPE a montré que la dette auprès des associés vient en tête pour la période allant de 2017 à 2024. Elle aurait représenté 30,7% de leur passif en 2024, en hausse de 0,9 point par rapport à 2023.

Vient ensuite le financement par fonds propres avec une part estimée à 28,7%. Avec un passif du bilan principalement composé de fonds propres et de dettes auprès des associés, la mobilisation du capital demeure un réel enjeu de croissance. En effet, bien que moins contraignantes, ces ressources financières présentent des limites du fait de leur faible volume et de leur durée limitée dans le temps.

Parallèlement, les données de l’Observatoire présentent un encours de crédit bancaire octroyé aux EPMA réparti à 15,7% pour la microentreprise, 4,3% pour la TPE, 10,8% pour la PE et 10,4% pour la ME en 2024, soit un total de 41,2%. Les grandes entreprises concentrent la part la plus importante avec un taux de 58,8%. La répartition géographique de l’encours du crédit octroyé montre, pour sa part, que les entreprises opérant dans la région de Casablanca-Settat, représentant 38,7% de l’effectif total des entreprises étudiées, ont bénéficié en 2024 de 60,2% de l’encours total des crédits alloués. Celles situées dans la région de Rabat-Salé-Kénitra, représentant 14,8% de cet effectif, ont bénéficié quant à elles de 20,6% de cet encours contre 19% en 2023.

Selon l’économiste Khalid Doumou, «le financement bancaire de la TPME marocaine est insuffisamment décentralisé, ce qui alourdit les délais de prise de décision lorsque les dossiers retenus au niveau local doivent encore attendre l’aval des directions régionales». «Mais étant donné le désinvestissement actuel du nombre d’agences construites en dur (Brick and mortar) au niveau national, il semblerait que l’on soit en train de vivre des plans sociaux et des restructurations dans l’ensemble des agences du Royaume», rajoute-t-il. Une proximité insuffisante des agences bancaires couplée à la faible décentralisation du pouvoir de décision en matière d’octroi de financement, freinerait donc l’élan de l’accès au crédit et la couverture plus large des TPME existantes.

Une offre d'accompagnement à étoffer pour les TPME

Différents programmes ont été mis en place pour accompagner le développement des TPME. C’est le cas du programme Ana Moukawil, qui accompagne les unités informelles, les TPE et les autoentrepreneurs dans leur formalisation et leur gestion, principalement à travers des services en ligne. Il y a aussi le programme Nawat, qui soutient les TPE et autoentrepreneurs en matière de montage de projets et d’encadrement technique. Le programme Intelaka a, pour sa part, permis de financer 58.368 projets pour un montant de 39 milliards de dirhams, tandis que Forsa a financé 11.200 projets en 2023.

«L’expérience marocaine en matière de garanties publiques doit également être évoquée et saluée, car depuis que le gouvernement a renforcé le système de garanties de crédits bancaires, nous avons constaté une augmentation significative des financements accordés aux TPME, à hauteur de 40 à 45% du total des crédits octroyés à l’ensemble des banques marocaines», note Doumou.

Pour autant, le rapport 2025 du Conseil économique, social et environnemental (CESE) souligne certaines limites structurelles qui entravent l’efficacité des dispositifs et programmes d’appui mis en place. Il mentionne notamment la fragmentation des structures  concernées et la priorité donnée à la création plutôt qu’au suivi post-création. De plus, l’accès au financement peut s’avérer inégal, en raison de critères d’éligibilité restrictifs et d’un taux de rejet élevé des dossiers, en particulier pour les auto-entrepreneurs, les artisans et les microentreprises. Les établissements de crédit auraient également tendance à concentrer les services spécialisés au niveau des grandes entreprises, avec notamment des conseils d’experts, négligeant ainsi le rôle crucial que peut avoir cette offre pour les TPME.

«Vous avez sûrement entendu parler de la clientèle grands comptes qui reçoit tous les égards, et une large panoplie de services et de conseils d’experts destinés à maximiser les processus de croissance interne ou externe des grands groupes marocains, au travers de banques d’affaires spécialisées dans les études de marchés et la prospective. Par contre, la PME marocaine navigue souvent à vue, et ne bénéficie pas de suffisamment d’insights pour faire de bons choix opérationnels ou stratégiques à moyen et long terme», explique Doumou.

Toutefois, la poursuite du chantier d’accompagnement et d’amélioration du tissu productif national a franchi une nouvelle étape tout récemment, avec la charte relative au financement et à l’accompagnement des TPE qui donne ainsi le ton pour l’instauration d'un écosystème mieux pensé. Elle a été signée en décembre dernier entre le ministère de l’Economie et des Finances, le ministère de l’Investissement, de la Convergence et de l’Evaluation des politiques publiques, Bank Al-Maghrib, Tamwilcom, Maroc PME, le Groupement professionnel des banques du Maroc GPBM), la Fédération nationale des associations de microcrédit (FNAM), la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et la Fondation marocaine pour l’éducation financière (FMEF).

Cette charte prévoit des efforts concrets des banques, des institutions de microfinance et Tamwilcom pour renforcer l’offre de crédit et de garantie adaptée aux besoins spécifiques de la TPE. Une approche intégrée combinant digitalisation du parcours de demande de financement, accompagnement durant tout le cycle de vie, y compris la phase pré-création, et financement des besoins de fonctionnement et d’investissement sera proposée pour la très petite entreprise.

L’offre de garantie, quant à elle, sera étoffée par Tamwilcom qui s’engage à mettre à la disposition des établissements de crédit et des IMF une offre diversifiée et adaptée aux besoins de financement des TPE, tout en fluidifiant davantage son utilisation. Un scoring national du crédit dédié à ce segment sera mis en place dès début 2026. L’ensemble de ces engagements seront suivis et évalués par un comité TPE institué par la charte. Ce comité aura la charge d’assurer la coordination entre les différentes parties prenantes et de produire un reporting régulier des réalisations.

 

Les recommandations de l’économiste Khalid Doumou
Pour répondre aux allégations souvent mentionnées de mauvaise foi de certains emprunteurs malintentionnés, Doumou préconise que «le suivi des dossiers qualifiés par un système d’octroi de crédits à taux préférentiels et d’un d’accompagnement entrepreneurial structuré sur le moyen terme, soit adossé à un système de sanctions, en cas de fraude ou de manquement flagrant aux responsabilités contractuelles des emprunteurs. Aussi, il faudrait créer plus de banques de proximité capables d’évaluer la solidité financière des TPME en demande de financement de croissance interne, grâce à des mécanismes de prises de décision au niveau local, car les banques virtuelles de dernière génération sont moins bien armées que les banques traditionnelles en matière d’analyse des demandes de crédit et d’évaluation des risques encourus par les organismes prêteurs. Il est également très important de pouvoir s’adresser à des conseillers bancaires aguerris et perspicaces. D’autre part, pour que les TPME puissent surperformer au niveau infranational (régions, préfectures, provinces et communes), il faut que cellesci puissent disposer de mécanismes de financement et de taxation sur-mesure, au moins pendant le délai de démarrage réel de l’activité de l’entreprise. Les PME prometteuses trouvent les moyens de se financer par le biais de levées de fonds, mais beaucoup de PME familiales ne disposent pas de l’expertise financière nécessaire à leur mise à l’échelle, par des montées en charge, en gamme et en cadence. Par ailleurs, il existe une forme de financement qui intéresse de nombreuses entreprises : le debt investing ou financement de la dette, qui permet de retourner la situation d’entreprises en difficulté mais continuant d’exercer dans un environnement concurrentiel favorable. Enfin, les entreprises clientes des banques doivent faire jouer la concurrence bancaire pour pouvoir bénéficier des meilleurs taux du marché». 

 

 

 

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