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Bourse de Casablanca : le réveil des particuliers face au verrou institutionnel

Bourse de Casablanca : le réveil des particuliers face au verrou institutionnel

La publication de la 5ème édition du rapport «Le marché des capitaux en chiffres» par l'Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) livre des données cruciales sur la structure de la place casablancaise à fin 2025. Entre une explosion du nombre de comptes actifs chez les particuliers et une concentration toujours marquée des flux transactionnels aux mains des institutionnels locaux, le marché cherche son point d'équilibre.

 

Par Y. Seddik

C'est le chiffre saillant du rapport de l’AMMC : le nombre de clients des sociétés de Bourse actifs sur le marché a bondi de 142,3% pour s'établir à 35.287 à la fin de l'exercice 2025. Une hausse massive qui témoigne d'un regain d'intérêt indéniable des petits porteurs pour les valeurs mobilières. Sur ce contingent d’investisseurs actifs, la quasitotalité (32.002) est constituée de personnes physiques marocaines.

Si l’on élargit la focale à l'ensemble des comptes-titres ouverts, la place affiche un total de 401.169 comptes à fin 2025. Là encore, le constat est sans appel, puisque les personnes physiques résidentes s’approprient 90% de ce stock. Cette accélération de l’actionnariat populaire s’explique en partie par la modernisation des canaux de distribution et les efforts de digitalisation des intermédiaires financiers, facilitant l'accès aux flux du marché. Elle traduit également une quête de rendement de l'épargne locale dans un contexte macroéconomique où les placements traditionnels ont dû s'ajuster face aux pressions inflationnistes. Toutefois, il convient de distinguer la multiplication des comptes de la force de frappe financière réelle. L'activité sur le compartiment central de la Bourse de Casablanca reste dictée par les grands donneurs d’ordres locaux.

Les données de l’AMMC confirment une configuration de marché largement intermédiée par les acteurs institutionnels, laissant peu de place à l'improvisation. Dans le détail de l'animation de la cote, les personnes morales marocaines se positionnent comme la première force motrice du marché central en s'adjugeant 34% des flux transactionnels. Elles sont talonnées de près par les Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM), qui drainent 30% de l'activité.

Cumulés, ces deux blocs institutionnels captent ainsi 64% des volumes échangés. Ce duopole assure une base de liquidité permanente au marché, mais tend également à figer la place dans des stratégies de gestion souvent similaires, ce qui limite parfois la volatilité nécessaire à une animation dynamique des cours. Face à ces mastodontes, le segment des particuliers locaux parvient à maintenir une présence active en s'octroyant 26% des flux transactionnels. Ce niveau d'activité démontre que les petits porteurs ne se contentent plus d'une stratégie passive de conservation des titres, mais participent de manière plus fluide aux arbitrages quotidiens de la cote. À l'extrême inverse, la participation des investisseurs étrangers sur ce compartiment central ferme la marche, stable mais marginale, à seulement 5%.

Investisseurs étrangers : un flux marginal

L’autre enseignement majeur de la note de l’AMMC concerne les capitaux non résidents. La participation des investisseurs étrangers dans les flux du marché central fait preuve d’une stabilité stricte d’une année sur l’autre, scotchée à un modeste 5%. Pourtant, lorsque l’on observe la détention globale de la capitalisation boursière, les investisseurs étrangers et les Marocains résidents à l’étranger (MRE) pèsent pour 21,2% du marché casablancais.

L'explication de ce décalage est structurelle, car 89,4% de la part de capitalisation détenue par les étrangers est constituée de participations stratégiques. Il s'agit de blocs de contrôle historiques et de maisons-mères étrangères détenant des filiales cotées au Maroc (notamment dans les secteurs bancaire, de l'assurance ou des télécoms). Ces actions n'ont pas vocation à être échangées sur le marché secondaire.

Si cette configuration apporte une indéniable stabilité institutionnelle à la place, elle restreint mécaniquement le flottant réel et limite l’attractivité de la Bourse de Casablanca auprès des fonds d’investissement internationaux de court ou moyen terme. Cette radiographie de l'AMMC met en exergue le double défi de la place financière : capitaliser sur l'engouement récent des particuliers pour élargir durablement la base des investisseurs, tout en trouvant des leviers pour activer le capital étranger.

Le renforcement de la liquidité globale passera inévitablement par de nouvelles introductions en Bourse (IPO) d'envergure, capables de séduire simultanément les institutionnels locaux gourmands de papier frais, les particuliers en quête de diversification, et les gérants internationaux à la recherche de relais de croissance émergents.

 

 

 

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