Alliance PME-Grandes entreprises : Pourquoi ça coince ?

Alliance PME-Grandes entreprises : Pourquoi ça coince ?

contratIl y a de cela une année que l’ambitieux Plan d’accélération industrielle a été lancé avec plusieurs objectifs, dont celui de générer près de 500.000 emplois à l’horizon 2020. L’alliance des PME et des grandes entreprises, cruciale pour la réussite de cette nouvelle stratégie, dévoile tout de même de réels enjeux.

Le Plan d’accélération industrielle (PAI) s’est fixé de grandes ambi­tions pour le pays. Dans l’optique de mettre le Maroc sur la voie de la réindus­trialisation, celui-ci s’est doté d’un fonds qui devrait générer près de 20 Mds de DH à l’hori­zon 2020. Cela dit, doper la force de frappe industrielle du Royaume passe inéluctable­ment par le renforcement de la coopération entre les grandes entreprises et les PME. Lors d’une récente rencontre por­tant sur l’alliance des grandes entreprises et des PME dans le sillage du nouveau PAI, Mamoune Bouhdoud, ministre délégué chargé des PME et de l’Intégration du secteur infor­mel, a rappelé que le déve­loppement des écosystèmes, épine dorsale de la nouvelle stratégie, érige la collaboration entre les grandes entreprises et les PME en une valeur car­dinale. «Ces deux partenaires doivent travailler dans l’objectif d’accroître leur compétitivité», poursuit-il. A ce stade, il est utile de rappeler que l’Etat a mis en place un disposi­tif d’incitation pour promou­voir cette alliance. En effet, le PAI met à la disposition des entreprises industrielles des mesures attractives dans plusieurs domaines, pour ne citer que ceux du foncier et de la compensation industrielle. Toutefois, les échanges ont montré que bâtir l’alliance des PME et des grandes entre­prises est loin d’être une tâche aisée. «Il subsiste une grande méfiance entre les grandes entités et les PME, la question de la confiance reste toujours posée», martèle Fayçal Mekouar, président de la Commission PME-grandes entreprises à la CGEM. Et d’ajouter : «Le partenariat ne doit pas se baser sur le prin­cipe du mécénat. Au contraire, il s’agit d’une relation gagnant-gagnant sur la durée, avec un cahier des charges bien précis». Par ailleurs, l’alliance des PME et des grandes entre­prises suscite aussi la réflexion sur le modèle à développer. En effet, certains intervenants ont pointé du doigt l’incapacité des PME à booster l’indus­trie nationale. A titre indica­tif, près de 90% des entre­prises industrielles réalisent un chiffre d’affaires inférieur à 10 MDH. L’autre contrainte est la fragmentation du tissu écono­mique, avec un faible poids des PME industrielles dans le PIB. Il était aussi question, lors des échanges, de s’interro­ger sur le rôle de locomotive que doivent jouer les grandes entreprises pour tracter les PME. Or, il se trouve que le contexte actuel est dominé par la faille de grands groupes au Maroc. De plus, certaines PME sont fortement impactées par les longs délais de paiement des grands comptes. En défi­nitive, le benchmark interna­tional montre que du chemin reste à faire pour renforcer l’al­liance des PME et des grandes entreprises. A titre d’exemple, dans l’industrie automobile allemande, près de 75% de la valeur ajoutée sont géné­rés par les PME qui restent particulièrement compétitives. Celles-ci constituent une base solide de fournisseurs pour les grands groupes.

Infos pratiques

Modèles de partenariat PME/grandes entreprises

La Commission partenariat grandes entreprises (GE)-PME de la CGEM, qui a vu le jour l’année dernière, a identifié, lors d’une phase de diagnostic, le faible poids des PME dans l’économie nationale. En effet, celles-ci ne pèsent que 15% de la valeur ajoutée. Pour rappel, l’étude de diagnostic des modèles de partenariat GE-PME de la CGEM, s’était basée sur une approche comparative. De ce fait, celle-ci s’est portée sur l'analyse de la situation des GE et PME et des implications de leur partenariat dans six pays que sont la Corée du Sud, l'Indonésie, la France, l'Allemagne, la Turquie et le Japon. Ces pays accordent un intérêt particulier au renforcement de l’alliance des PME et des grandes entreprises. Cela dit, l’étude suggère 5 modèles de partenariat :

1. le portage à l'export facilitant à la PME l’accès au réseau international de distribution de la GE, et d'avoir un hébergement plus aisé à l'étranger. Ce portage permet aussi à la PME de tirer profit des conseils sur les pratiques en vigueur dans les pays étrangers.

2. le codéveloppement suscite l’implication des fournisseurs des donneurs d'ordres dans les projets de partenariat.

3. la Sous-traitance (GE-PME).

4. le contrat-accord, un instrument qui facilite l’entente de la GE et de la PME sur la quantité d'achat et le prix pour une période déterminée. Cet accord concerne exclusivement le prix.

5. l'essaimage concerne la modalité par laquelle la grande entreprise épaule un salarié pour la création d’une entreprise. Ce soutien peut être technique, financier voire stratégique.

Paroles de pro

Mamoune Bouhdoud, ministre délégué chargé des PME et de l’Intégration du secteur informel

«Il était important pour le pays de se doter du Plan d’accélération industrielle, qui constitue, aujourd’hui, une réelle feuille de route avec des objectifs clairs et précis. Cette approche est de nature à donner plus de visibilité aux opérateurs économiques nationaux ainsi qu’aux investisseurs étrangers. Cette nouvelle straté­gie industrielle est le fruit d’une vision commune entre le public et le privé. Il est toutefois important de pré­ciser que les PME doivent davantage investir les sec­teurs de l’automobile et du textile, qui demeurent par­ticulièrement dynamiques. Faudrait-il rappeler qu’au cours de ces dernières années, la branche automobile marocaine a connu une croissance moyenne de 20%. Pour sa part, le secteur textile pourrait connaître une forte croissance au cours des années à venir, mais à condition que les acteurs de la branche sachent tirer profit des multiples accords de libre-échange (ALE) que le Maroc a signés avec d’autres Etats. Notre pays est l’un des rares Etats de la région à conclure un ALE avec les Etats-Unis. Dans un autre registre, force est de constater que tous les pays développés et émergents (Malaisie, Turquie, etc.) ont, à un moment donné, résolument bâti des stratégies industrielles afin de renforcer la part de l’industrie dans leur économie.

 

M.DIAO

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