Semis direct : un levier pour moderniser les cultures céréalières et économiser l’eau

Semis direct : un levier pour moderniser les cultures céréalières et économiser l’eau

Le semis direct s’impose progressivement comme une alternative prometteuse pour l’agriculture marocaine. Son extension à grande échelle pourrait contribuer à moderniser durablement les filières céréalières et légumineuses du Royaume.

 

Par C. Jaidani

La quête d'une productivité accrue et d'un meilleur rendement est un objectif clé pour le secteur agricole. Il s’agit avant tout de répondre aux besoins croissants d’une population en expansion tout en améliorant la qualité des récoltes et en maîtrisant les coûts de production. Dans ce contexte, la préservation de l'environnement, devenue une priorité avec la montée en puissance de l’agriculture intensive, nécessite l’adoption de solutions innovantes. Parmi celles-ci, la technique du semis-direct se distingue par son efficacité prouvée.

Initialement déployée en Amérique du nord où elle a été mise en œuvre à grande échelle avant de s’étendre à l’Europe, cette méthode trouve désormais progressivement sa place au Maroc. Introduite dans le pays par le ministère de l’Agriculture en collaboration avec l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), cette technique a d’abord été testée sur un nombre limité de parcelles expérimentales. Toutefois, c’est grâce au programme Al Moutmir de l’OCP que le semis direct a véritablement gagné du terrain et rencontré un succès avéré.

Les résultats obtenus au fil des années ont confirmé l'efficacité de ce procédé, favorisant ainsi son adoption croissante. La superficie couverte est ainsi passée de 22.000 hectares lors de la campagne 2021-2022 à 118.000 hectares en 2023-2024, avant d’atteindre 160.000 hectares en 2025-2026. Fort de cette dynamique, le département de tutelle ambitionne de porter cette superficie à un million d’hectares prochainement.

«D'un point de vue technique, le semis direct est une méthode agricole qui réduit le recours à des opérations de préparation du sol, comme le labour ou le décompactage. Ce système favorise une meilleure protection contre l'érosion des sols tout en offrant une optimisation des pratiques culturales», souligne Abdelmounaim Guennnouni, ingénieur agronome et consultant agricole. Selon lui, «le semis direct n’est pas facile à être adopté par les exploitants marocains car la plupart d’entre eux sont habitués à des pratiques ancestrales. D’abord, il nécessite un matériel adapté et un budget conséquent, et cela n’est pas à la portée de tout le monde.

Lors de l’introduction du semis direct au Maroc, seuls de grands agriculteurs et quelques coopératives ont pu l’utiliser. La généralisation de la technique à grande échelle dans le Royaume devrait prendre du temps, mais à terme, elle devra booster la filière céréalière et légumineuse qui occupe 80% de la superficie agricole utile nationale, estimée à 10 millions d’hectares. Elle serait aussi d’un apport considérable pour d’autres filières comme les activités oléagineuse ou sucrière.

Cette technique est recommandée aux terroirs à faible pluviométrie, puisque le rendement à l’hectare peut atteindre 6 à 10 quintaux de plus par rapport aux méthodes conventionnelles». Et Guennouni d’ajouter que «cette technique assure une stabilité des récoltes à travers l’entretien du sol contre l’érosion, en conservant la teneur en matière organique et en favorisant la rétention de l’eau. Ce qui garantit un approvisionnement prolongé en eau des cultures. La technique est fortement recommandée par Génération Green afin de faire face à la sécheresse», assure-t-il.

Avec le concours de plusieurs associations ou coopératives, l’OCP a contribué à la vulgarisation de la technique du semis direct dans pas moins de 20.000 hectares par an dans plusieurs régions, dont une centaine de patelins répartis sur une trentaine de provinces.

Le nombre d’agriculteurs bénéficiaires s’élève actuellement à près de 4.000 et pourrait atteindre près de 10.000 à la fin du programme. Ainsi, dans le cadre du programme Al Moutmir, l’OCP a scellé un partenariat avec l’Institut national de recherche agronomique (INRA) et l’université polytechnique Mohammed VI de Benguerir, dont l’objectif est de faire de cette technique un levier de transition entre l’agriculture traditionnelle et l’agriculture moderne. 

 

 

 

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