Marketing: «Le branding est souvent négligé par les PME des pays en voie de développement»

Marketing: «Le branding est souvent négligé par les PME des pays en voie de développement»

Les PME représentent une part importante du tissu économique de la majorité des pays arabes.

Consistant à créer et à gérer l’image de marque, le branding permet aux PME de se démarquer de la concurrence.

Entretien avec Abdelbasset Boulelouah, expert en marketing, branding et e-commerce au sein du Centre du commerce international, une agence conjointe de l’Organisation mondiale du commerce et de l'Organisation des Nations unies, basée à Genève.

 

Propos recueillis par M. Ait Ouaanna

Finances News Hebdo : Vous participez aujourd’hui aux travaux de la 2ème édition du Sommet arabe de l’entrepreneuriat. Que pensez-vous de la thématique choisie cette année et où en sont, selon vous, les pays arabes en matière de promotion de l’entrepreneuriat ?

Abdelbasset Boulelouah : La thématique «De la résilience à la prospérité» est très pertinente et, comme cela a été souligné lors des discours prononcés pendant la cérémonie d’ouverture de ce Sommet, certains pays ont montré beaucoup de résilience durant la pandémie, ce qui fait qu’au final, une période aussi difficile que celle traversée pendant la crise sanitaire peut inciter les gouvernements à aller de l’avant en boostant certains secteurs. Pour ce qui est de l’entrepreneuriat au niveau des pays arabes, les statistiques diffusées par les divers gouvernements démontrent une certaine progression. Aujourd’hui, les jeunes générations sont très ouvertes sur le monde, sur les nouvelles tendances et pratiques. De plus, les universités ainsi que les écoles et instituts d’enseignement supérieur contribuent considérablement à cette progression grâce à leurs partenariats avec les entreprises, visant à encourager les étudiants à entreprendre. Sans oublier que depuis quelques années, plusieurs mesures et réglementations visant à encourager l’entrepreneuriat ont été lancées par les gouvernements arabes, qui ont justement compris que les PME constituent une composante principale du tissu économique.

En revanche, malgré les efforts consentis, les entrepreneurs et porteurs de projets sont aujourd’hui confrontés à une série d’obstacles, notamment en matière d’accès au financement. Les taux d’intérêt sont aujourd’hui extrêmement élevés et cela n’encourage guère les gens à se lancer dans l’entrepreneuriat. Certains font face à la situation en recourant au prêt familial ou amical, mais cette alternative ne va généralement pas leur permettre de créer un vrai business. Le cadre réglementaire pose également problème; les lenteurs administratives, la nécessité de se déplacer pour toute démarche, l’absence de guichets uniques, tout cela risque de démotiver le porteur de projet et lui fait perdre énormément de temps. Outre cela, la prédominance de l’informel pose un véritable problème en matière de compétitivité. Au moment où l’entrepreneur formel déclare tous ses revenus, l'entrepreneur informel ne paie pas d’impôts et, par conséquent, il a moins de charges et va automatiquement appliquer un prix plus compétitif.

 

F.N.H. : Votre travail consiste à accompagner les entreprises en matière de branding. Dans quelle mesure le marketing numérique est-il important pour les PME ?

A. B. : Le marketing numérique est en quelque sorte la continuité du marketing classique. Mais contrairement à son prédécesseur, le marketing digital nous permet de toucher le monde entier. Et même en matière de coût, le marketing digital coûte beaucoup moins cher, ce qui ne peut être que bénéfique pour les jeunes entreprises. A travers les réseaux sociaux, on peut toucher gratuitement un large public. Après, on peut aussi aller plus loin, avec des campagnes payantes pour cibler une population bien précise. Ce qui est bien avec le marketing digital, c’est que lorsque le pays où l’entreprise est basée est en pleine crise, par exemple, celle-ci a la possibilité de cibler d’autres marchés, c’est-à-dire à l'international, et cela permet de réduire les risques, d’augmenter les ventes, de fidéliser les clients et de renforcer l’image de marque.

 

F.N.H. : Avec l’essor de l’AI, quels sont aujourd'hui les défis du marketing digital ?

A. B. : L’intelligence artificielle apporte plusieurs solutions, mais elle présente également certains inconvénients, notamment en termes d’accessibilité, puisque dans la plupart des cas, il est obligatoire de payer pour avoir la version complète d’un logiciel ou d’une application, ce qui pourrait poser problème. Un autre défi, celui de la formation. Ce domaine est en perpétuelle évolution et il est donc primordial de suivre de manière continue des formations pour être au courant de toutes les nouveautés. Aussi, on peut évoquer le défi de la protection des droits d’auteur car, étant donné qu’il s’agit d’un nouveau domaine, il n' y a pas encore de législation claire au niveau international.

 

F.N.H. : En matière de branding, quels conseils donneriezvous aux jeunes qui viennent de se lancer dans l’entrepreneuriat ?

A. B. : Je travaille souvent avec des PME basées au niveau des pays en voie de développement, et je constate que l’image de marque est un peu négligée. Les gens se lancent dans la production et oublient le branding, soit parce qu’ils ne sont pas suffisamment formés dans le domaine ou parce qu’ils ne sont pas encore conscients de l’intérêt du branding. Il faut donc accorder une grande importance à cet aspect, parce qu’en ayant une forte image de marque, on peut facilement attirer de nouveaux clients, les fidéliser et générer plus de revenus. Pour conclure, je dirai qu’il est important d’avoir une idée de projet intéressante, mais il ne faut pas oublier le branding, cet outil puissant qui permet à l’entreprise de croître et de renforcer sa présence sur le marché. 

 

 

 

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